CSW58: Des actions collectives pour réduire le mariage précoce



New York, 11 mars : Chaque jour, 39 000 mineures sont contraintes au mariage précoce dans le monde. Autant dire des vies gâchées car en sus d’être déscolarisées, ces filles sont projetées dans une vie adulte alors qu’elles n’y sont pas préparées physiquement, ni mentalement. Et dans les deux cas, les conséquences peuvent être graves tant pour leur santé que pour celle du bébé conçu. Or, il est possible d’en réduire le nombre par des actions concertées entre gouvernements, sociétés civiles et organisations internationales. Ce thème a constitué hier un des temps forts d’une session parallèle de la 58e conférence de la Commission sur la condition de la femme des Nations Unies (CSW58). Session organisée conjointement par les gouvernements du Canada, du Malawi, de la Zambie et l’organisation non-gouvernementale PLAN International.

Une injection de cinq millions de dollars canadiens, c’est la somme que compte investir le gouvernement canadien dans la lutte contre le mariage précoce forcé dans plusieurs pays africains. C’est l’assurance donnée par Kellie Leatch, ministre canadienne de la condition féminine, qui estime que le temps est venu de prendre des actions concrètes pour tenter d’enrayer ce phénomène. « C’est notre objectif, notre engagement et notre promesse aux filles du monde entier», a-t-elle assuré.

Nazmun Nahar, conseillère en genre auprès de PLAN International au Bangladesh, a évoqué la situation dans ce pays avant l’intervention de cette organisation internationale de développement communautaire: 66% des filles mariées de force par leurs parents étaient mineures alors que 2% d’entre elles l’avaient été lorsqu’elles avaient moins de 11 ans. Les conséquences étaient souvent tragiques car elles risquaient de perdre la vie en couches quand elles ne perdaient pas leur bébé. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé, 65% des femmes présentant une fistule obstétrique ont été exposées an mariage précoce forcé.

PLAN International qui vise à soutenir les jeunes filles afin qu’elles jouissent pleinement de leurs droits et aient accès à l’éducation, a mené plusieurs interventions dans 24 zones de ce pays. Cette organisation a également aidé les autorités bangladaises à identifier les failles législatives permettant ce type de mariages. Un projet d’autonomisation des filles a été mis en place et une pétition contre le mariage précoce forcé a recueilli plus de 350 000 signatures. Le gouvernement bangladais a reconnu l’impact négatif du mariage précoce forcé et a pris des mesures pour le réduire, organisant notamment des campagnes de prévention dans les écoles primaires et secondaires, en faisant l’éducation des familles et en versant une allocation à ces dernières afin qu’elles ne soient pas tentées d’y recourir pour percevoir l’argent de la dot. « Si nous voulons d’un monde où les hommes et les femmes sont égaux, nous devons commencer par mettre un terme au mariage précoce forcé », a déclaré Nazmun Nahar.

Jacqueline, une jeune fille de 15 ans, qui figurait parmi les intervenants, vient d’une région rurale du Malawi. Elle a rejoint un groupe de jeunes militant contre le mariage précoce forcé après avoir appris qu’une de ses amies de classe, âgée de 16 ans, a été déscolarisée car ses parents n’avaient pas les moyens de payer son écolage et a été mariée de force. Elle s’est retrouvée enceinte peu après, au péril de sa santé et de celle de son bébé. La meilleure façon de mettre fin à cette pratique, selon Jacqueline, c’est d’appliquer la loi, d’éduquer les parents sur les conséquences de leur décision et de rapporter aux autorités chaque cas connu. «Je veux voir un monde où la voix des filles est entendue et un monde qui les mette suffisamment en confiance pour qu’elles puissent décider de leur vie ».

Anne Birgitta Albrectsen, vice-présidente du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP), a estimé que le monde actuel est sens dessus dessous car à chaque deux secondes, une fille mineure est mariée, à chaque quatre secondes, une mineure tombe enceinte et à chaque six secondes, une jeune fille subit des mutilations génitales. «Les parents sont obsédés par le contrôle des esprits, des corps, de la sexualité de leurs filles au lieu d’être obsédés par la façon d’obtenir des ressources afin d’éviter cela à leur enfant. Nous devons en finir avec cette absurdité », a-t-elle dit.

A ses yeux, le mariage précoce forcé n’est pas qu’une question de droits humains mais c’est aussi une décision politique. «Cela me fait de la peine de le dire mais nous ne pouvons pas nous évertuer à faire appel au bon cœur des décideurs qui sont des hommes mais en appeler plutôt à leur esprit et à leurs portefeuilles. Car derrière chaque mariage forcé précoce, il y a un lourd tribut économique à payer et cela a été prouvé notamment en Ouganda». Elle a rappelé que le FNUAP était à l’œuvre en Ethiopie pour mettre un terme au mariage précoce forcé et que ce programme serait étendu à une dizaine d’autres pays. « Pour y arriver, il faut des efforts ciblés et soutenus. Travailler avec des communautés et des familles ne coûte certes pas un sou mais cela en vaut la peine. »

La vice-présidente du FNUAP soutient qu’il ne faut pas baisser les bras. « En quelques années, il est possible de voir des résultats. En quatre ans par exemple, l’UNICEF et le FNUAP ont fait de la sensibilisation en Afrique pour essayer de mettre fin aux mutilations génitales. Près de 10 000 communautés ont abandonné cette pratique. Avec les ressources appropriées et une attention soutenue sur nos objectifs, nous pouvons changer la situation et laisser les filles jouir de leur enfance ».

Pour Anju Malhotra, conseillère principale sur le genre et les droits humains auprès de l’UNICEF, il est nécessaire d’avoir un indice sur le mariage précoce forcé afin de pouvoir mesurer les progrès réalisés d’ici quelques années et obliger les gouvernements à rendre des comptes. Comme l’Inde et le Bangladesh ont à eux deux plus de la moitié de la totalité des mariages précoces forcés recensés dans le monde, elle estime qu’il faut les consulter lors de l’élaboration de mesures préventives car ces pays ont une longue expérience dans le domaine. « Nous devons aller au-delà des plaidoyers et prendre action avec des programmes sérieux qui tiennent compte de tous les besoins des filles mineures. Le Bangladesh a pris le taureau par les cornes et a investi notamment dans l’éducation des filles. Cette éducation ne doit pas que les éduquer mais doit aussi façonner leurs aspirations. Et ce dont aspire une fille mineure, ce n’est certainement pas d’un mariage précoce forcé. Nous devons mobiliser un budget conséquent et prendre de vraies actions».

Marie-Annick Savripène est la rédactrice du service francophone de Gender Links (GL). Cet article fait partie de la couverture médiatique spéciale de la 58e conférence de la Commission sur la condition de la femme des Nations Unies, assurée par le service d’information de GL, qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Mar 11 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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