BUDGET 2017 -2018 Que les PMEs avec moins de Rs. 10 millions annuellement n’ait plus à soumettre de ‘returns’



 

  • Les jeunes qui ont des idées d’entrepreneuriat ne peuvent pas finir dans les call-centres
  • Pravind Jugnauth doit se démarquer…‘think outside the box’ et ne pas se laisser embrigader par le système
  • La SMEDA et la Maubank doivent contacter l’entrepreneur pour faire ce qui est nécessaire
  • Les agences de l’Etat doivent devenir de véritables facilitateurs et non des repoussoirs

Concevoir, exécuter, lancer et maintenir à flot dans la durée sa petite entreprise peut s’avérer un véritable parcours de combattant à Maurice. Bien souvent, la démarche se conclut par un cuisant échec qui plonge l’initiateur dans un profond désarroi. Nous revenons sur ce sujet cette semaine en marge des consultations pré-budgétaires en cours actuellement dans le cadre de la préparation du prochain budget par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth.

Imaginons le scénario. Un jeune qui vient tout juste de terminer ses études secondaires ou tertiaires se lance dans la recherche d’un emploi. Il consulte tous les journaux et les sites Internet de toutes les agences de recrutement. Il a en tête une vague idée de ce qu’il veut faire et tente sa chance en envoyant son curriculum vitae à plusieurs chefs d’entreprises et directeurs de ressources humaines.

À Maurice, comme c’est une pratique courante, le garçon ou la fille ira également voir son député ou le ministre de sa circonscription seulement pour voir s’il ou elle pourra bénéficier d’un coup de piston pour un poste dans un des corps paraétatiques ou au sein de la fonction publique. Il/elle demandera aussi à ses parents de faire jouer leurs relations respectives afin qu’il/elle puisse dénicher un emploi dans un secteur porteur et qu’il/elle sera bien rémunéré/e. Les parents ne s’épargneront aucun effort et irons frapper à plusieurs portes pour arriver à caser leur progéniture.

Toutefois, après des semaines et des mois, le jeune ne verra rien venir. Il obtiendra évidemment quelques rendez-vous pour des interviews mais rien de très probant ni d’intéressant. Pourtant, il a des idées plein la tête et il a eu le temps de regarder la télévision ou de surfer sur Internet pendant des années et il veut tenter sa chance en créant sa petite entreprise. Il est intéressé par plein de trucs car il a vu comment on fait dans d’autres pays et comment certaines initiatives sont devenues des ‘success stories’.

Un beau jour le jeune homme ou la jeune fille décide de se lancer mais à part les idées qu’il a griffonnées dans un cahier il n’a rien, ni financement, ni expérience, ni savoir-faire, bref il ne sait pas comment s’y prendre. Il se rappelle que, de temps à autre, il a entendu sur les ondes d’une radio une publicité d’une banque de l’Etat qui invite ceux intéressés à venir faire une demande pour le financement de leurs entreprises. Il a aussi lu dans les journaux qu’un ministre quelconque a lancé tel ou tel plan d’aide aux entrepreneurs. Le Premier ministre lui aussi, quand il en a l’occasion, fait un discours pour encourager les jeunes à créer leurs propres entreprises.

Mais tout cela reste très flou dans sa tête car il n’y a aucune cohérence et aucun fil conducteur dans les projets qu’il a entendus. Mais malgré cela il décide de se lancer. Il fera le tour des banques commerciales, des agences de l’Etat, des municipalités et autres pour arriver à monter son projet mais, après avoir galéré, le jeune finira par jeter l’éponge parce que les obstacles administratifs et tout le dispositif qu’on lui demande au préalable pour se lancer est trop compliqué. Partout où il est passé il n’a pas reçu le soutien nécessaire pour réaliser son projet. Il finira par accepter la première offre de travail qui lui dans tendra les bras, dans un call centre, et il remisera son rêve de devenir chef d’entreprise aux calendes grecques. Ainsi va la vie et personne ne s’en souciera !

C’est cela le drame mauricien que nous voulons faire comprendre au Premier ministre et ministre des Finances. Il va falloir qu’il aille plus loin dans son prochain budget pour casser cet engrenage de l’échec.

Plusieurs études ont été réalisées sur le sujet ces dernières années sur les mécanismes à mettre en placer afin d’encourager, d’encadrer, de soutenir et d’accompagner les jeunes entrepreneurs.

Il faut débuter très tôt et le gouvernement gagnera en introduisant dans le cursus d’études secondaires des programmes sérieux, réalistes et non théoriques visant à expliquer aux jeunes la façon de procéder pour réussir dans ce domaine. Il n’y a pas si longtemps, le précédent ministre des Finances du gouvernement de l’Alliance Lepep avait promis l’injection d’un budget de Rs. 2 milliards uniquement pour financer la création de petites entreprises. Ce projet est resté lettre morte.

En matière administrative, le gouvernement a l’obligation de mettre en place une administration d’accompagnement plutôt que de sanction et d’inscrire ainsi un droit à l’erreur pour tout ce qui concerne la lourdeur des procédures à remplir. Les petites entreprises réclament des mesures spécialement conçues pour les libérer du carcan administratif.

