Interview Reza Issack du Parti Travailliste :   «Un candidat unique de l’opposition est à la fois une sottise, un signe de faiblesse et une lâcheté»



* «Le Parti Travailliste va au 18 en conquérant ! Nous sommes décidés, motivés, énergisés …»

* “Pravind Jugnauth veut laisser les partis de l’opposition s’entredéchirer, s’essouffler et s’affaisser»

Réputé pour son langage direct et incisif, Reza Issack, notre invité de la semaine, nous livre ses impressions sur Le Xournal, l’état d’âme des rouges, la partielle au No 18 ainsi que la stratégie du Premier ministre et leader du MSM, Pravind Jugnauth, qui est d’épuiser ses adversaires. Les élections générales ne sont pas pour bientôt.

Interview réalisée par Sanjay BIJLOLL

Q : Vous avec été journaliste avant d’entamer une carrière politique. Vous avez fait partie du gouvernement et de l’opposition. Un journaliste, selon vous, est-il indépendant dans un gouvernement ou dans l’opposition ?

 

R : Un journaliste a un devoir sacro-saint : dire la vérité. Ce n’est certainement pas à cause de la politique que je me déroberai à ce principe. Que ça plaise ou non, je dis toujours ce que je pense. Je crache des vérités bien crues des fois, et cela m’attire  les foudres de quelques contradicteurs. J’aime mon parti, mais ma conscience passe avant lui. Donc, où qu’il soit, le journaliste doit rester lucide, objectif et indépendant.

 

Q : Quelle analyse faîtes-vous de notre publication ?

 

R : Il faut avoir beaucoup de courage et de passion pour sortir un journal, C’est compliqué et contraignant. Sa gestion requiert  du temps, de l’énergie et, évidemment, des moyens. Le Xournal est à son sixième mois d’existence déjà. Félicitations à l’équipe !

 

Cela dit, je constate qu’il y a, comme dirait l’Anglais, «room for improvement». Le Xournal est trop politique et pas assez analytique. Une pagination aérée, bien dosée et plurielle le rendrait plus attrayant. Il faut charmer, envoûter !

L’essentiel, c’est que vous existez, vous êtes une voix, vous enrichissez l’espace médiatique, vous provoquez, vous irritez autrui, vous êtes apprécié, vous êtes critiqué, vous êtes détesté, vous êtes sorti du ventre de la démocratie, quoi !

Q : Que pensez-vous de notre liberté d’expression ?

 

R : C’est ce qui fait votre différence et votre identité. Comme Voltaire, il faut se battre pour entendre ceux dont les opinions ne nous plaisent pas nécessairement. Dîtes ce que vous voulez dans les limites du respect.

 

Q : Quel regard portez-vous sur la presse en général ?

  • R : Nous avons une presse bien vivante qui, malheureusement, a trop de faiblesses. Les pseudo-journalistes, par exemple, sont affligeants. Certains n’ont pas de rigueur, n’ont pas de niveau, sont des amateurs … Leur écriture et leur connaissance générale laissent à désirer. Ils ne cherchent pas, ne se documentent pas suffisamment. Bref, ils ont besoin de formation !

 

Reconnaissons, cependant, que nous avons des journalistes qui sont excellents, tout comme certains éditorialistes et chroniqueurs. Quand journalisme rime avec mercantilisme, le niveau chute. La vocation, la passion, l’humilité, l’aventure, la découverte, le rêve existent-ils toujours dans le cœur de tous ceux qui détiennent une carte de presse ?

 

Q : Ces jours-ci le Parti Travailliste traverse des moments difficiles, surtout avec son leadership qui est remis en cause. Qu’avez-vous à dire à cela ?

 

R : Le Parti Travailliste passe des moments difficiles parce que, primo, il a perdu les élections de décembre 2014. Secundo, parce que le gouvernement Lepep a initié une série d’actions vengeresses contre Navin Ramgoolam dans l’unique dessein de le détruire moralement et politiquement. Et tertio, le parti n’a pas d’argent.

Quant à Navin Ramgoolam, il doit impérativement reconstruire son image et reprendre du poil de la bête. Entre nous, au bureau politique, on se dit bien des choses en face. Il écoute. Mais personne ne lui manque de respect ou ne lui a demandé de s’en aller. Il a des affaires en cour, il a en face de lui des ennemis irréductibles, il est financièrement coincé … En de telles circonstances, il faut l’aider à se relever et non à l’accabler. Au Parti Travailliste, on a le sens du respect et des valeurs, quand même.

