Anfield renverse le Borussia



Le football vit pour ce genre de soirées. Dans un match incroyable d’intensité, Liverpool a renversé le Borussia Dortmund (4-3) qui menait pourtant de deux buts à la pause. Sakho a marqué, Lovren a glissé, et Klopp est devenu un roi à Anfield. L’Europe a des étoiles dans les yeux.

Liverpool 4-3 Dortmund
Buts : Origi (48e), Coutinho (66e), Sakho (78e) et Lovren (90e) pour Liverpool // Mkhitaryan (5e), Aubameyang (9e) et Reus (57e) pour Dortmund

On se touche pour y croire. C’est une certitude : ce qui vient de se terminer est le plus beau match de l’année en cours. Tout était parfait, sur et en dehors du terrain. Anfield mérite ce type de rencontres. Le football aussi. La glissade de Lovren entrera à coup sûr dans l’histoire. Comme le jour où Liverpool a renversé le Borussia Dortmund en une mi-temps après être rentré aux vestiaires avec deux buts de retard. Au terme d’une rencontre européenne exceptionnelle, les Reds se sont qualifiés ce soir pour les demi-finales de la Ligue Europa (4-3) dans un match terrible pour le cœur. Dans un nuage rouge.

Comme une bouteille de Coca
L’Europe est une fille électrique. Elle ne vit que pour les soirées, la passion et se plaît à jouer avec les sentiments mêlés. Anfield, de son côté, est un théâtre où l’on ne jure que par l’amour et la folie. Les artistes y sont conviés, chacun y va de sa tenue spéciale et respecte le protocole. Thomas Tuchel, le meneur du BvB, avait demandé avant le rendez-vous à ses hommes de prendre « des risques et du plaisir » . Celui de Liverpool, Jürgen Klopp, avait lui préféré insister sur la notion de courage et sur le rôle de la foule.

Il y a une semaine, à Dortmund, le Borussia butait sur les Reds. Mais le brouillon a déjà été déchiré. C’était hier, l’instant a le pouvoir. Les choix sont clairs. Tuchel, qui a fait reposer l’essentiel de ses cadres le week-end dernier, ne modifie pas ses plans : l’idée sera de jouer, seul Kagawa est préféré au jeune Erik Durm, alors que derrière, l’expérience de Sokratis est favorisée face à Bender. Klopp, de son côté, doit panser l’absence de son capitaine, Jordan Henderson, dont la saison s’est brutalement terminée jeudi dernier au Signal Iduna Park. Son milieu est à deux têtes, Firmino est lancé. On chante, fort. On se tait aussi pour un hommage glaçant à la tragédie de Hillsborough. Le reste n’est que du jeu, plus que jamais.

Car d’entrée, le BvB ressemble à une bouteille de Coca trop secouée et prête à exploser. Sur son banc, Tuchel joue avec son chewing-gum et admire, le sourire en coin. Pierre-Emerick Aubameyang lâche un premier frisson. La vague jaune est terrible et destructrice. Le milieu rouge est noyé, broyé et sur une perte de balle de Coutinho, le contre est assassin. Kagawa met le feu, gicle devant la défense des Reds, Mignolet sauve devant Aubameyang et Mkhitaryan n’a plus qu’à prendre les restes (0-1, 5e). Tout va vite, beaucoup trop vite. Klopp affiche un rictus serré et voit se retourner contre lui ce qu’il s’est attaché à mettre en place pendant de nombreuses années : du pressing haut, des contres vifs, de l’explosivité.

Firmino tente de calmer Reus, mais c’est impossible. L’artiste casse les lignes, s’arrache et lance Aubameyang qui n’a plus qu’à signer la création (0-2, 9e). Liverpool a la gueule au sol, Anfield Road fait la fête, dans son coin, en jaune. Alors les Reds vont se réveiller, enfin. Par Moreno d’abord, puis Origi et surtout Firmino. Le Brésilien est brûlant, motive Coutinho et porte avec lui un Origi remuant. Klopp respire, mais son milieu Can-Milner continue de prendre l’eau. Dortmund, de son côté, continue à vivre. Mignolet sauve la correction devant Kagawa. Klopp, lui, court vers le vestiaire. Rien ne devait se passer comme ça.

Et Lovren glissa
On s’attend à des choix d’hommes, mais l’entraîneur allemand de Liverpool croit au pouvoir des mots. La réponse est directe, comme si la musique venait d’être coupée. Les Reds pressent, dévorent les espaces et, sur une superbe inspiration de Can, Origi n’a plus qu’à coucher Weidenfeller (1-2, 48e). On sent Liverpool habité par la rage et l’espoir.

Clyne tutoie la lucarne allemande, Klopp demande à Anfield de donner de la voix, encore, toujours et encore plus. Tout n’est qu’une question de détails dans une rencontre portée par la grâce technique. C’est un bonbon européen, ce n’est plus un doute, c’est une certitude. La peur du goût, en plus. Et l’histoire tourne acide, car dix minutes plus tard, sur une douce ouverture de Mats Hummels, Marco Reus ouvre son pied pour faire tomber le suspens (1-3, 57e).

Anfield devient un échiquier où chaque tacticien avance ses pions. Klopp sort Firmino pour Sturridge, alors qu’Allen vient densifier le milieu. Coutinho, lui, est replacé dans l’axe, gratte de la liberté supplémentaire et libère des espaces. Le coup est payant, Milner vient se glisser pour remiser l’excité brésilien. Anfield chavire, dérive (2-3, 66e). Origi manque de le faire imploser, et Dortmund baisse progressivement les armes face à la fureur.

Tout peut se passer, tout, et absolument n’importe quand. Surtout quand le BvB s’agace et que Philippe Coutinho est incontrôlé. James Milner, brassard au biceps, n’a plus 30 ans, alors que son alter ego allemand, Can, ne semble plus en passe de se relever. C’est le moment choisi par l’ensemble du Borussia pour se retrouver, en cercle, et se remobiliser. Mais c’est impossible face à tant de folie. Klopp est debout, rageur, comme un commandant et se transforme définitivement, alors que Sakho égalise dans la folie (3-3, 78e).

Où est la raison ? Où peut-on situer cette rencontre dans l’histoire ? L’exceptionnel est rare, mais on y est. Alors Tuchel abat ses dernières cartes : Adrián Ramos et İlkay Gündoğan. Reus, lui, sort et tape dans la main des deux entraîneurs, sonné par ce qu’il vient de vivre. L’expérience y a aussi une place. C’est là que Dortmund est plus fort. Car ce contexte, la colonne vertébrale jaune l’a déjà vécu.

Alors on gère, Tuchel, lui, ne semble pas avoir peur, alors que Klopp est rougi par la pression. Et il explose, finalement, sur un ultime coup de tête de Lovren (4-3, 90e). L’histoire aime le football pour ça. Et pour rien d’autre, sur les dernières notes d’un You’ll Never Walk Alone historique.

Posted by on Apr 15 2016. Filed under Featured, Sports. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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