Drogue à l’ile Maurice : Piqûre de rappel…



…Par Patrick Belcourt

La photo a fait le tour du monde. Un homme au corps inerte dans les bras de sa compagne en pleine rue de Manille, telle Marie enlaçant Jésus. Au côté de ce corps abattu par balle, un morceau de carton laissé par les agresseurs annonce « Je suis un dealer ».

Symbole de la décadence d’une nation, ce cruel traitement plus qu’ignoble en 2016 du nouveau président de ce pays, Rodrigo Duterte, à toute personne liée au milieu des stupéfiants du dealer au consommateur. Une épuration drastique approuvée par le nouvel homme fort du régime qui incite même les citoyens à faire usage des armes dans le but d’éradiquer la drogue du pays. A force d’ignorer ce fléau et d’absence de politique forte, un sombre far west des temps modernes s’est donc trouvé un nouvel eldorado au sein des Philippines.

Cette recherche de dose de bien-être pour profiter d’une parenthèse souvent nécessaire pour se soustraire d’un quotidien difficile n’est malheureusement pas uniquement hors de nos frontières. Ce problème est à présent devenu mauricien et en pleine propagation.

Un véritable cataclysme qui autrefois frappait nos banlieues et à présent est devenu un phénomène malencontreusement national. Certains volent, d’autres s’endettent pour continuer à subvenir à ce besoin incompressible d’évasion.

Ces dernières semaines la mort a de nouveau frappée à Maurice. Une liste qui ne faiblit pas. Cette fois c’est au tour d’un jeune homme de 19 ans, même si les plus hautes autorités mentionnent que « la situation n’est pas alarmante ». La responsabilité de ces propos leur appartient et démontrent que du sommet d’une tour d’ivoire l’analyse semble peu clairvoyante. En effet, même si il n’y avait eu qu’un seul mort, n’est-ce pas déjà trop ?

Si la gestion de ce désastre est aussi bien gérée que celui de la méthadone, le pire est à craindre. D’autant qu’avec un seul aéroport et un seul port à Maurice, les zones d’acheminement des stupéfiants sont bien déterminées.

Au-delà du constat quelles sont les solutions que nous pouvons élaborer afin d’enrayer ce massacre principalement actif et ravageur au sein des classes les moins aisées. Souvent contraint par des difficultés personnelles, le comportement addictif frappe aussi bien la victime que son entourage. Heureusement, de nombreuses associations avec des bénévoles spécialisés voire des anciens dépendants à la drogue comme accompagnateurs effectuent un travail colossal de terrain afin de pallier l’action publique. Parmi ces travailleurs sociaux Ally Lazer a même fourni, il y a quelques mois, une liste de 136 noms de personnes liées à l’univers de la drogue. Du dealer au politicien tout est inscrit pour faciliter le travail des enquêteurs, une identification très concrète. Osons poser l’épineuse question : Qu’en est-il ?

Une image néfaste du pays que des journalistes n’ont pas hésité à filmer afin de démontrer que derrière une carte postale idéalisée trône des Pablo Escobar mauriciens toujours prêts à fournir à la demande.

La sensibilisation reste le principal moteur des engagements. Dès l’école une campagne d’information est menée dans beaucoup de pays afin de prévenir des effets des drogues sur l’usager et son entourage. Ou encore, une ligne téléphonique dédiée afin d’informer toute personne en recherche de soutien.
Des stupéfiants de plus en plus accessibles et moins onéreux posent également une question sur la traque des trafiquants qui pullulent même (surtout) près des établissements scolaires.

Pire lorsque les drogues sont dites « synthétiques » les composants utilisés peuvent aggraver la situation. Dans ce cas les effets sont similaires à drogues traditionnelles mais confectionnés avec des produits chimiques légalement sur le marché. Une imitation à moindre coût mais des effets dévastateurs.

Sans emploi ni espoir, le sombre avenir proposé ne peut que provoquer la détresse de nos jeunes et de leurs parents. L’accompagnement au monde du travail pourra briser ce cercle vicieux. Dans le cas contraire, le séga de l’année 2007 restera bien malheureusement d’actualité : «Bane mama papa ki zot zenfans dan la drogue, nu lev la main la o, prié bon dieu, li pas vine encor ». Près de 10 ans après le succès de « Ti pocket » de Clarel Armelle, le combat est loin d’être achevé.

Posted by on Sep 26 2016. Filed under Featured, Opinion. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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