L’avortement forcé : une autre forme de violence envers la femme



Par Arlette RAVOLATSARA

Antananarivo: Toute femme a le droit de décider si elle veut ou pas mettre un terme à sa grossesse. Et ce ne sont pas les activistes du genre qui diront le contraire. Mais quand l’avortement n’est plus volontaire mais forcé par le conjoint ou un membre de la belle-famille, il s’agit ni plus, ni moins d’une forme de violence envers la femme.

Dans toutes les sociétés patriarcales, les femmes font les frais d’actes violents de la part des hommes. Et Madagascar n’y échappe pas. Comme dans tous les pays de la région, 65% des femmes malgaches subissent au moins une forme de violence durant leur existence et ce, malgré les programmes de sensibilisation sur ce fléau et sur l’existence des lois en vigueur. Selon le Fonds des Nations Unies pour la Population, 26% des femmes malgaches subissent des violences physiques, 24% des violences psychologiques et affectives alors que 39% sont abandonnées par leurs conjoints et 11% victimes de violences sexuelles. Et il n’y a pas d’âge pour qu’elles en fassent les frais car les interrogées dans le cadre de l’étude du FNUAP menée en 2013, étaient âgées entre 15 à 60 ans.

L’avortement devrait être un choix et un droit. Mais le désir de garder son enfant devrait être tout autant respecté. Or, selon un médecin d’un centre de santé situé à Antanarivo, capitale de Madagascar, il n’y a pas que les jeunes filles qui sont forcées à avorter. Des femmes mariées sont aussi dans ce cas. L’interruption volontaire de grossesse n’étant pas légale à Madagascar, toute femme vivant une grossesse non-désirée doit subir un avortement clandestin, courant ainsi le risque d’être arrêtée et traduite en Cour car la loi stipule que toute femme s’étant fait avorter est passible d’un emprisonnement pouvant aller de six mois à dix ans et d’une amende variant entre 170 et 8970 dollars.

Selon un centre de santé, une vulgarisation des méthodes de planification familiale en 2012, a révélé que sept avortements clandestins sur dix étaient réalisés en raison de pressions du conjoint ou partenaire. C’est le cas de cette institutrice de 28 ans, menacée physiquement par son mari et qui a été obligée de subir un avortement clandestin. Cette femme est mariée depuis cinq ans et lorsque son mari a su qu’elle était enceinte, il a commencé par lui mettre une pression psychologique. Il a ensuite argué qu’il ne voulait pas faire d’enfant sans son consentement et a même mis sa paternité en doute. Il l’a ensuite menacée de la quitter et de demander le divorce si elle ne se faisait pas avorter.

Et pour parvenir à ses fins, il l’a emmenée chez une faiseuse d’ange. Elle n’a pas cédé. Ce refus l’a rendu agressif et méchant. « Mon mari est devenu agressif. Il s’est mis à me battre et à m’insulter. C’était comme ça tous les jours. Il m’a aussi menacé de m’abandonner. La situation a empiré après deux mois de grossesse car il a décidé de me priver d’argent ». Or, avant de savoir qu’elle était enceinte, il lui confiait les cordons de la bourse, lui versant même son salaire pour qu’elle gère leur budget.

Mais depuis qu’il l’a su enceinte, il lui a coupé les vivres. «Il rentrait à la maison régulièrement ivre et me battait et m’insultait. Après quoi, il m’a laissée savoir qu’il avait pris une maîtresse et un jour, il a même emmené des filles à la maison sous mon nez et à ma barbe».

Ne pouvant plus supporter cette violence physique et morale, l’institutrice a porté plainte auprès de la police et du quartier. Mais cela n’a résulté en aucune action ou intervention en sa faveur. Sa belle-famille auprès de qui elle a cherché conseil, a fait la sourde oreille. Elle ne peut se plaindre qu’à ses proches.

« Je considère qu’avoir un bébé, c’est naturel et c’est une richesse également. Malgré notre situation financière un peu juste, j’avais un peu peur au début que nous ne nous en sortirions pas. Mais d’un autre côté, je refusais de subir un avortement. D’ailleurs, d’après le centre de santé où je me suis renseignée et qui m’a soutenue, l’avortement tel qu’il est pratiqué à Madagascar, c’est-à-dire dans un milieu non stérile, est dangereux pour la santé et pour la vie des femmes ».

Selon les derniers recensements à la maternité de Befelatànana à Antananarivo, 40% de femmes sont mortes de complications post-abortives en 2012. Un des médecins consultés ajoute que l’avortement forcé est une violation des droits de la femme et par conséquent des droits humains.

L’avortement pratiqué dans des milieux non stériles cause énormément de morts en Afrique également. En effet, 300 000 Africaines meurent chaque année à la suite d’un avortement illégal.

Le refus obstiné de l’institutrice de ne pas recourir à l’avortement s’est soldé par un abandon du mari de leur foyer conjugal. « N’ayant pu me convaincre de me faire avorter, mon mari m’a quittée après quelques semaines arguant que j’étais une femme qui n’écoutait pas le chef de famille».

Elle n’était pas au bout de ses peines car en sus de l’avoir abandonnée, il lui a laissé des ardoises à régler sous forme de loyer, de factures d’eau et d’électricité. « Il m’a même dit que je n’aurais aucune pension alimentaire si je conservais mon bébé. Il sait bien qu’avec mon maigre salaire d’institutrice, je n’arriverai pas à subvenir à toutes ces charges. »

Elle se retrouve désormais seule avec un bébé de sept mois sur les bras. Elle attend la décision du tribunal suite à la plainte qu’elle a déposée contre son mari. « Une femme devrait avoir le droit de décider de garder ou pas son enfant et quelque soit sa décision, son entourage devrait la respecter. C’est une question de choix et de droits humains ».

Arlette RAVOLATSARA est journaliste à Madagascar. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Jul 5 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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