Anny Mandungu : pour l’amour de la nature



Par Anna Mayimona NgembaPortrait Anny photo

Gender Links a inscrit à son agenda l’intégration de la question du « changement climatique » dans le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement. Depuis, une pétition a été circulée pour obtenir des voix afin d’appuyer ce plaidoyer. Parallèlement à cette action, les activistes pour la protection de l’environnement n’ont pas baissé les bras. C’est le cas d’Anny Mandungu qui vit en République démocratique du Congo.
Née en pleine forêt de Mayombe, dans la province de Bas-Congo, la sexagénaire Anny Mandungu aime bien se rappeler son enfance. Elle avait à peine huit ans et pourtant, elle s’était déjà familiarisée à la diversité de la flore congolaise. Car, après avoir séjourné dans la ville de Boma où elle est née, elle a vécu successivement à Kinshasa appelée Léopoldville en son temps et qui était alors une ville-jardin puis à Coquillatville, connue aujourd’hui comme Mbandaka dans la province de l’Equateur et qui possède une forêt luxuriante. Ensuite, le destin la conduite en Bruxelles et à Belgrade à l’époque où les enfants pouvaient encore courir dans les champs de blé ou grimper dans les arbres plantés en ville.
Anny Mandungu a donc passé une bonne partie de sa vie tout près de la nature qu’elle a appris à aimer. C’est de là qu’est parti son engagement pour la protection de l’environnement. « Je suis née dedans. J’ai tellement migré que cela m’a permis de mieux me comprendre. Il est tout à fait naturel de vouloir partager sa passion pour la nature, les arbres et les forêts surtout », a-t-elle l’habitude de déclarer. C’est ainsi qu’elle a fait le tour du Congo, photographiant la forêt, les collines, les cours d’eau, etc. Et c’est avec un pincement au cœur qu’elle a commencé à constater les ravages de la déforestation.
Devant le déboisement qui devenait de plus en plus alarmant, Anny Mandungu a estimé qu’il fallait davantage s’engager. Elle a alors abandonné ses autres projets de vie, notamment la vente automobile, pour porter la casquette de militante qu’on lui reconnait maintenant. Avec un groupe de personnes qui partageaient la même vision qu’elle, elle a créé une association au nom révélateur «Les Amis de la Nature et des Jardins » (ANJ). Au sein des ANJ, elle a joué un rôle important dans la récupération du Jardin Botanique de Kinshasa en 2009. Ce cadre naturel a longtemps été détourné de sa vocation. Grâce aux plaidoyers de l’ANJ, il est redevenu un haut lieu naturel avec pour mission l’éducation environnementale à l’intention des écoles que des autres membres de la société.
A chaque fois qu’elle parle de la récupération du Jardin Botanique de Kinshasa, on sent une fierté dans sa voix. Il faut dire que ce combat n’était pas gagné d’avance. Des politiques avaient un autre agenda et pas du tout en faveur de l’environnement. Mais le groupe d’Anny Mandungu et d’autres activistes se sont battus et ont obtenu gain de cause.
Anny Mandungu est souvent vue en compagnie des enfants qui sont sa deuxième passion. Elle estime qu’ils sont une richesse. « Ils sont encore ouverts à la découverte et sont de bons ambassadeurs de la cause environnementale. » Cela ne veut pas dire qu’elle n’a que faire des jeunes et des adultes. En tant que membre du Groupe de travail Climat-REDD, elle encadre depuis 2010 certains jeunes adultes et les encourage à s’impliquer personnellement dans le développement durable. Il est question d’inciter ces jeunes à obtenir une portion de terre de l’Etat pour qu’ils y développent l’agroforesterie avec des arbres indigènes.
Après l’ANJ, elle a mis sur pied une nouvelle structure, la Maison de la Nature et de l’Environnement, aménagée au sein d’une ancienne porcherie en pleine ville de Kinshasa. Ce lieu offre au public, depuis sa création en mai 2014, un espace d’accueil, d’information, de conseils et d’animations sur tous les thèmes liés à l’environnement et au développement durable. Avec le problème d’assainissement au centre de la ville de Kinshasa, la Maison de la Nature et de l’Environnement se présente comme un support didactique. « L’idée est de montrer que nous avons tous la possibilité de transformer nos milieux. Il suffit d’y penser », observer Béatrice Makaya, enseignante au sein du département de géographie de l’Institut Supérieur Pédagogique de la Gombe.
Mais pour faire bouger les choses, il faut améliorer le cadre juridique avec l’adoption de lois et la mise en place de moyens pour leur application. Anny Mandungu en est consciente. C’est dans cette optique qu’elle a travaillé activement, depuis 2010, au sein de la commission Environnement pour l’examen du projet de loi-cadre sur la gestion et la protection de l’environnement. De maigres avancés sont observés, surtout en matière de genre. La lutte n’est qu’à ses débuts, pensent les experts. Et Anny Mandungu pense avoir encore assez d’énergie pour y apporter sa contribution.
Cette licenciée auprès de l’Institut Supérieur des Traducteurs et Interprètes (ISTI) de Bruxelles soutient, à qui veut l’entendre, que les forêts congolaises et leurs arbres sont extraordinairement impressionnants de beauté. «Nous commettrons un péché en ne les protégeant pas.» Foi d’Anny…

Anna Mayimona Ngemba est journaliste en freelance en RDC. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Sep 15 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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