L’Inde et Nous : mais quelle différence !



L’élection de Narendra Modi dans la Grande Péninsule et l’arrivée au pouvoir du Bharatya Janata Party font l’objet (avec raison) de toutes les attentions. Gageons qu’il faudrait même y porter davantage d’intérêt, tant le sort de l’Inde nous est crucial. Au moment même où l’Union Européenne se prépare à enterrer les vestiges du Protocole Sucre et que les ac…cords multifibres et coté américain l’AGOA arriveront tous bientôt à expiration, il nous faut considérer l’Inde pour ce qu’elle est, notre partenaire économique No.1.

Bien plus, avec une population à plus de 75% d’origine indienne, qu’elle soit chrétienne, musulmane ou hindoue, nous n’avons plus à qualifier le degré naturel d’attachement de notre pays avec l’Inde. Historiquement, culturellement, diplomatiquement, commercialement et financièrement, nous sommes probablement plus rattachés à Delhi que certains États de l’Union Indienne et sommes un atout certain pour la politique étrangère indienne.

Il va de soi que cela n’est pas gratuit et que nous attendons de Mother India des prébendes dont nous souhaitons qu’elles soient à notre avantage. Jusqu’ici notre partenariat a bien fonctionné et nous espérons bien que cela continue.

Le sort du traité de non-double imposition qui nous aura si bien servis, tremplin hors pair pour notre secteur offshore, comme pour tout le secteur financier, du reste, est bien évidemment au cœur de nos préoccupations. Cependant nous devrions voir plus grand et surtout davantage. L’Inde est une puissance en pleine métamorphose et son intérêt pour nous ne date pas d’hier. D’ailleurs c’est en raison de notre situation sur la route des Indes que notre pays fut peuplé.

On se souviendra aussi que c’est pour soulager les souffrances des immigrants indiens que Gandhi délégua Manilall Doctor à Maurice, preuve s’il en était besoin que les liens entre nos deux pays ne sont pas apparus aux lendemains de l’Indépendance de 1968 et précédaient même celle de l’Inde en 1947. Il nous revient que Delhi a manifesté son intérêt pour une base militaire à Agaléga dans le passé, même si chaque fois que cette question surgit, elle est aussitôt tue, comme s’il s’agissait de propos infâmes. Voici ce qui constituait déjà l’opinion du soussigné en juillet 2012 et qui n’a pas lieu d’avoir changé d’un iota depuis : « S’il faut être prudent sur un éventuel transfert de souveraineté à une puissance étrangère, même amie, de parties de notre territoire, surtout venant de Travaillistes, dont les pères étaient en poste lors du détachement des Chagos, dont nous fûmes spoliés, en revanche on comprend moins la frilosité de nos gouvernants à appréhender la question agaléenne dans la perspective d’un développement réel du territoire et surtout, au vu des avantages économiques et politiques à en tirer pour le pays.

« Agaléga est le parent pauvre dans le développement indiscutable de notre pays de ces 30 dernières années. Les seules mesures prises auront été l’octroi ponctuel de concessions à des firmes privées, ce qui n’aura pas eu de véritable impact sur l’amélioration des conditions de vie des Agaléens. « Faudrait-il donc snober une éventuelle proposition indienne, au risque de refuser aux Agaléens eux-mêmes la possibilité d’améliorer leur niveau de vie, avec des emplois, voire des bourses d’études pour leurs enfants et des stages de formation technique pour ses habitants ?

« Tout ce que nous souhaitons, c’est éviter une déportation, comme ce fut le cas aux Chagos, il y a quarante et quelques années. Ni perdre nos droits de pêche ou d’exploitation maritime sur le secteur. Mais hormis ces conditions, tout demeure sur la table et se discute entre États souverains, y compris un bail de longue durée sur ces iles. Dont le loyer n’a pas besoin de n’être qu’en argent !

« Certes, il est égoïste d’associer l’avenir des Agaléens dans le cadre d’un accord indo-mauricien sur l’offshore, mais il serait tout aussi hypocrite d’ignorer que ce secteur est bien le seul qui puisse, à moyen/long terme, générer, pour notre pays, des perspectives durables pour nos jeunes.

