Nomination symbolique des femmes au conseil des ministres malgaches



Par Farah Randrianasolo

Les femmes malgaches n’ont pas toujours osé montrer ce dont elles étaient capables, surtout dans le domaine de la politique active. Depuis 2010 et grâce aux formations en autonomisation en politique, animées par Gender Links, elles ont affûté leurs armes pour mieux se préparer à entrer dans la bataille des élections présidentielles, législatives et communales. Si les législatives de décembre 2013 ont fait la place à 21% d’élues, il n’y a que six femmes nommées ministres dans le gouvernement du nouveau Premier ministre, Roger Kolo.

Une nette amélioration au niveau des élections législatives du 20 décembre 2013. C’est ce qui a été noté. L’intégration de l’approche genre a eu son effet positif depuis la sensibilisation des candidates aux présidentielles et des demandes répétées des activistes du genre d’inclure des femmes en politique, initiative lancée par le Front National des Femmes de Madagascar (CNFM). Les partis politiques proposant des candidats et candidates à la députation ont dû se conformer à cet agenda pour que le genre soit considéré à tous les niveaux. Madagascar, qui a signé le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement, s’est engagée à adopter des mesures législatives et d’autres stratégies spécifiques afin d’assurer des chances égales de participation aux femmes comme aux hommes et ce, dans tous les processus électoraux.

Les résultats ont été visibles en décembre dernier donc: Sur 2052 candidats alignés dont 208 femmes, 31 femmes, soit 21%, ont été élues députés. On est certes loin des objectifs de la campagne 50/50 mais cette proportion d’élues dans la Chambre basse signifie que la bataille est sur la bonne voie. Jusqu’ici à Madagascar, le pourcentage des femmes élues lors des élections de 2007 n’avait jamais excédé les 10%. Les CNFM, Gender Links et l’Institut Electoral pour une Démocratie Durable en Afrique (EISA) se sont mobilisés pour assurer la formation des femmes candidates afin que les futures élues puissent partager leurs expériences entre elles.

«C’était une action prioritaire qui était au service d’une démocratie participative. Nous savons que 2% des femmes occupent le poste de chefs fokontany contre 6% comme maires et conseillères. Le pourcentage de femmes députés avoisine les 9% et moins de 30% de femmes ont été nommées au sein du Congrès de la transition », fait remarquer Noro Ravaozanany, présidente de CNFM.

En sept ans, les associations de femmes, les organisations et les partis politiques ont pu changer certaines choses. « Ce sont surtout les rôles des femmes qui ont changé. Elles ont compris qu’elles peuvent maintenant accéder à toutes les professions. Les femmes relèvent les défis. Elles ne manquent pas de potentialité. Elles possèdent de l’énergie, du talent, de la motivation mais il y a encore quelques paramètres qui les empêchent de parvenir à leurs fins comme le manque de confiance en elles, le courage et surtout la peur. Compte tenu des résultats obtenus aux élections de décembre 2013, je trouve qu’elles ont su comment s’imposer pour faire valoir leurs droits », soutient Kezia Rakotomanantsoa, étudiante en lettres malgaches.

Cependant, affirme cette jeune femme, beaucoup reste encore à faire pour convaincre les électrices à voter pour des femmes candidates car elles doutent parfois des compétences de ces dernières. « J’ai interrogé des électrices sur leurs choix et elles ont répondu que certaines candidates ne se montraient pas convaincantes car elles ne détaillaient pas suffisamment leurs rôles et les dossiers qu’elles allaient défendre une fois élues», rapporte-t-elle.

De nombreux électeurs estiment que tous les candidats ont démarré leur campagne électorale sur une mauvaise base comme si qu’ils étaient bons pour être maires ou chefs de fokontany. Si les uns ont fait des promesses, les autres n’ont mené aucune campagne pour se faire mieux connaître. Michèle Ratsivalaka, élue dans le premier arrondissement de la capitale explique que la nomination des députés tourne autour du vote de loi. « Les députés sont des législateurs. Nous proposons des lois et recevons aussi des projets de textes et les votons. La Chambre basse a le devoir de suivre leur application pour que l’État de droit s’instaure. Beaucoup de lois ne sont pas respectées car il y a trop de laxisme. Nous agirons pour que les projets de société conformes aux lois et textes réglementaires soient mis en œuvre », insiste-t-elle.

Par ailleurs, Bako Ratsifandrihamanana, candidate malheureuse dans le troisième arrondissement reconnaît sa défaite et félicite celle qui a remporté plus de voix qu’elle. « J’ai été formée en développement et en management. Actuellement dirigeante sportive, je trouve que ma candidature a constitué un processus normal et je prends ma part de responsabilité pour atteindre le développement durable », raconte-t-elle. Malgré sa défaite, elle souligne qu’elle continuera d’œuvrer pour le développement et accepte de prêter main forte à ceux qui désirent collaborer avec elle.

Si les élections législatives étaient sensibles au genre, la constitution du gouvernement brosse un tout autre tableau. On peut même parler d’abstraction du genre. Tout récemment, le nouveau Premier ministre, Roger Kolo, a nommé 31 ministres au titre du premier gouvernement du régime Rajaonarimampianina et ce conseil ne compte que six femmes ! Parmi les six femmes, l’ancien ministre de la Santé publique, le Dr Johanita Ndahimananjara, est l’unique femme reconduite comme ministre mais et elle occupe cette fois le poste de ministre de l’Eau. “Si le Premier ministre a désigné ses collaborateurs, c’est sûr qu’il a tenu compte de leurs compétences. Il lui était facile de nommer 15 hommes et 15 femmes pour la parité mais il n’en est pas ainsi car c’est un homme qui dirige. Cela aurait pu être différent si une femme était à la tête du gouvernement”, fait remarquer Hasina Razafindrabe, ménagère.

Pour la société civile, la constitution de l’actuel gouvernement marque un net recul et résulte d’un caprice des dirigeants. « Cette faille provient de l’inexistence de la loi sur le quota. En principe, les partis politiques devaient proposer des femmes pour les postes de ministres mais nous voyons que soit c’est le président d’un parti qui est nommé, soit son second. Or, le président de la République a promis des sièges aux femmes et nous voilà avec une représentation symbolique », déplore Noro Ravaozanany du CNFM. Cette dernière confirme que la nomination reflète l’humeur des politiciens et des décideurs et que cela devient « une lutte partisane et inconstante ».

Si l’Etat envisage réellement de s’engager dans la promotion du genre, il lui reste à prouver la volonté d’adopter la loi sur le quota et de désigner davantage de techniciennes comme secrétaires générales, directrices de cabinets et directrices de départements. Les femmes compétentes, qualifiées et engagées ne manquent pas. Elles veulent mettre leur savoir-faire en avant, mais les hommes leur mettent des bâtons dans les roues, les écartant systématiquement de la course. La lutte des activistes du genre est loin d’être terminée…

Farah Randrianasolo est journaliste à Madagascar. Cet article fait partie du service d’informations de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Jun 6 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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