Bakoly Razakanavalona : la femme pêcheur devenue exportatrice de fruits de mer



Par Leevy Frivet

«La difficulté attire l’homme de caractère car c’est en l’étreignant qu’il se réalise lui-même.” Cette citation du General Charles de Gaulle ne s’applique pas qu’aux hommes mais également aux femmes de caractère qui, elles aussi, mènent leur guerre au quotidien. Or, leur guerre n’est ni physique, ni meurtrière. C’est une lutte contre les inégalités, contre la violence, les abus et les peines quotidiennes de ce monde. Bakoly Razakanavalona fait partie de ces femmes malgaches qui ont su briser les obstacles du genre, de classe et les stéréotypes pour devenir ce qu’elle a toujours voulu être : une entrepreneure à succès.

D’artisane pêcheur à gérante et propriétaire d’une grande compagnie d’exportation de fruits de mer, Bakoly Razakanavalona a réussi son pari. Cette réussite a d’ailleurs été reconnue par la société malgache. Elle s’est même vue attribuer le premier prix des Tecoma Awards à la fin 2013. Ce sont 200 hommes d’affaires qui l’ont choisie comme Entrepreneur de l’année et tout indique que c’est pleinement mérité.

Mais si Bakoly Razakanavalona est l’administratrice générale de « Manda Sea Food », c’est parce qu’elle a toujours cru en sa capacité d’atteindre les buts qu’elle s’était fixés. Elle n’a jamais baissé les bras. Elle a commencé à travailler en mettant elle-même la main à la pâte, tout en rêvant d’être un jour entrepreneure, d’avoir sa société et d’y apporter de constantes innovations.

Fille unique d’une femme seule résidant à Maevatanàna, ville au nord d’ouest de Madagascar où la chaleur est omniprésente, Bakoly Razakanavalona a fait ses premiers pas dans l’eau douce avec la vente des poissons pêchés dans les rivières. Sa mère pêchait déjà artisanalement. C’est d’ailleurs cette dernière qui a tout fait pour qu’elle n’abandonne pas ses études mais qu’elle apprenne la pratique de la pêche artisanale pendant les vacances scolaires.

«Même si elle était artisane-pêcheur, ma mère ne ménageait pas ses efforts pour subvenir à mes besoins, surtout en matière d’éducation. Après avoir obtenu mon baccalauréat, j’ai été à l’université d’Antananarivo et j’ai fait des études en sciences naturelles. Je vivais alors en ville et je ne rejoignais ma mère que durant les vacances scolaires. Là, je naviguais en pirogue et grâce à un filet, je capturais des poissons d’eau douce. Je faisais cela entre 5 heures du matin et 17 heures tous les jours. Je n’emportais avec moi qu’une marmite, des allumettes, du riz et du sel pour me nourrir au cours de la journée. J’ai commencé à gagner de l’argent en vendant mes poissons. Ce qui m’a permis en même temps de financer en partie ma scolarité», raconte-t-elle.

A l’université, elle a acquis de nombreuses connaissances en matière d’identification des variétés et des espèces de poissons et a énormément appris sur le cycle biologique des animaux marins. A cette époque, rien n’indiquait que Bakoly Razakanavalona deviendrait la femme entrepreneur à succès d’aujourd’hui. A la fin de ses études en 1990, elle a obtenu un emploi d’attaché de direction au sein d’une société exportatrice de produits halieutiques. Elle y est restée cinq ans, apprenant le plus possible et gravissant les échelons au point de devenir chef de production au sein de cette entreprise.

Mais tout en le faisant, elle n’avait qu’une idée en tête : être indépendante et se mettre à son compte. Son mari l’a toujours soutenue et en 1995, il l’a aidée à ouvrir une poissonnerie à Tananarive nommée Manda, après le nom de leur premier enfant. Sa longue expérience au sein de la société exportatrice de produits halieutiques a fait que sa poissonnerie se distingue des poissonneries traditionnelles de Madagascar car son établissement était aux normes européennes. De ce fait, cela lui a ouvert les portes de l’exportation de ses produits vers l’Europe. Et grâce aux contacts développés au fil des ans, elle a pu démarrer son entreprise d’exportation de fruits de mer qui connaît jusqu’à présent un succès fou.

Réputée pour être une femme dure en négociations, une spécialiste de la pêche halieutique et respectant les normes internationales, elle a fait en sorte que « Manda Sea Foods» devienne rapidement une compagnie solide et qui fait la fierté de Madagascar. Cette compagnie a aussi contribué à l’épanouissement des pécheurs traditionnels car l’entreprise s’approvisionne d’eux. Bakoly Razakanavalona est fière de cela car elle n’oublie pas ses origines. « J’éprouve une grande satisfaction quand je réalise mes objectifs. Je suis également très heureuse en sachant que des milliers de pêcheurs traditionnels éparpillés dans diverses régions côtières de l’île et avec qui je travaille, ont pu améliorer leur niveau de vie grâce à Manda Sea Foods.»

Elle croit en l’avenir de la pêche à Madagascar, qui selon elle, peut aider les hommes et les femmes de son pays à sortir de la misère et de l’exclusion. Bakoly Razakanavalona ne garde pas ses secrets pour elle. Elle ne rate jamais une occasion d’aider les plus démunis de son quartier dont la plupart sont des femmes. Elles leur prodigue des conseils pour les inciter à se lancer dans la petite entreprise. Et quand elle le peut, elle les aide personnellement.

L’entreprenariat reste une source de combat contre l’exclusion des femmes à Madagascar. D’ailleurs, le protocole de la SADC sur le Genre et le Développement insiste dessus, de même que les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Bakoly Razanakanavalona peut aisément servir de modèle à bon nombre d’hommes et de femmes vulnérables à Madagascar qui veulent tirer la tête hors de l’eau.

Leevy Frivet est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on May 5 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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