Incendie monstre à l’entrepôt de Shoprite à Trianon



Dinesh Domah toujours introuvable, sa famille dévastée

Cette semaine n’a pas été de tout repos pour les combattants du feu de l’île. Les pompiers ont eu fort à faire pour venir à bout de l’incendie qui a éclaté, dimanche dernier, à l’entrepôt du supermarché de Shoprite à Trianon. Ce n’est que dans la soirée du mardi 14 novembre, après trois jours de combat intense, que le sinistre a pu être maitrisé, même si des petites poches de feu refaisaient surface lorsque les débris étaient soulevés.

Les dégâts causés par ces conflagrations ont eu un impact conséquent sur le centre commercial de Trianon et les régions avoisinantes. Bilan : infrastructures partiellement détruites, arrêt des activités des commerces, sans compter que les casernes de pompiers qui ont dû sortir toute l’artillerie pour mettre un terme à ce flamboiement.

Même si le montant exact des pertes du supermarché Shoprite n’a pas encore été déterminé, il est clair que plusieurs millions de roupies y sont concernées. Mais ce chiffre importe peu pour M. Ismaël, propriétaire du complexe Trianon, qui était présent à un point de presse organisé par le ministère des Collectivités locales, ainsi que la famille de la victime, qui est portée manquant depuis le jour de l’incendie.

La famille et les proches de Dinesh Domah, le jeune homme qui est resté prisonnier des flammes, après que le bâtiment a pris feu, sont complétement anéantis. Depuis l dimanche 12 novembre, ils vivent un moment cauchemardesque. Au fil que les heures et les jours s’écoulaient, l’attente devenait insupportable pour ceux-ci.  Ils espéraient revoir Dinesh en vie, mais les circonstances ne laissent présager rien de bon.

Parmesur Domah, le père de la victime, âgé de 57 ans, et son épouse Shobha attendaient impatiemment une nouvelle positive de la part des autorités, concernant leur unique fils. Mais leurs attentes sont restées vaines. Assis sur une chaise, Parmesur Domah, les traits tirés par la fatigue, regardait impuissant les sapeurs-pompiers à l’œuvre. Le quinquagénaire est resté sur le lieu et n’a pas fermé l’œil pendant plus de 48 heures, car le corps de son fils n’avait toujours pas été retrouvé. Si au début, il se disait confiant que les autorités lui ramèneraient son fils sain et sauf, mardi matin, le quinquagénaire, désespéré, nous avouera qu’il a perdu tout espoir de retrouver son fils en vie.

De l’autre côté, Sanjana, la petite sœur de Dinesh, refuse de penser que son frère est mort. « Nou bizin rétrouv li bien », lance-t-elle. La jeune fille, qui est en Grade 10 décrit son frère comme un « frère exemplaire ». Selon elle, son « frère ne peut pas finir de la sorte. Il était trop bon ». Toujours sous le choc, elle murmure qu’elle n’aurait jamais imaginé vivre pareille situation.

La jeune fille a affirmé que depuis cette nouvelle, elle prie jour et nuit pour retrouver son frère. D’ailleurs, elle a tenu à se rendre sur place. Idem pour sa grande sœur Sandhya et les proches parents. Ils étaient une vingtaine sur le lieu de l’incendie, guettant les moindres faits et gestes des pompiers, dans l’attente d’une bonne nouvelle.

Malgré la colère, le désespoir qui la ronge, Sandhya, la sœur ainée de la victime essaie d’être forte pour sa petite sœur Sanjana. Elle confie que celle-ci est très proche de Dinesh. «Mo ti ser pé malad dépi li’nn tan san nouvel-la. Ni li pé rod al lakaz pou réposé, li lamem ar nou ek li pé atann pou gagn nouvel mo frer…»

« Notre mère est décédée depuis dix ans. À l’époque, Sanjana avait cinq ans. Dinesh s’est occupé d’elle comme si elle était son enfant. Il était une bonne personne, c’est un frère exemplaire », poursuit-elle.

