Edito…One Singapore!



 

A Le Xournal, nous cherchons à comprendre le dérapage de Showkatally Soodhun durant une rencontre avec les représentants des habitants de la région de Bassin. L’heure est grave. Suffisamment pour ne pas nous permettre de perdre notre lucidité. Nous avons discuté sur les discours des uns et des autres. Nous enlèverons ceux qui se disent outrés juste parce qu’ils ont besoin de le dire et ceux qui le sont vraiment. La question de diversité ethnique a fragilisé notre nation et là où nous apprécions le Premier ministre, c’est qu’il condamne sévèrement toutes formes de dérapages et, d’abord et avant tout, prône l’unité nationale.

Où se situe le drame dans le discours de Soodhun ? Certes ses paroles sont blessantes si on le prend au premier degré. Mais à y réfléchir, il ne fait que satisfaire le clientélisme politique de ceux qui étaient venus le voir. Ils étaient venus pour cela. Ils l’ont même provoqué dans ce sens. A tel point que l’un d’eux,  sans doute pilotés par les détracteurs de Soodhun qui essaient d’avoir sa tête matin, midi et soir, a cru important d’immortaliser la scène à travers des caméras cachées.

Pour avoir vu mon pays vivre des moments difficiles en 1999, pour avoir dirigé La Voix Kreol, puis pour mener un combat au sein Minority Voice, je sais à quel point il faut faire attention. Car notre tissu social est fragile. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié le geste d’Axcel Cheney et Nad Sivaramen d’aller informer le Premier ministre d’abord. Par contre, je n’en dirais pas autant sur la démarche de Radio Plus durant son grand journal de mercredi après-midi. Il ne suffit pas de ne pas dire de quelle communauté, il s’agit mais de donner un maximum d’indice pour que tout le monde sache de qui on parle.

Vous savez que Singapour n’est pas un modèle de démocratie. Présentant une stabilité politique remarquable, Singapour est considéré aujourd’hui comme une « démocratie autoritaire » où « dictature bienveillante », avec la même famille au pouvoir depuis son indépendance. La cité-État est donc considérée comme un pays pratiquant le libéralisme économique, mais pas de libéralisme politique.

La diversité ethnique de la population singapourienne est importante : les Chinois composent 74,3 % de la population ; les Malais qui constituent le peuple autochtone représentent 13,3 % ; les Indiens forment 9,1 % et le reste provient de divers pays de l’Occident (3,3 %). Les métis eurasiens sont reconnus comme une ethnie et, comme les autres ethnies, portent cette mention sur leur carte d’identité. Les cartes d’identité singapouriennes portent plus exactement la mention de la « race ».

Pourtant chaque singapourien vous dira qu’il est un singapourien. Dans la Cité-Etat, le problème ne se serait jamais posé. Le gouvernement aurait exécuté sa décision de construire des appartements pour des pauvres gens sans se soucier des états-d’âmes des uns et des autres. Trop souvent à Maurice, celui-ci ou celui-là tente de bloquer un projet pour des raisons bizarres ou par pure égo.  Par exemple, imaginez-vous que cela aurait été possible d’interdire le chewing-gum à Maurice comme dans la Cité-Etat. Singapour aurait été un pays tiers-mondiste si elle avait choisi cette voie.

Nous ne disons pas que les revendications n’ont pas leurs raisons d’être. Par exemple, à Singapour si on reçoit une lettre sur la compagnie d’aviation nationale. Les médias d’état ne la publieront pas. Toutefois, la protestation atterrira directement au plus haut échelon de Singapore Airlines, qui sera sommé de prendre les mesures correctives. Pourtant ce n’est pas ce qui fait reculer ce pays, ni sa ligne aérienne.

Venons-en à politique de logement social. Ce problème que l’on vient de rencontrer continuera si on ne change pas de fusil d’épaule en construisant de vrais projets intégrés. Avec un bon ‘mixed-up’ social et non des ghettos. Déjà il y a eu des efforts pour améliorer la situation. Mais il faut ouvrir le projet de constructions sociales au privé.

Prenons le cas des déclarations de personnalités publiques dans le sillage de l’affaire actuelle. Patrick Assirvaden a appelé le Cardinal Maurice Piat et le vicaire général Maurice Labour à prendre position et pour condamner cela. Peut-être ira-t-il au bout de sa démarche en empêchant que les crimes impunis de février 1999 comme l’incendie des maisons à Cité Sainte Claire, à Goodlands et à Cité Mere Theresa à Triolet, dans la circonscription de l’ex-Premier ministre perdurent. Tout le monde sait qui sont ceux qui étaient impliqués. Bizin bez dans prison.  Sinon trêve de démagogie…

Comment oublier aussi les constructions de la NHDC saccagés à La Gaulette par un groupe communal très connu dans le passé. Où était le Parti Travailliste et qui sont ceux qui crient aujourd’hui leur colère contre Showkatally Soodhun ? Il ne faut pas oublier ceux qui, un jour, pour retourner au pouvoir, avaient parlé de « pouvoir pé sappe dans nou la main ». Sans compter que le sieur Assirvaden peut-il nous dire pourquoi la réforme Obeegadoo a été sabotée ? Encore pourquoi lui-même était monté sur ses grands chevaux tout en critiquant le père Maurice Labour quand ce dernier avait exposé une maison « boîte zalimet » sur le parvis de la Cathédrale. Pourquoi encore son silence quand le PTr n’avait pas cru bon de nommer un membre de la population générale sur son Front Bench, peut-être lui-même, après le départ du PMSD en 2014.

Donc c’est tout un mindset qu’il faut changer. Pas simplement fustiger Showkatally Soodhun ou quelqu’un d’autre qui dans deux semaines ou deux ans tiendra le même langage en faisant, peut-être, pire.

A Le Xournal, nous avons choisi de répondre à la violence par l’amour et le pardon. Comme Jean Paul II et le pape François nous les ont appris et auparavant Le Christ lui-même. Je suis en colère par ces propos, dégradants, humiliants et blessants. Je note le contexte hostile dans lesquels ils ont été prononcés. Soodhun ne faisait pas face à une assemblée de sage qui l’écoutait.

Mais je dis ceci : je refuse toute récupération politique qui peut entraîner mon pays dans une situation de non-retour. Pour beaucoup moins que cela, nous avons tourné la page au non de l’unité nationale. Cette fois-ci, je dis qu’il faut brûler la page. Je déplore que l’auteur de l’enregistrement n’ait pas mesuré la profonde meurtrissure qu’il peut mettre dans la population avec sa démarche.

La paix sociale n’est pas une magie…Il faut la cultiver chaque matin et remercier Dieu d’avoir la chance de vivre dans un tel pays. Que ceux qui en décident autrement assument leurs responsabilités.

Jimmy Jean-Louis

CEO

LE XOURNAL

Posted by on Nov 11 2017. Filed under Edito, Featured, Opinion. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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