Peine Capitale…Joceline Minerve accuse les élus de jeter l’huile sur le feu



« L’abolition est un sujet tellement sérieux, à tel point que certains pays…ont songé à l’inscrire dans leur Constitution, Ce choix de société exige du courage politique »

L’ancienne député et ministre de la Sécurité Sociale n’y est pas allée de mains morte dans ses contre l’hystérie du moment pour le retour de la peine capitale. Citoyenne engagée, elle monte au créneau sur ce dossier sensible…

Le dernier drame qui a endeuillé le village de Camp de Masque Pavé, il y a quelques jours, a donné, de nouveau, du grain à moudre aux partisans de la peine de mort. Et, parmi les premiers à s’y référer, à une semaine d’intervalle, deux membres du gouvernement. Pourquoi? Quel est leur mobile à s’exprimer sur cette question de société si sensible?

Surtout dans un contexte bouillant, propice à l’hystérie collective, au point où les villageois menaçaient les forces de l’ordre pour avoir tardé à arriver sur les lieux! Là, sachons distinguer les personnes éprouvées parce que victimes, par ricochet, des badauds intempestifs. Quiconque opte pour le choix de prévenir le risque que les réactions épidermiques ne l’emportent sur la raison, comprend que cela exige de prendre de la distance avec l’événement si l’on veut aboutir à favoriser une réflexion en profondeur.

En tant qu’élus, et de ce fait représentants de toute la population, quel intérêt y ont-ils vu à venir jeter l’huile sur le feu? Pour des motivations opportunes? Purement électoralistes? Et voilà, le débat ravivé! Une opinion publique, abreuvée des tragédies horribles dans l’instantanéité, par voie médiatique, aura difficulté à ne pas réagir avec émotion, dans la foulée. Sans chercher à comprendre les racines du problème des violences, sous toutes ses formes! Et si, pour ce qui nous concerne, les citoyens à leur tour, s’appliquaient à faire l’inventaire des crimes ‘publics’, tout aussi graves parce que les conséquences ont des effets durables voire irréparables, dans certains cas?

De ces mauvaises décisions publiques dont la liste sera longue : des actes manqués des autorités sinon leurs négligences sociales dans les domaines divers, de la non-protection de certains droits intrinsèques et fondamentaux, du non-respect de la parole donnée et signée dans les Conventions internationales surtout concernant les salariés, de la non-prise-en-compte des sections vulnérables de notre société, de la toxicomanie, de la dilapidation des fonds publics, d’éducation mal planifiée résultant en un nombre croissant d’enfants dits de rue depuis des décennies, du non-respect de la nature, de l’abandon de la responsabilité régalienne de l’état pour la refiler aux fameuses responsabilités sociales des entreprises (CSR), de la corruption institutionnalisée, etc… Facile d’établir la responsabilité civile des institutions de l’État vis-à-vis des victimes des fléaux, qui s’abattent sur notre société et ce, pour des générations successives!

Le principe de guerre

Il ne s’agit pas de se donner bonne conscience en abolissant la peine de mort tout en continuant à s’occuper à engraisser les coffres-forts ou les comptes en banque et en ne se demandant jamais comment la communauté nationale va faire avec autant de ‘condamnés’ sur les bras, sans aucun espoir de reconversion. Les conséquences sont maintenant plus qu’évidentes et le petit peuple ne le sait que trop bien. Plausible que si pas de peine de mort et pas de justice non plus et, du coup, plus personne ne s’y retrouve. Dans ce cas, peut-on s’étonner de la volonté expéditive de rendre justice que les masses populaires réclament devant les crimes de sang? On ne peut pas se limiter à éliminer la peine de mort si d’autre part, aucune justice réparatrice sérieuse ne vient contrebalancer la pulsion de justice « expéditive ».

Pour les États qui y ont toujours recours, cette mesure irréversible n’a pas, en retour, apporté les résultats visés. Il a été établi, de manière factuelle, au niveau mondial, que cette mesure n’a pas eu d’effet dissuasif. L’objectif supposé de protéger ces dites sociétés des agresseurs, elles qui choisissent de se faire justice elles-mêmes, de manière expéditive, trouvent chez elles des voix discordantes. Position donc pas univoque, car certains de leurs nationaux, sont effarés du fait que leur société se sentant menacée, applique le principe de guerre: une vie pour une vie!

Militer pour la disparition de l’exécution capitale, en arguant que c’est un châtiment cruel et inutile est, certes, un processus lent à gagner du terrain. Les mouvements (de gauche surtout) et les organisations abolitionnistes qui continuent à s’exprimer sur le sujet ont-ils été victorieux? L’ONU avait finalement, en 2007 invité ses Etats-membres à le bannir, ou à défaut de se donner un moratoire, là où cette mesure était encore pratiquée. Un fait incontestable : le nombre de pays qui ont signé la Convention a augmenté et ainsi envisagent-ils de trouver d’autres moyens pour exorciser la peur ou l’instinct vindicatif primaire de certains de leurs membres.

L’abolition est un sujet tellement sérieux, à tel point que certains pays, posant le droit à la vie et l’éminence de la dignité de chaque personne comme principe même des droits humains, ont songé à l’inscrire dans leur Constitution, Ce choix de société exige du courage politique! Ce combat est avant tout politique et juridique tout en ayant un caractère éthique et moral. A nous d’apprendre à être inventifs pour dessiner la convivialité à laquelle nous avons droit !

A lire aussi:

Minority Voice dit NON à la peine de mort…par Madiba…

Posted by on Mar 8 2016. Filed under Actualités, Edito, En Direct, Featured, Politique, Société. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply


Air Mauritius - Financial Results for the 3rd Quarter of financial year 2016-17



Search Archive

Search by Date
Search by Category
Search with Google

Photo Gallery

Copyright © 2011-2016 Minority Voice. All rights reserved.