Liberté de la presse Descente aux enfers à une vitesse vertigineuse…Maurice perd 16 places en deux ans



Le classement pour cette année a été rendu publique. Maurice a perdu 8 places dans le classement 2014 de Reporteurs Sans frontières et se retrouve désormais à la 70e place. Une chute identique a lieu en 2013, où l’on s’était retrouvé à la 62e place après avoir occupé la 54e place en 2012 C’est sans surprise que Finlande conserve la première place. Concernant les pays qui se trouvent au bas de ce classement ont retrouve la Syrie à la 177eme place, la Corée du Nord à la 179eme place et finalement Erythrée à la 180eme place.
E. Julien

Dire que l’on pourra atteindre le niveau des dix premiers soit la Finlande, la Hollande, la Norvège, le Luxembourg, Andorre, le Liechtenstein, le Danemark, l’Islande, la Nouvelle Zélande ou la Suède, relève d’un fantasme ou d’une utopie. Mais à négliger la situation actuelle finira par nous amener à des niveaux des pays comme la Corée du Nord, l’Erythrée, la Syrie ou la Somalie.

La semaine dernière dans ces colonnes, nous nous sommes inquiétés sur le modèle de société que nous voulons léguer à notre société. Nous devons aussi être conscientisé sur le modèle de démocratie dans laquelle nous voulons que nos enfants vivent. Serait-ce la Birmanie(145e), le Bangladesh (146e) ou encore le Swaziland (156e) ? A nous de réfléchir !
L’heure est grave. La liberté de la presse est un indicateur déterminant pour les investisseurs étrangers. Elle est généralement le reflet des autres institutions qui sont censés être les garants des droits de l’homme et libertés civiles. Si cet indice va mal c’est que les institutions vont mal ou sont léthargiques.
A titre d’exemple, prenons le cas de l’indice de risque politique élaboré par Freedom House. C’est une Organisation non gouvernementale américaine dont le siège est à Washington. Elle fût créée il y a 60 ans par Eleanor Roosevelt, Wendell Willkie et d’autres américains dans le but d’oeuvrer pour la paix et la démocratie dans le monde.

Leur indice de risque politique tient compte de : la nature des élections politiques (démocratique ou non) ; la liberté de la presse ; la liberté d’association ;• la liberté du système judiciaire ;• la liberté d’entreprise etc. D’autant que la liberté d’expression est associé aux pratiques de bonnes gouvernances.

D’autres institutions utilisent également la base Worldwide Governance Indicators, publiée par la Banque Mondiale depuis 1996 et qui comprend, entre autres, des indicateurs sur la qualité des politiques et régulations (regulatory quality), l’autorité de la loi (rule of law), le contrôle de la corruption (control of corruption), la stabilité politique (political stability and absence of violence) et la participation citoyenne et la liberté d’expression (voice and accountability). Ces variables reflètent le classement décroissant des pays exprimé en centiles de la distribution sur l’ensemble des pays. Une valeur faible caractérise donc un pays où la gouvernance est mauvaise.

Le drame à Maurice c’est que certaines institutions ont abdiqué devant leur responsabilité. Sous le nouveau Chef Juge, Keshoe Parsad Matadeen, il semble avoir une nouvelle direction et plus de cohérence à la Cour Suprême. Mais certaines plaies ouvertes ne se sont pas refermées et laissent place à des sérieuses interrogations.

Il y a eu les arrestations des journalistes, Gérard Cateaux, Anabelle Volbert et Josian Valère. Ensuite, il y a eu la convocation de Jimmy Jean-Louis et Bam Fareedhun un 24 décembre 2012 dans le cadre d’une enquête policière sur une déclaration politique Pravind Jugnauth. Le mal est certainement plus profond. Fallait-il qu’Imran Hosany soit détenu à Alcatraz pour avoir publié de photos qui rappellent le meurtre brutal d’une irlandaise en lune de miel à Maurice sans qu’aucun coupable n’ait été arrêté, poursuivi et condamné jusqu’ic ? Fallait ensuite qu’il soit menotté à la veille du Ramadhan sur un lit à l’hôpital Jeetoo ?

