Me Sidddhartha Hawoldar, avocat et observateur politique : « Il faut laisser le temps à Pravind Jugnauth de s’affirmer et montrer de quoi il est capable »



  • « Personne ne pourra décider à la place de Navin Ramgoolam s’il doit retirer ou céder sa place » 
  • « Je vois difficilement le rêve de Xavier-Luc Duval se réaliser comme Premier ministre »
  • « Le MMM, qui est en péril, doit se réinventer »
  • « Tout acharnement déséquilibre l’intervention légale et il est essentiel qu’une ligne de démarcation soit maintenue »

Dans une interview, accordée à Le Xournal, l’avocat et observateur politique, Siddharta Hawoldar, commente plusieurs sujets d’actualités, qui concernent, entre autres, l’affaire Rex Stephen, le ‘clash’ intergénérationnel comme le démontre le conflit Shakeel Mohamed-Navin Ramgoolam, l’affaire BAI, les ambitions du leader du Parti Mauricien Social Démocrate  (PMSD), celles ‘premierministérielles’ de Xavier-Luc Duval, l’avenir du MMM, et aussi la décision du leader du Parti travailliste (PTr), Dr Navin Ramgoolam, de ne pas se retirer de la politique active et de céder sa place à un autre.

 Sanjay BIJLOLL

Q : La profession légale vit des moments difficiles depuis l’affaire Rex Stephen et la menace de convocation des avocats ayant offert leurs services aux clients liés à la drogue par la Commission Lam Shang Leen. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

R : D’abord, il faut bien comprendre que même les trafiquants de drogue ont le droit d’être défendu. C’est un droit constitutionnel. Donc, ils ont le droit de choisir leurs avocats. Avec le nombre d’avocats sur le marché, je dirai que c’est rare qu’un avocat de luxe refuse des affaires pour défendre quelqu’un.

Quand on est choisi par les clients pour les défendre, et conformément aux droits constitutionnels permettant à un client de choisir l’avocat de son choix. Il est de coutume que l’avocat accepte le client. Le rôle de l’avocat est bien défini. Il s’agit d’observer les limites nécessaires dans l’exercice de notre profession.

Ceci dit, je ne pense pas que l’affaire Rex Stephen ou la Commission Lam Shang Leen présage des moments difficiles pour les avocats. Il s’agit simplement de bien s’expliquer.

Q : Que pensez vous des avocats qui ont rendu des visites fréquentes à des trafiquants de drogue qui sont en prison ? Est-ce que c’est normal ?

R : On ne peut pas juger que des avocats qui visitent les clients liés à des affaires de drogue en prison sont nécessairement coupables d’un quelconque délit. Il n’y a rien d’anormal à cela.

La fréquence ne veut strictement rien dire s’il y a des raisons valables à ses visites.

Q : Le Senior Counsel, Yousuf Mohamed, s’est interrogé sur  les raisons de cet acharnement de l’ICAC de convoquer les avocats. Partagez-vous son avis ?

R : Toutes les institutions du pays, peu importe qu’elle soit la police ou l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), ne doivent pas s’acharner contre qui ce soit dans l’exercice de ses fonctions. Ils doivent garder leur sérénité et faire leur travail selon les paramètres et suivant les procédures légales.

Tout acharnement déséquilibre l’intervention légale et il est essentiel que la ligne de démarcation entre l’arbitraire et ce qui est juste doit être observée et maintenue.

Q : Vu la situation alarmante, comment est-ce que l’avocat devrait agir face des clients criminels ?

R : Je pense qu’il doit faire son travail librement sans peur, ni frayeur en se laissant guider par sa conscience professionnelle.

Q : Il y a les honoraires également… Comment s’assurer de la  source de leur provenance ?

R : Je dois dire que c’est très difficile pour un homme de loi de cerner l’origine de ses honoraires. C’est placer un devoir trop onéreux sur lui et ceci s’applique à un médecin, notaire et autres professionnels qui proposent des services aux membres du public.

Q : Abordons le volet politique. Quelle lecture faites-vous de la situation actuelle en tant qu’observateur ?

 R : Nous vivons une période très difficile de notre histoire, où il semblerait que le pays est au bord d’un gouffre économique. Il y a un ralentissement total dans plusieurs secteurs économiques du pays. Aussi, il y a un sentiment de déprime qui plane sur la population.

L’île Maurice vit une période de malaise et je souhaiterai voir le pays retrouver sa vitesse de croisière et prendre une direction positive pour que la population puisse renouveler sa confiance dans le destin de notre pays

Q : Comment évaluez-vous la performance de Pravind Jugnauth comme Premier ministre?

R : Il est trop tôt de porter un jugement sur la performance de l’actuel Premier ministre. Il faut lui laisser le temps de s’affirmer et montrer de quoi il est capable.