« Ni le textile, ni le tourisme, encore moins le secteur sucrier n’offriront à notre jeunesse les jobs alléchants et rémunérateurs, susceptibles d’enrayer la fuite grandissante des cerveaux qui draine notre pays et laissera de plus en plus de parents, qui se seront saigné pour les études de leur progéniture, seuls et loin de celle-ci, établie aux quatre coins du monde.

« Nous n’avons pas critiqué l’établissement de la zone économique de Tianli/Jinfei, bien qu’on attende encore depuis l’Empire du Milieu. Nous y avons délogé les planteurs, moyennant compensation et construit maintes infrastructures.
« Nos gouvernants n’ont pas eu de complexes alors. Quelle différence y-a-il entre Riche Terre et Agaléga donc ? Ne s’agit-il pas de territoires de la République ?

« A ceux qui jettent déjà des cris d’effraie à l’idée d’accorder sous conditions, une partie de notre territoire à une puissance amie, il convient de rappeler que l’Inde est notre principal partenaire commercial, que 45% de son investissement offshore transite par notre sol, que le secteur offshore, qui connaitra une croissance importante cette année, est porteur de plus de 15,000 emplois directs. Et j’en passe !

« Alors pesons bien ce qui est dans la balance et disons-nous que ce sont nos intérêts vitaux qui sont en cause : ceux de la Nation ! Pensons donc d’abord à nos enfants, ceux qui seraient tentés de demeurer en terre lointaine après leurs longues études, parce que le pays leur accorderait insuffisamment de débouchés. »

Revenons donc à 2014 ! Il s’agit de considérer que le Gouvernement Modi puisse être une opportunité pour le pays. Certes, on peut craindre le BJP, de par son attitude passée face aux minorités. Nous avons certes en mémoire l’affaire de la mosquée d’Ayodhya, tout comme un certain nombre d’incidents et de complaintes de discriminations, auxquelles notre propre société ne nous a rendus que trop familiers.

Gros bémol en sens inverse : il faut marteler dans les esprits l’invitation sans précédent faite au PM pakistanais Nawaz Sharif, d’assister à la prestation de serment de Narendra Modi. Tout comme c’est un autre PM issu des rangs du BJP, en l’occurrence Atal B. Vajpayee, qui serra la main de Parwez Musharraf, alors président du Pakistan, en pleine crise nucléaire indo-pakistanaise en 1999. Et cela en plein milieu de la Guerre de Kargil au Cachemire !

Le message ainsi envoyé au reste du monde a également voulu rassurer la minorité musulmane en Inde même. Comme toutes les
autres minorités ! Il était également vital pour le nouveau pouvoir, qui se mettait en place à Delhi, de rassurer ses voisins, tant ceux des berges de ses deux grands fleuves que son puissant voisin outre-himalayen, ou dans le Golfe et plus largement en Occident, sur les intentions de sa future politique.

Il n’est pas inutile non plus de rappeler que Narendra Modi vient de déboulonner en même temps que le Parti du Congrès des allées du pouvoir, la dynastie Nehru/Gandhi. Egalement bon de rappeler ses modestes origines qui pourtant ne l’ont pas empêché de devenir l’un des personnages les plus importants de la planète ! Sachons nous aussi prendre exemple sur ces leçons de maturité politique, comme de diplomatie de haut niveau ! Il ne faudrait surtout pas croire que les dirigeants de la Grande Péninsule conçoivent les intérêts de leur pays avec les visières étriquées, égoïstes et dénuées de tout sens de l’Etat si, hélas, particulières à nos propres dirigeants.

Il y a chez eux une volonté qui dépasse la considération personnelle, dans les relations qu’ils entretiennent avec leurs interlocuteurs et qui s’appelle le sens de l’Etat, un domaine que nos dirigeants feraient bien d’émuler au contact de leurs interlocuteurs indiens. Cela ne pourrait que faire du bien au pays. Mais hélas, nous sommes si loin du compte !…

Posted by on May 27 2014. Filed under Economie, Featured, Opinion. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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Air Mauritius - Financial Results for the 3rd Quarter of financial year 2016-17



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