Exploitation sexuelle et commerciale de mineurs à Maurice : un phénomène qui explose !



Par Laura Samoisy

L’exploitation sexuelle et commerciale des mineurs est un problème séculaire et mondial. Dans certains pays, surtout en Asie, les relations pédophiles sont tolérées et souvent justifiées par des croyances culturelles. Aujourd’hui encore, le problème perdure, notamment dans les pays d’Afrique, à l’instar de Maurice où cette exploitation infantile se cache souvent derrière la pauvreté. Bien que les chiffes divergent, s’il y a une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que le problème est en expansion.

En 2011, la Mauritius Family Planning Welfare Association (MFPWA) faisait état de huit cas d’exploitation sexuelle et commerciale de mineurs contre cinq en 2012. Des chiffres loin de refléter l’ampleur du problème. Surtout lorsqu’on les compare à une étude menée en 2001 par l’Université de Maurice, en partenariat avec l’Unicef. Celle-ci avait en effet fait état de pas moins de 2600 enfants mauriciens impliqués dans des réseaux d’exploitation sexuelle et commerciale à travers l’île.

Le Baromètre 2013 de la SADC indique que dans un document publié le 25 mai 2011, le ministère de l’Egalité du Genre fait clairement état de 1518 cas d’exploitation sexuelle et commerciale d’enfants entre 2006 et 2011. Ce qui représente une augmentation de 50% comparée à la période antérieure à 2005. Ce qui est inquiétant!

Face à l’ampleur de la situation, plusieurs unités de police, notamment la Brigade des Mineurs, ont démantelés des réseaux d’exploitation sexuelle et commerciale de mineurs entre 2012 et 2013 et au début de 2014. Ce qui prouve que le problème gagne considérablement du terrain. Et ce n’est pas Rita Venkatasawmy, directrice du Centre d’Education de l’Enfant Mauricien (CEDEM) qui dira le contraire. Elle était récemment aux Etats-Unis dans le cadre d’un voyage d’étude sur la réhabilitation d’enfants victimes d’exploitation sexuelle et commerciale.

« Dans une société où le nombre d’enfants victimes d’abus sexuels monte en flèche, inévitablement, le nombre de mineurs impliqués dans la prostitution sera tout aussi élevé. Cela, du simple fait que les enfants victimes d’abus sexuels sont entraînés par la suite dans des réseaux de prostitution et bien souvent, par nul autre que la personne qui a abusé d’eux en premier. Ou alors, les victimes sont contraints de se vendre aux amis et autres connaissances de leur premier abuseur », explique Rita Venkatasawmy.

Et c’est exactement le calvaire qu’une adolescente de 13 ans a vécu récemment. En effet, la Brigade des Mineurs a eu vent au début du mois de mars qu’un cercle de prostitution infantile sévissait à l’ouest du pays. Les recoupements glanés ça et là sur le terrain ont mené les enquêteurs à la jeune fille qui a alors balancé le nom de son proxénète. Elle a raconté aux enquêteurs comment ce dernier, qui était en premier lieu son petit ami et l’homme avec qui elle a eu son premier rapport sexuel, l’a entraînée dans ce milieu cauchemardesque. Suite à cette affaire, plus de sept personnes ont été arrêtées et traduites en Cour.

Pourtant, la loi à Maurice punit sévèrement ce délit. Ainsi, une personne trouvée coupable en Cour d’avoir incité de quelque manière que ce soit, un mineur à la débauche est passible d’une peine d’emprisonnement ne dépassant pas dix ans. Et son droit de tuteur à l’égard d’un mineur sera alors suspendu pour une période ne dépassant pas cinq ans. Toutefois, si la prostitution d’un mineur a été encouragée par nul autre que le père, la mère, le tuteur légal ou toute autre personne ayant à charge la responsabilité du mineur, l’adulte est passible d’une peine d’emprisonnement ne dépassant pas 20 ans de prison. Lorsque cette infraction a été commise par le père ou la mère, le coupable doit également être privé des droits et avantages qui lui étaient accordés tant sur l’enfant que sur ses biens. Toute personne trouvée coupable de traite d’enfant est passible de 30 ans d’emprisonnement.

