Thérèse Kirongozi : la marraine du « robot roulage intelligent » à Kinshasa



PHOTO THERESE KIRONGOZIPar Lino Muziri
Depuis presque une année, les Kinois, habitants de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), ont découvert deux « robots roulages intelligents », invention unique à ce pays de l’Afrique australe, qui fonctionnent à base d’énergie solaire et régulent la circulation routière dans la ville capitale, surtout au niveau de la 13e rue Limite, ainsi que sur l’Avenue des Huileries, non loin du Palais du peuple, siège du Parlement national. Les étrangers de passage à Kinshasa sont agréablement surpris de voir ces « robots intelligents » qui font la fierté de la population et qui ont beaucoup fait l’objet d’attention des médias lorsqu’ils ont été publiquement présentés.
Cette invention est entièrement l’œuvre d’ingénieurs congolais regroupés au sein de l’association Women’s Technologies dont Thérèse Izay Kirongozi est la présidente. A la base, celle-ci est ingénieure en électronique industrielle, diplômée de l’Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA). Elle a été la chef du projet de « robots roulages intelligents» et est aussi restauratrice à ses heures perdues. Mariée, elle est mère des trois enfants, un garçon et deux filles.
Depuis sa tendre enfance, Thérèse est curieuse de tout et voulait surtout savoir comment fonctionnaient les appareils électriques et électroniques. C’est ce qui a suscité en elle le désir de faire des études techniques par la suite. Lorsqu’elle a obtenu son diplôme d’Etat en maths-physique, son père qui est ingénieur en électromécanique, l’a encouragée à faire des études supérieures techniques alors qu’à l’époque, bien peu de pères auraient encouragé leurs filles à opter pour ces filières. Thérèse s’est alors inscrite à l’ISTA comme le désirait son père afin de se spécialiser. Et elle n’a pas tenu compte du fait que sur un auditorium de près de 400 étudiants en première année, il n’y avait que deux filles dont elle.

Le fait de côtoyer des étudiants au quotidien l’a beaucoup aidée à vaincre sa timidité et à être plus ouverte. Son principal défi a été de s’adapter à son nouvel environnement académique. Avec le temps, elle s’est habituée à ses camarades garçons. Alors qu’elle étudiait encore, Thérèse montrait déjà un esprit d’entrepreneure. Pendant son parcours académique, elle a recherché et obtenu toutes les autorisations pour ouvrir un petit restaurant sur le campus universitaire. Les étudiants l’ont surnommée Mamie Jocole. Au début, elle rejetait ce sobriquet parce que ses camarades étudiants disaient en allant dans son restaurant qu’ils allaient « jocoler », soit faire la fête, mais elle a fini par l’accepter. A tel point qu’il y a des personnes qui ne la connaissent plus que par son sobriquet.

Après avoir obtenu son diplôme, elle a constaté que la plupart des femmes ingénieures avaient du mal à trouver de l’emploi dans des entreprises locales. Pour ne pas rester inactives, elles se lançaient alors dans des activités qui ne cadraient pas avec leurs qualifications académiques telles qu’ouvrir de petits commerces pour leur survie. Elle et son amie, Alice Taka Tatshu, ingénieure en transmission, diplômée de l’ISTA également, ont décidé de mettre sur pied une organisation non gouvernementale qu’elles ont baptisé « Lisano Ya Bana ». Cette ONG a pour mission de venir en aide aux enfants dont les parents n’ont pas les moyens de les faire scolariser.
Après quoi, les deux amies ont pensé à lancer une association pour regrouper des femmes ingénieures de la RDC afin qu’elles se retrouvent entre professionnelles et parlent le même langage et cela a donné Women’s Technologies. Cette association a aussi pour objectif d’aider les femmes ingénieures à évoluer sur le plan professionnel grâce aux formations continues et à des échanges.
Depuis maintenant plusieurs années, Mamie Jocole encourage les femmes ingénieures à développer leur esprit créatif. Une façon pour elles de valoriser leur formation à l’ISTA. Elle oriente les femmes de sorte qu’elles mettent en valeur les connaissances acquises en commençant d’abord par réparer des appareils tels que des ordinateurs et des téléphones portables avant de les encourager à voir plus grand. Women’s Technologies incite aussi les femmes ingénieures à s’équiper d’outils, même avec le peu de moyens dont elles disposent au lieu de s’acheter des bijoux et des vêtements.
Lors d’une foire organisée à l’ISTA par Women’s Technologies, Mamie Jocole a rencontré un jeune congolais qui avait fabriqué un robot en bois. L’idée lui est alors venue de perfectionner ce robot pour en faire un « robot roulage intelligent » pour faciliter la circulation routière. Thérèse refuse cependant de tirer le drap sur elle seule et de s’attribuer tout le mérite de cette réalisation. « Cette invention est le résultat d’un travail d’équipe. Le designer est un jeune congolais qui vient de Boma dans la province du Bas Congo et une équipe des femmes ingénieures a apporté sa touche au prototype», explique-t-elle humblement.

C’est grâce aux recettes réalisées par PLANET J, un espace de loisirs créé et géré par Mamie Jocole et dont les fonds recueillis sont en partie reversés à Women’s Technologies, que la fabrication de « deux robots roulages intelligents » a pu être financée. Aujourd’hui, Mamie Jocole est fière d’avoir apporté sa pierre à la fluidification de la circulation dans la ville de Kinshasa. Car cette invention fait la fierté non seulement de cette organisation mais surtout des Kinois qui arrivent à mieux s’orienter. Et grâce à ses restarants, Thérèse fournit de l’emploi à une centaine de Congolais, en particulier à des femmes.
Women’s Technologies espère que les pouvoirs publics soutiendront cette réalisation en donnant des fonds pour multiplier l’installation de « robots roulages intelligents » à différents carrefours de la ville afin de résoudre les problèmes d’embouteillages souvent causés par certains transporteurs inconscients.

Thérèse Kirongozi bénéficie du soutien de son mari dans tous ses projets. Sans cela, dit-elle, elle n’aurait pas accompli autant. C’est cette harmonie familiale qui lui permet de réaliser ses rêves. Elle partage ce qu’elle fait avec ses enfants pour qu’ils développent à leur tour un esprit créatif. Son plus grand rêve désormais est qu’un de ses enfants devienne ingénieur comme elle et fasse parler de lui dans toute la RDC.

Lino Muziri est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Sep 15 2014. Filed under Featured, Sci-Tech. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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