CSW58 : «Sound of Silence »: un exutoire pour les femmes violées de Bosnie-Herzégovine



New York, 13 mars: « Sound of Silence ». Il n’est nullement question ici de la chanson de Paul Simon & d’Art Garfunkel mais du titre d’un grand livre à la couverture noire, lancé hier par le Fond des Nations Unies pour la Population (FNUAP) lors du troisième jour de la 58e conférence de la Commission sur la condition de la femme des Nations Unies à New York. Ce livre n’est pas un ouvrage de lecture plaisante mais un recueil de témoignages de trois femmes violées en Bosnie-Herzégovine lorsque la guerre y faisait rage entre 1992 et 1995. Elles ont trouvé là un exutoire à leurs souffrances.

Cet ouvrage raconte le calvaire d’Enisa, de Sebiha et de Hasija mais fait aussi la part belle aux visages de femmes de tous âges de ce pays d’Europe de l’Est, meurtries dans leur chair et dans leur âme par des hommes qui étaient parfois leurs voisins et estimées à 20 000. Mais seules 10% d’entre elles ont osé dénoncer leur calvaire.

« Sound of Silence » n’est pas une œuvre isolée. Elle s’inscrit dans le cadre d’une campagne menée depuis 2010 par le FNUAP. Cette agence des Nations Unies a réalisé que malgré le fait qu’en 1998 et en 2001 à la suite de deux jugements précis dans le cas du génocide rwandais et de l’épuration ethnique en Bosnie-Herzégovine, le tribunal pénal international avait statué que les abus sexuels perpétrés en temps de guerre étaient des armes de guerre, ces femmes n’avaient pas retrouvé la paix d’esprit pour autant.

Et que le statut des femmes de Bosnie-Herzégovine était pire que celles du Rwanda du fait qu’après la guerre, le système politique de leur pays est devenu complexe avec un gouvernement central et deux entités, de sorte qu’il n’y a eu aucun règlement quant aux droits des survivantes de violences sexuelles. Les allocations sociales versées à ces femmes sont minimes et elles continuent à vivre dans des logements alternatifs ou collectifs, ayant toutes les peines du monde à trouver un emploi décent.

Celles qui ont trouvé le courage de regagner leurs anciennes maisons se voient vivre souvent non loin de leurs bourreaux et nombreuses sont celles qui n’osent pas dire qu’elles ont été violées de peur d’être stigmatisées par leur entourage. En sus d’aider le gouvernement de Bosnie-Herzégovine à veiller à ce que ces femmes obtiennent réparation, qu’elles aient accès à des soins et des services sociaux de qualité, qu’elles bénéficient d’une aide légale gratuite, le FNUAP a lancé la campagne «The Sound of Silence » pour sensibiliser le monde sur le sort des femmes de ce pays.

Campagne comprenant le tournage d’un documentaire qui a été primé depuis et d’une exposition photographique itinérante qui a fait halte dans plusieurs villes: Sarajevo, Istanbul, New York, Munich et Bruxelles. Le recueil grandement illustré et lancé hier a suivi le parcours d’Enisa, Sebiha et Hasija et ce pendant deux ans et évoquent non seulement leurs souffrances mais leurs espoirs.

Lors du lancement de « Sound of Silence » hier, Jeanne d’Arc Byaje, adjointe au représentant permanent du Rwanda après des Nations Unies, a expliqué que plusieurs des 250 000 Rwandaises violées lors du génocide portent encore les stigmates de ce crime de guerre sous forme d’infection au VIH/SIDA, d’ensemencements de leurs bourreaux et de naissances subséquentes d’enfants non désirés, de rejet de leur partenaire sous les yeux desquels elles ont été violées. Mais contrairement à la Bosnie-Herzégovine, le gouvernement congolais a décidé de combattre l’impunité, de renforcer son arsenal légal et d’encourager les survivantes à dénoncer leurs violeurs et à être entendues en chambre pour leur éviter la stigmatisation. Dans les cours traditionnelles, la violence sexuelle a été catégorisée comme délit le plus grave. Des hotlines opérationnelles 24 h sur 24 ont été installées pour encourager les dénonciations. De plus, le gouvernement rwandais a organisé des formations pour autonomiser les survivantes. Et grâce à l’encadrement des Nations Unies, l’Etat a mis sur pied un centre où la prise en charge des survivantes est globale. « D’ici 2017, il est prévu que chaque district du pays soit doté d’un tel centre. Avec toutes ces actions, le Rwanda a réussi à redonner de l’espoir aux survivantes de violences sexuelles. »

Ajouté à cela, le gouvernement de ce pays a accepté de faire partie des forces de sécurité des Nations Unies et a introduit un cadre légal et politique pour promouvoir l’égalité du genre. « La clé pour éradiquer ce fléau est d’impliquer tout le monde, les survivantes, le gouvernement, la société civile, le secteur privé et d’effectuer des monitorages réguliers pour établir les progrès », a-t-elle dit.

Mais actuellement dans le monde, ce n’est pas tant les militaires qui utilisent le viol comme arme de guerre mais les miliciens. La Sierra Léonaise Zainab Hawa Bangura, représentante spéciale des Nations Unies, chargée des questions de violences sexuelles en temps de guerre, a déclaré qu’un des moyens de lutter contre les violences sexuelles est d’impliquer les hommes et d’en faire des champions de la cause. Et qu’à défaut, qu’ils soient appelés à rendre des comptes. «En RDC, dans notre programme, nous veillons à ce que les hauts gradés assument la responsabilité quand des soldats de leurs troupes commettent des violences sexuelles. Par exemple, un général doit être responsable de ses troupes et peut ne pas obtenir de promotion quand ses hommes violent des femmes ».

Le défi se pose avec les milices qui font leur propre loi. « A qui va-t-on parler dans ces cas-là ? Nous essayons de travailler avec les acteurs non-étatiques et de les impliquer mais ce n’est pas toujours évident », a déclaré la représentante spéciale des Nations Unies, chargée des questions de violences sexuelles.

Si le FNUAP mérite d’être félicité pour sa campagne « The Sound of Silence », il n’est pas le pionnier dans ce genre de témoignages de violences sexuelles sous forme de recueil. En effet, l’organisation qui a été la première à offrir une plate-forme aux survivantes de violences sexuelles et pas qu’en temps de guerre, est Gender Links, organisation de l’Afrique australe. Ses livres intitulées « I-Stories » ou histoires de première main ont été lancés au milieu des années 2000. Cette ONG continue à narrer les histoires des victimes de violences sexuelles, notamment durant la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre qui démarre le 25 novembre et se termine le 10 décembre.

Gender Links est d’ailleurs passée à une étape supérieure car cette ONG offre depuis peu aux survivantes la possibilité de suivre des formations en entreprenariat afin qu’elles puissent être financièrement autonomes. C’est notamment le cas à Maurice où un premier groupe de survivantes de violences a complété en 2013 une formation en entreprenariat et où un second groupe s’apprête à suivre une formation similaire mais en plus étoffée car Anushka Virahsawmy, la manager de GL pour Maurice, a réalisé que plusieurs de ces femmes étaient analphabètes et que c’est par là qu’il fallait commencer avant de vouloir faire d’elles des entrepreneures accomplies. Nous devrions être en mesure d’évaluer les résultats de ces formations d’ici un an ou deux…

Marie-Annick Savripène est la rédactrice du service francophone de Gender Links (GL). Cet article fait partie de la couverture médiatique spéciale de la 58e conférence de la Commission sur la condition de la femme des Nations Unies, assurée par le service d’information de GL, qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Mar 13 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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