A partir de ce mardi, l’angoisse était à son comble pour la famille Domah. Elle n’avait aucune nouvelle à part de s’accrocher à l’espoir. « Nou pa koné ki pé pasé andan. Ni zot pé les nou al gété, ni zot pé donn nou nouvel », dit Sandhya, la sœur aînée de Dinesh. La jeune femme n’arrive pas à retenir ses larmes. « Nou pé anvi koné ki’nn ariv li. Eski pou trouv li ou non ? Li vivan ou pa ? Personn pa pé kapav dir nanyé !», déplore-t-elle aux membres de la presse.A savoir que le jeune homme, qui venait de fêter ses 24 ans la semaine dernière, travaillait dans l’entrepôt et dans le rayon boisson de l’hypermarché. Il avait trouvé de l’emploi au sein de la compagnie il y a sept ans. Le père de la victime raconte que son fils était un « hard worker ». « Li ti bien kontan so travay ek li pa ti enn zanfan pares », déclare-t-il en sanglots.

Selon les recoupements, le jeune homme, habitant Palma, a tenté de circonscrire le début de l’incendie dans le bâtiment en compagnie de ses collègues. Mais, comme les flammes devenaient de plus en plus menaçantes, les employés ont quitté l’entrepôt rapidement et se sont dirigés vers le parking en attendant l’arrivée des pompiers. Sauf que Dinesh Domah manquait à l’appel. Un de ses amis a tenté de prendre contact avec lui sur son cellulaire, en vain.

Arrivant sur le lieu, après environ 15 minutes, les pompiers avaient déjà eu vent qu’une personne était coincé à l’intérieur. Ils ont fait appel à la grande cavalerie pour abattre l’incendie, empêcher les flammes d’atteindre d’autres bâtiments et extirper le jeune homme de l’immeuble. Les casernes de Quatre Bornes et de Curepipe sont venus prêter main forte aux combattant du feu.  Au total plus d’une centaine de pompiers étaient sur place, ainsi que des membres de la SMF, de la SSU, du GIPM et une ambulance.

Dans la journée de lundi, trois des foyers ont pu être maîtrisés, mais les pompiers peinent à circonscrire le quatrième foyercette partie de l’entrepôt de l’hypermarché stockait des produits inflammables. A savoir, des boissons alcoolisées, du parfum, des plastiques et de l’huile entre autres. Dorsamy Ayacoutee, Divisional Fire Officer explique que l’accès à l’intérieur du quatrième foyer est compliqué, car une épaisse fumée toxique se dégage et la chaleur dans l’entrepôt est intense. Ce qui rend leur tâche difficile.

De plus, ils ne parviennent pas non plus à créer une brèche tant sur le toit que sur toute autre partie de la structure et n’ont d’autre choix que de passer par l’entrée principale de l’entrepôt, en éteignant les flammes mètre par mètre. Dans la matinée du lundi, les soldats du feu ont fait appel, à un extracteur de la station de Curepipe, muni d’une échelle télescopique. La température à l’intérieur était entre 1200 à 2000 degrés Celsius.

Le même jour, la direction avait fait évacuer l’ensemble du centre commercial. Des clients dans les magasins, les cinémas et l’hypermarché ont été priés de quitter les lieux immédiatement. La police a rapidement dressé un périmètre de sécurité à l’arrière du centre commercial, où se trouve l’entrepôt, alors que les pompiers des casernes de Coromandel, Port-Louis, Triolet et Curepipe ont été mis à contribution.

Après deux jours, un pas important à été franchi dans l’après midi de mardi, car le feu a été pratiquement éteint. Les sapeurs-pompiers travaillaient sur les débris sur place et ont redoublé d’efforts pour retrouver Dinesh Domah. Cependant, la visibilité était réduite à cause de la fumée noire et la chaleur intense. De plus, les caméras de surveillance du bâtiment étaient hors-service. Les sauveteurs n’ont aucune idée dans quel coin il se trouve.

L’ACP Dip, lAssistant Chief Fire Officer Dorsamy Ayacouty et l’un des responsables de la Special Mobile Force sont entrés à l’intérieur du bâtiment. L’objectif étant de faire une étude en attendant l’expertise d’un ingénieur. Le Permanent Secretary au ministère des Collectivités locales était aussi présent lors de ce constat.

Au niveau des autorités, une cellule de crise a été mise sur pied, ce mardi, pour superviser les travaux. La cellule de crise était présidée par le ministre des Collectivités locales, Mahen Jugroo. Celle-ci, qui regroupe des hauts gradés de la force policière, des pompiers et des cadres du ministère de l’Environnement, s’est réunie à  trois reprises pour décider de la marche à suivre.

