Des Oscars blancs sans Noirs



L’absence d’acteurs de couleur parmi les nominés de la cérémonie américaine de récompenses cinématographiques a fait grincer les dents. Partie remise ?

Bien sûr, il y a eu l’Oscar de Leonardo DiCaprio, pour sa performance dans The Revenant. Celui, moins prévisible, du meilleur film à Spotlight. Et le concours des décolletés qui repousse chaque année les limites de l’audace. Somme toute une cérémonie des Oscar dans la lignée des précédentes autocongratulations du tout-Hollywood. A un détail près, sauf que ce n’est pas – du tout – un détail.

L’absence d’acteurs et d’actrices de couleur parmi les vingt nominés aux statuettes, et ce pour la seconde année de suite, a même été le fil rouge de la grand-messe du cinéma. La polémique n’avait d’ailleurs pas attendu la soirée de dimanche pour enfler : le cri de ralliement #Oscarssowhite avait déclenché un raz-de-marée de protestations sur les réseaux sociaux. Elle s’était nourrie du refus médiatique du réalisateur Spike Lee et du couple d’acteurs Will Smith et Jada Pinkett-Smith, de participer à la cérémonie.

Et poursuivie, sur le ton de l’humour, sur la scène du vaste Dolby Theatre de Los Angeles, par la voix du présentateur noir Chris Rock. « Si vous voulez plus de Noirs, il faut juste créer des catégories pour les Noirs », a-t-il plaisanté devant l’assemblée des Oscars et les près de soixante millions d’Américains qui regardaient la soirée devant leur petit écran. Mais aussi, on ne plus sérieux : « Est-ce qu’Hollywood est raciste ? »

La présidente de l’Académie des Oscars, Cheryl Boone Isaacs, elle-même Afro-Américaine, ne pouvait plus se dérober, assurant que l’organisation avait conscience de sa « responsabilité » et travaillait vers une plus grande ouverture aux femmes et minorités ethniques.

Ou réouverture, aurait pu corriger Whoopi Goldberg, Oscar de la meilleure actrice en 1991 pour Ghost, présente à la cérémonie. Laquelle a consacré aussi d’autres émotions, comme celle offerte par la chanteuse Lady Gaga interprétant Til it happens to you entourée de victimes d’abus sexuels, ou les yeux embués d’Ennio Morricone, qui a dû attendre 87 ans et la musique des Huit Salopards de Quentin Tanrentino, pour que l’une de ses œuvres soit récompensée, même s’il avait reçu en 2007 un Oscar d’honneur.
Le cinéma, même avec les paillettes, reste un formidable creuset des sentiments.

Le crépusculaire « Fils de Saul », premier long-métrage du Hongrois Laszlo Nemes, sur les Juifs forcés de travailler dans les chambres à gaz, a été sacré meilleur film étranger, doublant le franco-turc « Mustang » qui a triomphé aux Césars en France. Le palmarès complet sur lanr.fr

La solution de Chris Rock au manque de diversité des Oscars: une catégorie «meilleur ami noir»

Plusieurs acteurs noirs avaient boycotté la cérémonie des Oscars du 28 février. Le présentateur Chris Rock, lui, n’a pas hésité à critiquer le racisme qui sévit à Hollywood dans son discours d’ouverture.

En pleine controverse sur l’absence d’acteurs et de réalisateurs noirs dans la sélection des Oscars, le monologue de l’humoriste Chris Rock lors de cette 88e cérémonie (voir le palmarès complet) est tout de suite entré dans le vif du sujet:

«S’il fallait être nominé pour être présentateur, j’aurais jamais eu le boulot.»

Chris Rock, qui en 2005 avait été le premier Afro-Américain à présenter la cérémonie en solo, a tenté d’expliquer avec humour le type de racisme qui sévit à Hollywood:

«Est-ce que c’est le genre de racisme avec des croix qui brûlent? a-t-il déclaré en référence au Ku Klux Klan. Non, c’est un différent type de racisme.»

Plutôt qu’un rejet violent et ouvert, il s’agit de discriminations indirectes, que Chris Rock compare à celles qui existent au sein des sororités étudiantes: «On t’adore Rhonda, mais tu ne fais pas vraiment partie du club.»

Pour illustrer ce racisme systémique, l’humoriste a évoqué une soirée de levée de fonds à Hollywood pour Barack Obama, dans laquelle il a profité d’une séance photo avec le président pour lui dire:

«Vous voyez tous ces auteurs, producteurs et acteurs? Ils n’embauchent pas de noirs. Et, pourtant, ce sont les blancs les plus gentils de la terre. Ils sont de gauche.»

Humoir noir

Pour remédier à ce manque de représentation, le comédien pense qu’il faut tout simplement changer les catégories des Oscars:

«Si vous voulez des noirs chaque année aux Oscars, il faut juste des catégories noires, comme meilleur ami noir.»

Si Chris Rock a critiqué le manque de bons rôles pour les acteurs afro-américains —«Nous voulons que les acteurs noirs aient les mêmes opportunités que les acteurs blancs. C’est tout.»—, il s’est également moqué de certaines personnalités à l’origine du boycott #OscarsSoWhite, notamment Jada Pinkett Smith et Will Smith:

«Jada qui boycotte les Oscars, c’est comme moi qui boycotte la culotte de Rihanna. J’étais pas invité.»

Et il n’a pas hésité à en rajouter une couche:

«Jada est pas contente. Son mec n’a pas été nominé. Je comprends. C’est énervant. C’est pas juste, Will était bon et il n’est pas nominé. C’est vrai. Mais ce qui est aussi injuste, c’est que Will ait gagné 20 millions de dollars pour le film Wild Wild West, ok? Ok?»

Son discours a également donné dans l’humour noir sur le violent passé raciste des États-Unis, notamment lorsqu’il a demandé pourquoi les Oscars de 2016 avaient été boycottés, alors que pendant des décennies il n’y avait jamais d’Afro-Américains dans la sélection:

«On était trop occupés à être violés et lynchés pour s’intéresser à l’Oscar de la meilleure cinématographie. Tu sais, quand ta grand-mère a été pendue à un arbre, c’est vraiment dur de se passionner pour le meilleur documentaire court étranger.»

Posted by on Mar 3 2016. Filed under Actualités, Edito, Faits Divers, Featured, Sci-Tech. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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