L’élimination des discriminations contre les Ivoiriennes passe par une application des lois



Par Augustin Tapé

Côte d’Ivoire: La discrimination contre les femmes persiste à travers le monde. Le quotidien des femmes en Afrique est encore marqué par le poids de la tradition et des préjugés. Le caractère patriarcal des sociétés africaines affecte les relations entre les sexes. L’inégalité des sexes s’observe dans l’accès à l’éducation, à la santé, à la justice, au travail et aux postes de prise de décision et la Côte d’Ivoire n’est pas en marge de ce phénomène.

Un rapport de la Banque mondiale, publié en 2013, dresse un sombre tableau de la situation de la femme ivoirienne. Le document indique qu’en Afrique, continent où la majorité de la population vit de l’agriculture, seules 18% des concessions agricoles sont détenues par des femmes. En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, les femmes, dans la majorité des cas, sont obligées de négocier des parcelles de terre auprès de leur famille ou de leur époux pour pouvoir cultiver des produits vivriers. Ce pays, situé en Afrique de l’ouest, se relève progressivement d’une décennie de crises socio-politiques. Les Ivoiriennes restent marginalisées et n’ont souvent pas accès aux services sociaux de base, constate ledit rapport. « En milieu rural, 75% des femmes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Et dans le monde de l’entreprise, les Ivoiriennes ne sont guère mieux loties. D’après les chiffres du centre de promotion de l’investissement en Côte d’Ivoire (CEPICI), entre janvier et mai 2013, sur les 800 entreprises enregistrées au cours de cette période, seules 15% étaient aux mains de femmes », peut-on lire dans le document.

Il est important de relever que depuis 1975, la Côte d’Ivoire a adhéré à la plupart des Conventions internationales et régionales en faveur de la promotion de l’égalité du genre. On peut citer au plan régional, l’adhésion aux textes que les Etats membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union Africaine se sont eux-mêmes dotés. Il s’agit du Protocole à la Charte Africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes qui réaffirme dans son préambule, le principe de la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes tel que consacré dans l’Acte constitutif de l’Union africaine ; de la déclaration solennelle des chefs d’Etat de l’Union africaine sur l’équité du genre en Afrique, qui soulignent l’engagement des États africains à assurer la pleine participation des femmes africaines au développement de l’Afrique en tant que partenaires égales. Il y a aussi le protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance, qui en son chapitre 1, section VIII, article 40 stipule que «les Etats membres conviennent de ce que l’épanouissement et la promotion de la femme sont un gage de développement, de progrès et de paix dans la société. Les Etats s’engagent en conséquence à éliminer toutes formes de pratiques préjudiciables, dégradantes et discriminatoires à l’égard des femmes».

Sur le plan national, l’Etat ivoirien s’est engagé dans son texte fondamental, voté en août 2000, à assurer à tous les citoyens un accès égal à la santé, à l’éducation, à la culture, à l’information, à la formation professionnelle et à l’emploi.

En avril 2009, le gouvernement ivoirien a décidé de se doter d’une Politique nationale sur l’égalité des chances, l’équité et le genre afin de prendre en compte la dimension genre dans les politiques, plans et programmes de développement. Cela, dans la perspective d’un développement humain équilibré et durable.

Mais force est de constater l’existence d’une inégalité dans les faits. Ce que confirme la journaliste-écrivain Agnès Kraidy, ex rédactrice en chef du magazine Femme d’Afrique et du quotidien ivoirien Fraternité Matin: «Si l’égalité existe sur papier, dans les faits, la réalité est toute autre ».

Comment comprendre la permanence des inégalités du genre, alors que le dispositif légal existe? C’est une question du poids de la tradition, répond Marthe Pédan Coulibaly, directrice exécutive par intérim du Centre Féminin pour la Démocratie et les Droits Humains en Côte d’Ivoire (CEFCI), une organisation féminine ivoirienne qui œuvre pour la scolarisation de la petite fille. Selon elle, beaucoup de jeunes filles sont exclues du système scolaire. « La scolarisation du petit garçon au détriment de la petite fille nous parait une grave violation du droit à l’éducation de la jeune fille ou de la femme. Dans certaines régions du pays, des parents sont plus enclins à scolariser le jeune garçon. Et la petite fille reste à la maison. Ce qui constitue pour nous une discrimination à l’égard de la femme », relève-t-elle.

Même son de cloche pour le Pr Biaka Zasséli, sociologue, qui constate que la valeur de la femme reste largement ignorée. Le pays a certes ratifié la plupart des textes internationaux luttant contre les discriminations à l’égard des femmes mais d’énormes pesanteurs sociales et économiques restreignent encore l’affirmation de l’égalité hommes-femmes.

Des avancées notables en matière de genre ont été enregistrées, reconnait toutefois Marthe Pédan Coulibaly: « Il faut dire que la discrimination était de par le passé plus palpable, mais aujourd’hui on se rend compte qu’il y a des efforts qui sont faits par le gouvernement. » En effet, deux mesures prises récemment par l’Etat ivoirien expliquent la satisfaction de cette militante des droits de la femme et par conséquent humains. C’est la ratification du protocole facultatif de la Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF en octobre 2011 et la finalisation du rapport sur la mise en œuvre de ce protocole. Une nouvelle loi sur le mariage a été adoptée par l’Assemblée nationale en novembre 2012 pour renforcer le principe de l’égalité des époux et accroitre l’autonomisation de la femme.

Des motifs de satisfaction qui laissent cependant sur leur faim la majorité des organisations féminines ivoiriennes. Celles-ci estiment qu’il faut une application élaborée des lois sur le terrain. « La Côte d’Ivoire a une Constitution votée en l’an 2000 qui proclame l’égalité de tous devant la loi et le Parlement vient de voter une loi afin d’amender le Code sur le mariage et abolir la notion de chef de famille qui reposait sur les épaules de l’homme. Reste que si les lois existent, elles ne sont pas souvent appliquées. Il faut donc passer de la théorie à l’action », insiste la journaliste Agnès Kraidy.

Entre autres mesures concrètes qui restent à prendre, il y a la création des guichets uniques pour faciliter l’accès des femmes à la propriété foncière, la mise en place de mesures incitatives permettant de scolariser et maintenir les filles à l’école et le vote d’une loi sur la parité hommes-femmes dans tous les domaines. Autant dire qu’un énorme chantier nous attend…

Augustin Tapé est journaliste radio et web, spécialisé en genre et coordonateur de site d’information www.newsivoire.com. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Jul 5 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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