Bernie Sanders peut-il battre Hillary Clinton ?



Bernie a la baraka. Le socialiste a gagné cinq Etats la semaine dernière avec 70% des voix. Il n’a plus que 230 délégués de retard sur Hillary Clinton.

Feel the Bern ! La brûlure, le frigide Etat de l’Alaska l’a bien sentie lors du week-end pascal. Avec une victoire écrasante de Bernie Sanders (82 % des suffrages). Idem pour Washington (l’Etat, en haut à gauche) ; le voisin Idaho ; l’Utah mormon ; et les îles Hawaii… Chaque victoire a été obtenue à plus de 70 % des voix. Assez pour réduire l’écart avec Hillary à “seulement” 230 délégués.

Les primaires des deux grands partis, républicains et démocrates, s’étirent. On est à mi-course, on puise dans les sucres lents. Chez les Républicains, Trump, en tête depuis le début, semble infatigable ; chez les démocrates, Bernie Sanders, 74 ans, se révèle un adversaire beaucoup plus coriace que prévu. Hillary Clinton a pourtant le soutien de l’appareil démocrate, des places financières du pays, du président Obama, de la grande presse.

Le succès de Bernie montre les faiblesses d’Hillary

Le succès de Bernie expose les faiblesses d’Hillary Clinton : être une candidate de l’establishment. Ce mot que tous fuient comme la gale. Et le désamour des jeunes Américains, dont Bernie a incontestablement gagné les faveurs.

Le sénateur du Vermont a beau arriver sur scène au son de vieux tubes de Simon and Garfunkel, la génération Spotify n’a d’yeux que pour lui – et sur Snapchat aussi, Bernie Sanders écrase la concurrence. Sanders a l’avantage de n’avoir pas exercé de grandes responsabilités, comparé à Hillary qui, en plus d’être sénatrice, a été first lady et secrétaire d’Etat. Ironiquement, Bernie conserve, avec son idéalisme et malgré son grand âge, une certaine virginité. “Je pense qu’Hillary est trop empêtrée dans des scandales”, explique Mary Gibbons, 28 ans, bénévole pour la campagne de Sanders dans le New Hampshire, dont la grand-mère de 82 ans votera aussi pour Bernie.

Bernie vs. Hillary ? Ça sent bon les 90’s

Il est reproché à la France d’être incapable de renouveler son personnel politique : l’Amérique nous rendra quitus pour ce cycle électoral. Ces primaires sentent tellement les années 90 qu’on croirait entendre Rage Against The Machine ou Warren G en fond sonore dans les meetings. Pourquoi ? Parce que l’ombre de Bill Clinton plane sur la scène, au sens propre comme au figuré. Un Bill Clinton faiblard, émacié, mais toujours là, derrière, ou au micro pour défendre Hillary quand les choses ne tournent pas comme il le faudrait.

L’héritage de ce qu’on appelle le “clintonisme” – l’idéologie, la tactique, tout ce que Bill a accompli en huit ans à la Maison Blanche – façonne les débats démocrates d’aujourd’hui, vingt ans après.

Ce que la frange radicale derrière Sanders reproche à Bill Clinton durant ses mandats, et donc à Hillary, c’est d’avoir d’une part accompagné la dérégulation de Wall Street, d’autre part d’avoir répondu à une aspiration sécuritaire de l’opinion publique par des politiques carcérales coûteuses, cruelles et structurellement racistes. Notamment les peines plancher pour les petits dealeurs ou consommateurs de crack.

La politique des “three strikes and you’re out”, amorcée sous Clinton, qui multiplie la sentence après une troisième infraction, a fait des Etats-Unis le pays qui emprisonne le plus d’être humains au monde, et plusieurs analyses actuelles imputent une grande responsabilité à Bill Clinton dans cette catastrophe. Occupy Wall Street ? Black Lives Matter ? Ces mouvements, qui nourrissent la candidature de Sanders, sont les enfants d’une politique démarrée sous Bill Clinton : c’est la narration dominante à gauche.

Bernie Sanders s’appuie sur les divisions du camp démocrate

Bernie Sanders capitalise sur une division très profonde entre démocrates qui remonte, là encore, à Bill Clinton. Une division occultée par le 11 Septembre, et remarquablement cachée sous le tapis durant les années Obama. Le journaliste Ryan Lizza fait remonter cet antagonisme à 1992 et la première campagne de Bill. Dans les colonnes du New Yorker il définit ces deux courants : “un populiste, anti-libéral, pro-régulation”, soit en gros, une aile socialisante, mais on ne peut pas prononcer le mot deux ans après la chute du Mur de Berlin ; et une autre “plus austère, connectée avec le monde de la finance et davantage dans le ‘laisser faire’ [en français dans le texte]”.

Bernie est aussi un politicien dans son jus des nineties : il est entré au Capitole comme élu du Vermont en 1990. Mais durant toute sa carrière, il n’a pas intéressé grand-monde, ni médias ni l’appareil démocrate. Son label de socialiste n’est pas un problème pour les démocrates de moins de 30 ans qui votent pour lui aujourd’hui. Un chargé de sondages qui travaille pour Bernie Sanders, Ben Tulchin, a résumé au New Yorker pourquoi les millenials américains supportaient Sanders : “Parce que leur génération est tellement dans la merde, il n’y a pas d’autres mots, à moins d’un changement radical. Quelle a été leur expérience du capitalisme ? Deux récessions, dont une terrible. Ils ont une montagne de dettes étudiantes à rembourser. Assurer leur santé leur coûte trop cher. Leur perspective d’emploi est, au mieux, médiocre. Donc tu vois, les bienfaits du capitalisme… ”

Une victoire en trompe l’œil ?

Pour obtenir la majorité des délégués, Bernie devra gagner face à Clinton avec une moyenne de 56 % lors des prochaines confrontations. De quoi réfléchir puisque Sanders a gagné avec une marge énorme de 70 % lors de ses cinq dernières victoires.

Mais d’autres chiffres ont de quoi brimer le sans-culotte qui sommeille en chacun de ses supporters. Nate Cohn, l’analyste data du New York Times, prévoit une prochaine portion de route escarpée. Les Etats qui viennent ne seront pas aussi welcoming par leur démographie (Maryland et Pennsylvanie le 26 avril, ont de nombreux électeurs noirs qui ne votent pas volontiers pour Sanders, comme on l’a vu en mars, dans le Vieux Sud) et par leur histoire (New York, 19 avril, terre d’adoption de la sénatrice Clinton).

Bernie a aussi été critiqué par le président Obama récemment. Et ça, c’est vraiment pas bon. Dans une intervention devant des patrons de presse ce lundi à Washington, le président a critiqué le rôle des médias dans l’ascension politique de Trump et l’atmosphère actuelle de la campagne, “j’allais dire de carnaval, sauf qu’au carnaval on s’amuse”.

Les reproches de manque de recul et d’analyse étaient aussi dirigés contre la couverture de Bernie Sanders, dont Obama pense que les promesses (gratuité de l’éducation, gratuité des soins) sont démagogiques. “Si les électeurs placent leurs espoirs en quelqu’un qui ne tient pas ses promesses, ça n’engendrera que davantage de cynisme”.

Posted by on Apr 4 2016. Filed under Featured, Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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