Q : Il y a un clash intergénérationnel comme le démontre le conflit Shakeel Mohamed – Navin Ramgoolam ou la guerre entre la  vieille garde et les jeunes loups au PTr. Qu’en pensez-vous?

R : Tout conflit intergénérationnel est normal parce qu’à Maurice nous avons des écoles de pensées qui se heurtent.

Les anciens ont leurs propres méthodologies, tandis que les jeunes veulent épouser des méthodes modernes. Il y a ainsi des divergences de vue considérables. Et cela peut entraîner des conflits.

Or, les conflits ne sont pas nécessairement négatifs et malsains si on peut, dans la discussion et respect des idées des autres,  arriver à un consensus. Mais, il ne faut pas oublier que dans la politique tout est possible.

Q : Seriez-vous d’accord avec ceux qui disent que le Dr Navin Ramgoolam doit se retirer comme leader du Parti travailliste et céder sa place à un autre ?

R : Je pense que tout leader politique doit avoir un registre personnel et ainsi savoir quand il doit se retirer de la politique et pour céder sa place aux autres. Ceci est subjectif et personnel.

Pour moi, c’est une décision personnelle et la meilleure personne, c’est Navin Ramgoolam lui-même. Personne ne pourra décider à sa place.

Q : Xavier Luc Duval et le PMSD ont affiché leurs ambitions ‘premierministérielles’. Ce rêve risque-t-il de se matérialiser ?

R : Je vois difficilement le rêve de Xavier-Luc Duval se réaliser parce que les Mauriciens ont toujours prôné et choisi les grands partis pour les élire afin de les représenter à l’Assemblée nationale.

Les petits partis politiques sont condamnés à faire des alliances. Le PMSD de Xavier-Luc Duval peut faire parti du gouvernement, selon moi, comme partenaire d’une coalition.

Q : Le MMM veut aller seul aux prochaines législatives. Serait-ce seulement un effet d’annonce ?

R : Le MMM est un parti qui est en perte de vitesse. La politique idéologique n’est plus à la mode comme démontré par les récentes élections en France. La gauche est en péril. Je suis d’avis que le MMM, qui est également en péril, doit se réinventer.

Q : Le mouvement ‘En Marche’ dirige aujourd’hui la France grâce à Emmanuel Macron. Une telle chose risque-t-elle de se produire à Maurice ?

R : Comme je l’ai dit plus haut, tout est possible en politique.  Un leader tel Emmanuel Macron peut émerger à Maurice et il n’est pas impossible de voir l’émergence d’un protagoniste qui fera l’unanimité dans le pays.

Q : Le démantèlement de la BAI suivant les élections générales était-il justifié, selon vous ? Il y avait-il d’autres moyens de régler ce problème.

R : Sincèrement, je pense que le démantèlement de la BAI a été une grande erreur parce que cela relève de l’expropriation et reflète une politique de vengeance.

Il ne faut pas détruire quand on ne sait pas ce qu’on va mettre à la place. Je ne suis pas convaincu de l’argument selon lequel la BAI était un Ponzi Scheme comme certains le disent. Un Ponzi Scheme ne peut durer autant de temps. Le rapport Nktan a aussi exprimé des réserves dans cette affaire.

Selon moi, il y avait d’autres moyens de régler ce problème. Par exemple, on aurait pu entamer des discussions entre les deux parties concernées au lieu d’adopter la voie destructive, qui n’a finalement pas profité à qui ce soit.

Q : Parlons de la grève de la fin entamée par les clients de Super Cash Back Gold. Pour certains, il avait d’autres moyens pour que ces derniers puissent faire entendre leur voix. Partagez-vous cet  avis ?

R : Pour moi, c’est triste de voir que le gouvernement ne règle pas ce problème des clients de Super Cash Back Gold en priorité. C’est un véritable drame humain. Car je peux comprendre le désespoir de toutes ces familles. Personnellement, je pense que le gouvernement doit traiter ce problème de façon prioritaire s’il veut rectifier le tir.

Q : S’il y a une chose à changer en politique, ce serait quoi ?

R : Je voudrais voir la politique retrouver ses lettres de noblesses le plus tôt possible, et ce pour le bien-être de la population. La politique est un désir noble de l’être humain de se mettre au service d’une grande collectivité des gens. C’est une démarche qui fait honneur à la race humaine.

Les politiciens doivent ainsi faire preuve de beaucoup d’honnêteté, de principe et de valeurs nobles. Est-ce utopique d’attendre une métamorphose de la race politique ? Je continue à me demander, je m’interroge…

Q : Quand feriez-vous le grand saut en politique ?

R : Je ne sais pas ce que mon destin me réserve. L’avenir me le dira…

 

Posted by on May 21 2017. Filed under En Direct, Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply


Air Mauritius - Financial Results for the 3rd Quarter of financial year 2016-17



Search Archive

Search by Date
Search by Category
Search with Google

Photo Gallery

Copyright © 2011-2016 Minority Voice. All rights reserved.