Q : Le quartier général du Parti Travailliste sera détruit pour céder la place à un nouvel édifice. A quoi devons-nous nous attendre?

R : C’est un lieu historique, témoin de mille et un évènements, qui s’évapore … Nous avons besoin d’argent pour réaliser notre projet d’un bâtiment qui soit de son temps.

 Q : Dans quel état d’esprit affrontez-vous une élection partielle au No 18 ?

R : Le Parti Travailliste va au 18 en conquérant ! Nous sommes décidés, motivés, énergisés …

Q : Notre publication de même que Raj Meetarbhan parlent d’une action machiavélique contre Arvin Boolell. Qu’en pensez-vous ?

R : Une pensée n’est pas nécessairement une vérité. Enfin, nous respectons les opinions des uns et des autres, mais ce ne sera pas «pile je gagne, face tu perds». Ramgoolam et Boolell ont des liens politiques ombilicaux certains. Pas de fratricide en vue !

Q : Et que va-t-il se passer si jamais Arvind Boolell est battu ?

 

R : A ce moment-là on verra, mais cette idée ne nous effleure même pas …

Q : Shakeel Mohamed et Roshi Bhadain ont attaqué notre journal. Qu’en pensez-vous ?

R : C’est de bonne guerre, non ? Ils ont le droit de s’exprimer tout comme vous dîtes ce que vous pensez. Il y a, cependant, une chose que les politiciens doivent comprendre : la presse est libre, les journalistes sont libres, qu’ils leur laissent jouir de cette liberté. S’ils ne sont pas d’accord avec un titre de presse, ils sont libres d’entrer dans leur colère bleue.

Q : Il n’est un secret pour personne qu’il y a des contestations et des clans au sein du Parti Travailliste. Qu’avez-vous à dire à cela ?

R : Moi, je ne conteste pas, je ne fais partie d’aucun clan, et je dis toujours ce que je pense au bureau politique devant le leader et les autres. J’ai dit à Ramgoolam devant tout le monde qu’il y en a qui ont du fiel derrière lui et du miel devant lui. Il a souri. Ce renard le sait mieux que moi.

Ce qui est bon chez nous, c’est qu’on parle ouvertement, on s’engueule, on ne s’épargne pas, puis on se comprend, on s’excuse, on se serre la main.

Q : Qu’est-ce qui se passe au Parlement ? Qu’est-ce que l’opposition a à proposer à part les ‘walk-out’ ?

R : Il faut d’abord chercher la raison de ces ‘walk-out’. Maya Hanoomanjee est des fois débordée. Par moments, elle flanche. C’est une perception de sa partialité qui pousse l’opposition à ‘order themselves out’!

 

L’opposition a certes des propositions à faire. Elle doit contribuer aux débats à l’Assemblée nationale, aussi bien qu’au développement du pays, mais est-ce qu’on l’écoute ou fait-on de ce lieu suprême une cour de récréation ?

Après tout, que proposer à un gouvernement pourchassé par autant de scandales ? C’est comme la poisse, ne croyez-vous pas ?

 Q : Quelle circonscription lorgnez-vous pour les prochaines élections générales, le No 2 ?

R : Ce n’est pas à moi d’en décider, mais au parti et au leader.

 Q : Quelle est la difficulté de l’opposition pour aligner un candidat unique à cette élection ?

Faut-il un candidat unique de l’opposition à  cette élection?  Un candidat unique de l’opposition est à la fois une sottise, un signe de faiblesse et une lâcheté. Que chaque parti découvre sa vraie force sur le terrain ! On saura alors qui vaut quoi. Vous verrez, l’électorat rabattra le caquet de plus d’un !

 Q : Après la désignation d’Arvin Boolell et de Nita Jaddoo, on évoque, comme je viens de vous le dire, cette possibilité d’un candidat unique pour affronter le candidat du gouvernement. Pourquoi me  répondez-vous que c’est un signe de faiblesse?

R : Que cela soit clair : il n’y aura pas de candidat unique de l’opposition ! Et qui nous dit que Lepep alignera un candidat ? Pravind Jugnauth prendra tout son temps avant de se décider. Il laissera les partis de l’opposition s’entredéchirer, s’essouffler et s’affaisser avant de fixer la date d’une partielle. Ce n’est pas dans son intérêt, valeur du jour, de s’engager dans des élections. Il a d’ailleurs dit qu’il ira jusqu’au bout de son mandat.

Posted by on Jul 11 2017. Filed under Actualités, En Direct, Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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