Ou encore fallait-il envoyer Dhamarmand Dhooharika en prison et s’attirer les foudres de l’opinion internationale? Ce qui avait amené Paul Bérenger à dire à l’époque qu’il était “bouleversé” de l’état dans lequel Dharmanand Dhooharika sortira de ce qu’il qualifie “d’enfer” que constitue la prison de Beau-Bassin. Il dit aussi noter que dans cette affaire de Justice impliquant un journaliste, “l’image de Maurice a pris un coup”. Il rappelle, à ce propos, que Reporters Sans Frontière (RSF) a émis un communiqué et que plusieurs articles traitant du sujet ont paru dans la presse internationale.

Effectivement dans un communiqué émis dans la soirée du vendredi 21 septembre 2012, RSF estime que « la liberté de la presse à Maurice connaît un grave revers après l’annonce, le 17 octobre 2011, de la condamnation d’un journaliste à trois mois de prison et d”amendes lourdes contre deux médias dans une affaire d’outrage au corps judiciaire ».
RSF estime ainsi que « ce procès met à nouveau en lumière la fragilité de la situation actuelle, qui tend à un verrouillage des médias sur certains sujets politiquement sensibles ». « Nous regrettons profondément la décision des juges Keshoe Parsad Matadeen (ndlr : depuis devenu Chef Juge) et Asraf Caunhye, et appelons à la libération du journaliste mais également à la clémence dans le cadre des appels en cours », lance l’ONG.
Outre RSF, une deuxième ong, celle-là américaine, le Commitee to Protect Journalists (CPJ) avait déploré la façon de faire de la Cour suprême. Basée à New-York, aux Etats-Unis, et créée par des correspondants étrangers américains dans le but de dénoncer les gouvernements totalitaires et autres ennemis de la liberté de la presse, Le CPJ déplore la sentence prononcée par le juge Keshoe Parsad Matadeen, contre Dharmanand Dhooharika et les amendes infligées à la directrice de Samedi-Plus, Poovanen Chetty, et à Radio-Plus dans le même procès.
“We condemn the imprisonment of Dharmanand Dooharika and the fines imposed on Samedi Plus and Radio Plus, which are not about the administration of justice but about shielding the Supreme Court from criticism,” said CPJ Africa Advocacy Coordinator Mohamed Keita.

Pourquoi la Cour Suprême ne devrait pas faire l’objet de critiques ? Pourquoi cette haute instance juridique ne communique pas quand elle reçoit une gifle magistrale du Conseil privé. « The Court created an appearance of unfairness and bias ». Telle est l’étonnante conclusion à laquelle sont arrivés les juges du Conseil privé dans le cadre d’un procès en appel intenté par l’ancien Chief Manager de la MCB. Dans leur jugement rendu le 20 décembre dernier, les Law Lords écrivent que « the informed observer could not avoid the conclusion that the way in which the case was conducted was at least indicative of a possible lack of complete impartiality on the part of the Court ». Or, une justice dépourvue de sens d’équité et d’impartialité est tout sauf juste. Par conséquent, les juges britanniques ordonnent que l’affaire soit entendue à nouveau. Que de temps perdu ! Et d’argent aussi !

Et la réaction de l’éminent juge Robert Ahnee ne s’est pas fait attendre. « Je ne me souviens d’aucune instance dans laquelle les Noble Lords ont jamais eu l’occasion de dire aux juges mauriciens de notre Cour Suprême, que « the Court created an impression of unfairness and bias » avant d’ordonner la tenue d’un nouveau procès devant une instance différemment constituée. Unfairness and bias. Jamais un tel soufflet n’a été administré aux Juges de cette Cour Suprême dont nous avions quelques raisons d’être fiers. Et il semble que personne n’ait, jusqu’à l’heure, cru nécessaire de réagir au nom des Neerunjun, Rivalland, Garrioch, et autre Herchenroder qui, au cours de ces cent dernières années, ont tellement honoré cette même Cour Suprême et, avec elle, l’île Maurice toute entière, »avait-t-il affirmé.

Avant d’ajouter : « Ceux qui se sont attirés les remarques de « unfairness and bias » de notre plus haute instance judiciaire doivent à l’île Maurice de songer à ce que l’honneur judiciaire attend d’eux… »

Nous attendons ces jours-ci les conclusions du Privy Council dans l’appel de Dharmanand Dhooharika. Et là nous sommes surpris de la position du Directeur des Poursuites Publiques. Faut-il que le DPP continue à poursuivre au nom des personnalités du judicaire? La question reste posée. A Londres cette semaine, Dharmanand Dhooharika a obtenu l’appui de la Commonwealth Lawyers Association, représenté par l’éminent Me James Guthrie Queen Counsel. Un atout non négligeable qui en dit long sur l’opinion internationale sur les dangers et dérives concernant la liberté de la presse à Maurice.