Il s’agit également de mettre fin aux tracasseries administratives qui bloquent les initiatives. Nous pensons que pour l’enregistrement d’une PME l’application pour une Business Card auprès du Registrar of Companies devrait suffire. Si l’entrepreneur doit passer par cette étape, il n’a nul besoin d’aller se faire enregistrer auprès des municipalités ou autres instances. Ce sera donc au Registrar of Companies de faire le suivi pour avertir les autres agences de l’Etat qu’une nouvelle entreprise dans tel ou tel secteur d’activités est en gestation.

Après l’étape initiale d’enregistrement pour la Business Card, il est important que le jeune reçoive tout le soutien et l’encadrement nécessaire afin qu’il ne se décourage pas. À l’ère du numérique et de l’Internet, ce n’est donc pas difficile de faire en sorte que, suivant l’inscription de la nouvelle entreprise dans la base de données du Registrar of Companies, d’autres agences de l’Etat reçoivent automatiquement un avertissement dans ce sens et mobilisent leurs équipes respectives pour encadrer l’initiateur du projet.

Ainsi une équipe de la SMEDA et de la Maubank se mettra en contact avec l’entrepreneur pour faire ce qui est nécessaire. Les agences de l’Etat doivent devenir de véritables facilitateurs et non des repoussoirs. S’il y a un obstacle à franchir il ne faut pas que cela devienne un fardeau pour l’entrepreneur. Au contraire, les experts payés des deniers publics pour faire ce travail devront avoir l’obligation d’étudier le cas et de régler les problèmes.

La préparation d’un Business Plan ou autre document nécessaire pour obtenir un financement ne doit pas être laissé entre les mains de l’entrepreneur car dans la majorité des cas ce dernier ne pourra rédiger cela seul.

Accès aux Finances

En ce qu’il s’agit du financement, l’Etat doit aller plus loin que de proposer des emprunts à des taux plus compétitifs que les banques commerciales. Vishnu Lutchmeenaraidoo avait proposé Rs. 2 milliards où est l’argent. Quitte à devenir actionnaire de la nouvelle entreprise, l’Etat doit injecter de l’argent dans le projet sans attendre un retour sur l’investissement. Le gouvernement peut désigner une équipe de professionnels qui agiront comme codirecteurs de la nouvelle compagnie pendant un certain temps afin d’accompagner le jeune entrepreneur vers la réussite.

Fiscalité

En matière de fiscalité, il ne faut plus que la Mauritius Revenue Authority devienne un organe de harcèlement contre les petits entrepreneurs. Le Premier ministre et ministre des Finances a tout à gagner s’il amende les lois en vigueur afin que les entreprises ayant un chiffre d’affaires de moins de Rs. 10 millions annuellement n’ait plus à se faire enregistrer auprès de la MRA et n’ait plus à soumettre de ‘returns’ annuellement tout en étant exemptées du paiement de la Corporate Tax. Les PME doivent également être exemptées de la TVA pour l’acquisition de tout ce qui est lié à leur outil de production, y compris le mobilier.

Accès aux marchés

Si l’Etat était venu de l’avant avec une politique claire et cohérente afin de réserver une part des marchés publics aux Petites et Moyennes Entreprises, la polémique autour de la vente des biscuits de la compagnie Rum and Sugar appartenant à Sheila Hanoomanjee n’aurait pas eu lieu. Cela fait plusieurs années que les petits entrepreneurs réclament une telle mesure. Les gouvernements successifs ont promis la lune et les étoiles à ce niveau mais rien n’a été fait, que ce soit dans le commerce, la construction ou autres secteurs d’activités. Une telle mesure assurera les premiers pas d’une nouvelle entreprise et son implantation dans la durée jusqu’au moment où elle pourra déployer ses ailes pour jouer dans la cour des grands.

Formation, nouvelles technologies, recherche et développement

Dans le domaine de la formation, de l’innovation, de l’accès aux nouvelles technologies et la recherche et le développement, l’Etat n’en fait pas suffisamment. L’internet coûte trop cher alors qu’il n’y a aucun projet cohérent en matière de formation de jeunes entrepreneurs. L’accès aux nouvelles technologies demeure également aléatoire. Il n’est pas nécessaire de créer d’autres organisations étatiques pour s’occuper de cette problématique mais un simple exercice d’audit et de coordination entre certaines agences telles le Mauritius Research Council, Mauritius Telecom, la SMEDA, les cellules concernées au sein des différents ministères devrait suffire à dégager un plan d’action correct pour encadrer les PME comme il se doit dans les domaines de la formation, les nouvelles technologies, la recherche et le développement.

Le gouvernement et le pays tout entier ont tout à gagner si le secteur des PME connaît une croissance. Toutefois, là où le bât blesse, c’est au niveau de la volonté. Bien souvent les chefs de gouvernement et les ministres des Finances se laissent piéger par le système et arrêtent de ‘think outside the box’ une fois qu’ils se font embrigader par le système.

Pravind Jugnauth doit se démarquer et nous sommes prêts à l’aider avec les pistes de réflexions que nous avons énumérées plus haut afin que se concrétise le rêve mauricien. Osons, Monsieur le Premier ministre. 

 Terra Del Fuego

Posted by on May 21 2017. Filed under Actualités, Economie, En Direct, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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Air Mauritius - Financial Results for the 3rd Quarter of financial year 2016-17



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