En Inde, le déclin de la dynastie Nehru-Gandhi…



Le temps n’est plus où la seule évocation du nom de la dynastie déclenchait l’adhésion, et le parti du Congrès, que dirigent les Nehru-Gandhi, est sclérosé. L’échec électoral cinglant du parti du Congrès à Delhi, et dans trois états du Nord de l’Inde, illustre le déclin du«grand vieux parti» qui a conduit le pays à l’indépendance en 1947. Dirigé quasiment toute son existence par la dynastie Nehru-Gandhi, l’échec du Congrès est aussi celui de la famille dont l’aura ne cesse de pâlir.

Présidé par Sonia Gandhi, veuve de l’ex-Premier ministre Rajiv Gandhi assassiné en 1991 et emmené aux élections par Rahul Gandhi, son fils, le Parti risque d’être quasiment évincé des grands états du Nord de l’Inde aux élections générales du printemps 2014. Dans une Inde qui change rapidement, dans laquelle la pénétration de la télévision et de l’Internet a fait naitre des attentes nouvelles, le temps n’est plus où la seule évocation du nom de la dynastie déclenchait l’adhésion.

Manque de charisme

Représentant de la quatrième génération, après son arrière grand-père Nehru, sa grand-mère Indira, assassinée en 1984, son père Rajiv,Rahul Gandhi, 43 ans, manque du charisme de ses aïeux. Ses tentatives de réorganisation du parti ont aliéné un grand nombre de cadres et beaucoup s’interrogent sur sa capacité à mobiliser les électeurs sur un message clair et réaliste. «Rahul travaille dur pour changer le style de fonctionnement du Congrès mais malheureusement il n’a pas été capable de communiquer au parti et au public ce qu’il veut réellement faire», affirme un cadre du parti. Les PowerPoints, les vidéos, les statistiques qui s’affichent sur écran plat ne remplacent pas le contact et comme sa mère, Rahul est quasiment inaccessible.

L’ombre de «Madam»

La présence de la dynastie paralyse toute initiative au sein d’un parti dont les cadres n’ont qu’un seul souci, ne pas déplaire à «Madam» comme on appelle Sonia Gandhi. Celle-ci règne en maitre sur le parti et dans les faits sur le gouvernement de Manmohan Singh, au pouvoir depuis 2004. Or le gouvernement miné par des scandales de corruption, indécis dans ses choix économiques, sans véritable objectif, pâtit de cette dichotomie.

Le style de gouvernance de Sonia Gandhi qui privilégie les grands programmes populistes au détriment d’une rigueur budgétaire nécessaire au développement ne fait plus recette. «Les jeunes générations refusent d’accepter les politiques de patronage. Elles ont un esprit beaucoup plus entreprenant. Elles croient qu’elles peuvent construire quelque chose par elle-même et veulent des vraies opportunités et l’environnement nécessaire pour réussir», affirme le politologue Dipankar Gupta, dans le Times of India.

Le succès inattendu de l’AAP

Le succès à Delhi, inattendu par son ampleur, de l’AAP (Aam Aadmi Party ou le Parti de l’homme de la rue), créé il y a à peine un an par un petit fonctionnaire des impôts, Arvind Kejriwal, est un message que personne ne peut ignorer.

Le parti avait fait campagne sur le rejet de la corruption et avait investi des candidats, pour la plupart sans expérience politique mais engagés dans la société. Le fait que les électeurs de Delhi se soient déplacés en nombre beaucoup plus important qu’habituellement est aussi un signe d’une volonté profonde de changement.

Les nouvelles classes moyennes veulent avoir leur mot à dire dans la façon dont elles sont gouvernées et n’acceptent plus les diktats venant des sommets, une marque de fabrique du parti du Congrès.

Le rêve contre l’ennui

Rahul Gandhi est également opposé pour les prochaines élections de 2014 à un redoutable tribun en la personne de Narendra Modi, investit par les nationalistes hindous du BJP comme le futur Premier ministre en cas de victoire. Ministre en chef de l’état du Gujarat, Narendra Modi est une personnalité controversée pour avoir présidé, avec indifférence au minimum, aux massacres d’environ 1.000 à 2.000 musulmans en 2002.

Ces massacres avaient suivi l’incendie d’un train de pèlerins hindous ayant fait 58 morts. Modi qui fait campagne sur ses succès dans l’état du Gujarat qu’il dirige depuis 2001, a placé le développement au cœur de la campagne. Grand favori des milieux d’affaires, Modi fait rêver là où Rahul Gandhi ennuie avec ses références aux castes, religions etc.«Les jeunes ne sont pas idéologues, ils sont pragmatiques. Ils vont vers quiconque leur parait être un gagnant», affirme le sociologue Yogendra Singh.

Sonia Gandhi, qui a passé toutes ces années avec comme principal objectif le sauvetage de l’héritage familial pour son fils, va devoir revoir en profondeur sa stratégie. Plus que des réformes dans le fonctionnement du parti, c’est l’état d’esprit qu’il faut changer. En attendant, celui-ci risque de payer cher son incapacité à s’affranchir de la tutelle de la dynastie.

Posted by on Apr 14 2014. Filed under Actualités, En Direct, Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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