Ensemble avec l’éminent Geoffrey Robertson, autre Queen Counsel et avocat du non moins célèbre Julain Assange, ils ont plaidé le cas de Dharmanand Dhooharika. En termes de « costs », ces derniers n’ont rien réclamé selon les documents officiels. Par contre, l’Etat Mauricien a réclamé entre £ 35 000 et £ 40 000 pour les frais de Me Geoffrey Cox, QC, du DPP, Satyajit Boolell Senior Counsel et de Me Rashid Ahime. Or le gouvernement, doit à lui seul, soutenir ce coût au nom de la démocratie qui n’a pas de prix sur un sujet vitale.

A notre avis, ce procès aurait être plateforme pour le DPP, l’Etat Mauricien et le judiciaire, et devenir une occasion d’annoncer les réformes en profondeur qui interviendront dans un proche avenir dans le paysage médiatique avec les recommandations de Me Robertson QC pour redorer notre image à l’échelle internationale. Or le Senior Counsel et DPP, qui tente de se donner une image de moderniste avec sa newsletter sur d’importants sujets de fond semble avoir oublier la forme qui dans le cadre de ce procès aurait pu donner à l’opinion internationale une autre vision de Maurice. Mais non pas celle de persécuter un journaliste jusqu’au conseil privé alors que nous touchons le fond dans le classement de RSF. Un peu comme cette enquête ordonné par la Cour Suprême juste après la condamnation de Dhooharika annoncee dans les journaux a l’époque pour démontrer les caractères revanchards de la justice mauricienne. Son étonnant silence dans l’affaire des secretaires des juges nous laissent pantois hormis ce communique de la Master and Registrar qui n’a pas repondu a toute les interrogations. C’est pourquoi nous estimons que l’heure est grave et qu’il faut prendre les mesures nécessaires.

Le rapport Robertson

Pourtant le rapport Robertson, du nom de l’éminent juriste Geoffrey Robertson, Queen Counsel, apporte une bouffée d’oxygène à la liberté de la presse et la démocratie participative. « Ce rapport replace l’opinion publique et les mauriciens au centre des décisions qui ont une influence sur le cours de leurs vies. Il démontre également qu’aucune institution publique ne pourra évoluer dans une tour d’ivoire à l’exclusion de l’opinion de la population. Cela va élargir l’espace démocratique », a-t-il affirmé.

Dans son rapport Me Robertson QC opte pour la décriminalisation des délits de médias en maintenant certains garde-fous.
« Il est absolument nécessaire d’abolir les lois archaïques comme la diffamation criminelle, la sédition, l’outrage à la justice ou au Parlement. Il faut que le peuple ait son mot à dire dans les décisions de la vie publique »,
Certes il aurait pu aller plus loin, ce qui nous aiderait à remonter dans le classement de Reporteur Sans Frontières.

Il faut aussi repenser l’existence des petites publications avec l’aide de l’Etat sans contrôle sur la ligne éditoriale. Aujourd’hui nous sommes dans un scenario catastrophe ou des grands groupes contrôlent l’opinion publique à travers une « media concentration » avec des dizaines de publications. Ce qui les permet d’influencer la vie politique, sociale et économique de notre pays de manière subtile. Ainsi ces gros groupes de presses, souvent appuyés par un acteur économique important, ont une latitude importante avec leurs employés qu’ils arrivent à rémunérer grassement. Or dans les petits journaux, souvent les journalistes n’arrivent pas à vivre uniquement de leurs professions. Pourra-t-on dés lors appliquer un code de déontologie uniforme à l’ensemble de la profession ?

«Le classement de certains pays, y compris des démocraties, est largement affecté cette année par une interprétation trop large et abusive du concept de la protection de la sécurité nationale. Par ailleurs, le classement reflète l’impact négatif des conflits armés sur la liberté de l’information et ses acteurs», a indiqué Lucie Morillon, directrice de la recherche de Reporters sans frontières, à l’occasion de la publication du classement mondial annuel de RSF sur la liberté de la presse, portant sur 180 pays.

Posted by on Feb 16 2014. Filed under Actualités, En Direct, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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