La loi a été appliquée dans toute sa rigueur ; qu’en est-il de la justice ? par DANIELLE TURNER



La loi est-elle forcément synonyme de justice ? Nous avons souvent eu la preuve et cela tout au long de l’histoire de l’humanité, que la loi ne repose pas forcément sur des préceptes de Justice. Bien souvent ces deux concepts semblent même être à l’opposé. On en a pour preuve si besoin est :

Le Code Noir : une loi qui pendant des siècles a réduit des êtres humains à l’état d’esclavage. Cette loi consistait à faire que des êtres humains soient considérés comme des meubles.

Le système d’apartheid – codifié et proclamé – fit que la couleur de peau d’une personne la rendait inférieure ou supérieure. Et ce faisant décidait de manière légale qu’une personne de peau noire devait être privée de tous ses droits fondamentaux.

La lapidation des femmes a toujours cours dans certains pays. Ce geste barbare et abject, est ce que préconise la loi dans les pays qui la pratiquent.

Le mariage, aussi bien que les relations entre personnes du même sexe est toujours condamnable à Maurice parce que pas légale.

Doit-on, ou encore aurait-on dû se taire, et persister à cautionner des actes légaux mais immondes d’injustice ?

Aurait-on dû se taire et laisser se perpétuer l’esclavage et l’apartheid ?

Doit-on encore se taire et laisser lapider des femmes parce que la loi le permet ?

Doit-on condamner aux enfers et par le fer ceux qui étant du même sexe osent réclamer le droit de s’aimer ?

Est-ce si choquant que de dénoncer l’injustice ou ce qu’on croit l’être ?

Est-ce se rendre coupable de manque de respect ou encore d’outrage que de dire à certains juges et magistrats qu’ils ont été injustes ?

Devons-nous taire ce besoin et cette envie de leur dire, qu’au-delà des lois, on attend d’eux qu’ils rendent justice, au lieu d’être de simples auxiliaires des livres de lois ? Car ils constituent notre dernier rempart contre le népotisme et l’absolutisme de tout ordre, soit-il même d’ordre légal !

Nous croyons dans l’élévation de l’esprit et de l’âme de nos ‘justices’. C’est cet espoir qui permet ce cri de désaccord. Sinon, il n’aurait pas eu sa raison d’être. Nous nous serions retrouvés en pleine anarchie, ou dans la posture d’un peuple asservi par ses lois. Nous ne nous retrouvons dans aucune de ces situations.

Être un simple exécuteur des livres de lois serait un métier assez réducteur qui ne prendrait pas en compte le ressenti que provoque immanquablement la sentence que l’on émet d’après sa lecture ou interprétation d’un texte de loi. Les exécuteurs de lois c’est généralement la résultante d’une société où l’on privilégie des exécutants au lieu de permettre l’émergence des êtres libres. Libres d’agir en toute indépendance. Mais aussi libres d’esprit pour pouvoir écouter et se dire qu’il n’y a pas qu’une seule lecture possible.

La loi n’est pas immuable ; elle se conjugue avec un espace temps, un espace circonstanciel, un espace
psychologique, un espace culturel et structurel.

Ainsi aucune sentence, aussi honnête soit-elle par la motivation, ne peut être exempte de désaccord ou de contestation et encore moins de remise en question. Le concept ‘contempt of court’ne peut-il pas, dans certains cas, dès lors être vu comme un acte qui impose une dictature de la pensée, qui permet que la loi soit exécutée, mais empêche la justice d’émerger ?

L’exécuteur aveugle et de bonne foi, est le produit d’une société qui se gère par la répression au lieu d’une action progressive, qui propose une action en profondeur, dans le dialogue et l’écoute consentant et consenti.

Une société qui ne peut comprendre et accepter qu’un père, une mère, ou encore une femme ou un homme peut crier à l’injustice, (même si l’injustice est certes légale) ; quand son enfant ou partenaire semble en faire les frais, est une société intolérante qui croit que seules les lois écrites et codifiées ont droit de cité.

Cette intolérance envers le ressenti que provoque toujours et immanquablement un jugement envers ceux qu’elle pénalise ne s’apparente-t-elle pas à un déni de justice et un manque de générosité envers l’humain ?

Se scandaliser et crier ‘outrage à la cour’ est le cri des gens bien pensants qui tout au long de l’histoire de l’humanité ont privilégié la loi à l’humain. Un outrage à la cour peut ne pas être un outrage à la justice. C’est aussi indéniablement un signe de bonne santé démocratique.

À ce point de vue, il serait intéressant de citer le jugement rendu dans l’affaire Henri Guaino le 27 novembre 2014 par le tribunal correctionnel, plus précisément le paragraphe intitulé « Des atteintes au respect dû à la justice » : « compte tenu du contexte, et en dépit de la violence de ses propos qui a pu légitimement choquer, il serait disproportionné de prononcer une sanction pénale à l’encontre d’Henri Guaino, qui, s’exprimant en qualité d’élu dans le cadre d’un débat d’intérêt général n’a pas dépassé les limites admissibles de la liberté d’expression concernant la critique de la décision d’un magistrat ».

Posted by on Jul 12 2015. Filed under Actualités, Featured, Opinion. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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