Mais tout porte à croire que les lois en vigueur n’ont aucun effet dissuasif sur les pédophiles ou ceux qui entraînent des mineurs dans le milieu de la prostitution. Ameer Beg, psychologue-sociologue auprès du ministère de la Santé explique pourquoi. «Ceux qui se sont engagés dans le trafic illégal qu’est l’exploitation sexuelle et commerciale des enfants n’ont aucune valeur morale, ni aucun scrupule. Tout ce qui leur importe est de faire de l’argent, par n’importe quel moyen et d’arriver à leurs fins. Ils cherchent un maximum de confort en se faisant plus d’argent. Ce qui veut dire qu’un plus grand nombre d’enfants seront exploités», avance le spécialiste qui fait ressortir que le tourisme sexuel encourage également ce genre de pratique. « C’est un fait. Il y a des touristes qui viennent à Maurice rien que pour le sexe et qui préfèrent les adolescentes. Ce qui veut dire qu’il y a une demande et les réseaux de prostitutions en trouvé là un bon filon et tirent le maximum de cette situation en répondant favorablement à la demande et en exploitant encore et encore des mineures. Donc, comme le démantèlement de tels réseaux sont rares, les lois n’ont aucun effet sur ceux qui sont à la tête de ces réseaux»

Pour empêcher que l’exploitation sexuelle et commerciale des mineurs n’explose davantage à Maurice, l’adoption de nouvelles approches est primordiale. D’ailleurs l’article 11 du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement déclare que les Etats membres doivent adopter des lois, des politiques et programmes destinés à protéger les enfants de l’exploitation économique, de la traite des personnes et de toutes formes de violence, y compris les sévices sexuels.

Pour comprimer ce problème dans l’île, Rita Venkatasawmy plaide pour une meilleure formation des personnes engagées dans cette lutte: « Premièrement, les personnes travaillant avec les enfants victimes d’abus sexuels doivent bénéficier d’une bonne formation. Car il ne suffit pas de donner la parole à l’enfant. Il faut avant tout savoir comment auditionner une victime d’abus sexuel », souligne-t-elle.

Elle précise que pour arriver à démanteler d’autres réseaux de prostitution, une enquête approfondie doit être faite concernant chaque cas d’abus sexuel rapporté. « Il est important que les enquêteurs fassent des investigations. Une enquête de voisinage, un interrogatoire des enseignants pour savoir si l’enfant était régulier ou pas à l’école. Si c’est le cas, leur demander s’ils ont cherché à en savoir plus sur ces irrégularités et ce qui a été fait ou pas par la suite et si les parents ont été convoqués pour s’expliquer entre autres. Car il y va de la responsabilité de chacun de faire reculer la prostitution infantile ou tout autre abus contre des mineurs. »

Rita Venkatasawmy considère qu’il ne suffit pas de mettre des structures en place en vue d’accueillir les victimes d’exploitation sexuelle et commerciale pour venir à bout du problème. « Certes, une structure pouvant les accueillir et où les victimes pourront se reconstruire est plus que nécessaire. Mais il faut encore plus pour en finir avec l’exploitation sexuelle et commerciale des mineurs. Des campagnes d’information à l’égard des enfants par exemple doivent être menées. Car il faut qu’ils soient d’abord informés de leurs droits pour qu’ils puissent se protéger et ne pas avoir peur de dénoncer un potentiel abuseur. »

Le gouvernement mauricien a fait des efforts pour combattre la prostitution infantile. Ainsi, en 2008, le ministère du Tourisme a distribué pas moins de 3000 pamphlets aux divers acteurs de l’industrie touristique pour les responsabiliser par rapport à la lutte contre l’exploitation sexuelle et commerciale des enfants. La Police Family Protection Unit, de concert avec la Child Development Unit ont organisé une campagne de sensibilisation sur les abus commis à l’égard des enfants dans les écoles et dans des centres communautaires. Un volet de la campagne mettait en lumière les dangers et les conséquences liées à l’exploitation sexuelle et commerciale des enfants. « Ces mesures doivent être continues. Pas juste le temps d’un moment. Car il faut lutter chaque jour sans relâche pour arriver à faire la différence», souligne Rita Venkatasawmy.

Laura Samoisy est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Jun 6 2014. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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