Lors de leur point de presse mardi et mercredi, Mahen Jugroo, qui s’était déplacé sur le lieu de l’incendie dimanche dernier s’est voulu rassurant, affirmant que la fumée qui émane de l’entrepôt ne représente aucun danger pour le public. Le ministre des collectivités locales a aussi déclaré que les officiers des Fire Services ont été à la hauteur dans cette situation. « Je suis l’évolution de la situation depuis hier soir et je dois reconnaître que les officiers ont déployé tous les efforts nécessaires pour arriver à bout de cet incendie », a t-il dit.

Le ministre des Collectivités locales a ajouté que les autres magasins de Trianon Shopping Park n’ont pas été affectés par l’incendie. Quoi qu’il en soit, c’est un comité technique qui décidera quand ils pourront rouvrir leurs portes. Ce comité technique sera présidé par le Permanent Secretary de son ministère. Des officiers de la Special Mobile Force et des représentants des ministères de l’Environnement et de la Santé en feront aussi partie. Il a, dans la foulée, déclaré que «apré sa incendi-la, bizin gété si kapav donn zot formation poussée ».

De son côté, Asok Kumar Kehlary, chief acting fire officer a affirmé que les pompiers ont déployé tous les moyens et effectifs nécessaires pour gérer cette situation. Il assure également que de la mousse a aussi été utilisée dans des endroits stratégique et d’ajouter que les équipements de protection personnelle pour les pompiers répondent tous aux normes internationales.

A savoir que pour l’instant, la police n’a pas encore déterminé ce qui a pu provoquer cet incendie, mais elle n’écarte pas la thèse d’un court-circuit. Une fois la situation en main, la police inspectera le bâtiment avec les techniciens du Central Electricity Board (CEB).

La famille de la victime dévastée

Sanjana et Sandhya ont souligné toutes deux que Dinesh n’a pas eu une vie facile. Notamment parce que les relations n’étaient pas au beau fixe avec leur père, Purmessur Domah, allèguent-elles. «Gramatin tanto li diskit ar li… Mé mo frer res trankil akoz li ti tro bon», lâche Sanjana. « Dinesh pa manzé mem lakaz, li’nn pas bokou mizer », ajoute une tante de la victime.

Purmessur Domah, le père de la victime dément toutefois ces dires. Alors que les proches de Dinesh sont assis à l’arrière du centre commercial, là où le feu a éclaté, lui se trouve à l’autre bout du bâtiment, loin du remue-ménage. Il fait le va-et-vient avec son épouse Shobha. Purmessur Domah révèle que ses proches et lui ne sont pas en bons termes. Il déplore toutefois que «zordi, dan enn moman parey, la osi zot pé met dibri ». Son épouse et lui, ajoute-t-il, sont sur place depuis dimanche. «Nou pé atann pou trouv mo garson, mo garson sorti bien…»

La douleur de Danil Ismaël

Dès sa descente d’avion, Danil Ismael, ce riche Karana (Malgache d’origine indienne) s’est rendu au centre commercial de Trianon. « C’est dur de constater cette situation », a-t-il confié. Mais d’emblée Danil Ismael soutient que les dégâts matériels provoqués par l’incendie qui a ravagé l’entrepôt de Shoprite sont secondaires à ses yeux. « Mes pensées vont vers le jeune homme disparu et sa famille », affirme le propriétaire du Trianon Shopping Park, alors qu’il se trouvait sur le lieu du sinistre. Il ne cesse d’exprimer sa tristesse par rapport à la disparition de Dineshwar Domah. « Ma famille et moi sommes bouleversés et attristés par la disparition de ce jeune homme. J’ai rencontré ses parents, dans la voiture, à l’entrée du dépôt. Cela ma fendu le cœur, étant moi-même père de famille. Sa vie n’a pas de prix », se désole l’homme d’affaires. « Il faut qu’on retrouve cet employé, peu importe l’état dans lequel il se trouve. J’ai parlé à ses parents. On est avec eux. Ils sont là depuis trois jours. Je ne me soucie pas des pertes encourues. Il faut laisser les enquêteurs découvrir la cause de l’incendie au lieu de faire des hypothèses. On est responsable de Shoprite Trianon Shopping Park et on ne peut rien dire des opérations de Shoprite en général », a-t-il déclaré.

JOEL MARIANNE

 

 

 

Posted by on Nov 18 2017. Filed under Faits Divers, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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