Un Club des Papas pour lutter contre les inégalités domestiques et parentales



Les femmes possèdent la force qu’il faut pour mener de front leur double vie de professionnelle et de mère. Mais dans presque chaque famille, qu’il y ait un partage ou pas des tâches ménagères entre partenaires, force est de constater que la plus grande partie desdites taches et des responsabilités parentales incombent aux femmes. Dans son livre intitulé «Femmes si vous osiez ….le monde s’en porterait mieux», Aude de Thuin, la fondatrice du Women’s Forum explique qu’au sein des couples bi-actifs, les femmes accomplissent aujourd’hui 80% des tâches domestiques et plus de deux tiers des responsabilités parentales. De ce fait, ces ouvrages domestiques constituent une sorte de noyau dur, le partage n’évoluant guère et se faisant toujours au détriment des femmes.

Certaines d’entre elles, par contrainte ou en raison de chantages émotionnels, abandonnent leur carrière pour se consacrer entièrement à leur vie de famille et se cantonnent dans le rôle de l’épouse traditionnelle: celle qui reste à la maison, qui s’occupe des taches ménagères, qui veille à l’éducation des enfants et au bien-être du mari alors que ce dernier poursuit sa carrière, gravissant les échelons pour atteindre les sommets professionnels. Dans certains cas, les femmes qui veulent conserver une part de leur indépendance économique, optent pour un travail à temps partiel qui constitue pour elles une solution correcte leur permettant de concilier vie familiale et professionnelle. Mais ce système, comme le fait ressortir Aude de Thuin dans son ouvrage « Femmes si vous osiez », entraîne de lourdes conséquences sur l’avancement des femmes, leur manque de disponibilité les empêchant d’obtenir des promotions. « Ce qui freine les femmes dans leur ascension professionnelle est bien à chercher du côté de leur foyer et des inégalités qui y règnent », souligne Aude de Thuin. De ce fait, il va sans dire que, pour assurer une véritable égalité professionnelle, il faut se donner simultanément les moyens d’avoir une réelle égalité familiale. Car l’une ne va pas sans l’autre.

Ces inégalités poussent certains couples vers le divorce dont le nombre croît d’année en année et témoigne de la difficulté des parents à concilier désormais ce double rôle. Et cela, la Mauritius Family Planning Welfare Association (MFPWA) l’a bien compris et c’est ce qui explique que cette association ait lancé son programme baptisé « Men as partners » en 2003. « A l’époque, le constat était terrible. De nombreuses familles se séparaient à cause du partage inégal des tâches ménagères et des responsabilités parentales. C’était un gros problème qui gangrenait nombre de familles et au sein de la MFPWA, nous avons mené une réflexion pour voir dans quelle mesure nous pouvions apporter notre contribution. De là est né le projet Men as partners. Car il fallait vraiment toucher le cœur des hommes, les emmener à changer de mentalité. Petit à petit, nous avons sillonné plusieurs villages de l’île où nous avons distillé notre programme qui a connu un succès fou », explique Vidya Charan, directrice de la MFPWA.

Récemment, la MFPWA a étendu ce programme à Rodrigues, appelé dans l’île, le « Daddy’s Club » ou Club des Papas. Sanjay Beeharry, l’animateur du programme, explique que «le but de ce programme est de renverser un système de patriarcat au sein des familles. On ne veut plus que l’homme soit vu comme le dominant et la femme comme la soumise. A travers ce programme, on favorise une culture de partage entre les deux partenaires. Et vu que les hommes sont plus réfractaires au changement, nous avons conçu ce programme exclusivement pour eux pour leur expliquer que leur rôle en tant que père ne se limite pas à ramener des sous à la maison. Mais bien au-delà », dit-il. Selon lui, les pères de familles ont trop tendance à laisser les taches ménagères reposer entièrement sur les épaules de leurs femmes ou conjointes.

« C’est un constat malheureux, mais c’est la réalité. Mais nous sommes d’avis qu’avec une formation, les choses vont changer. On veut construire un monde où l’homme et la femme sont égaux à tous les niveaux. A commencer au sein de leur propre famille. Outre l’apprentissage du partage des tâches ménagères dans la famille, on éduque aussi les hommes à propos de toutes les étapes du développement de l’enfant. On leur explique par exemple comment parler de sexualité à leurs gosses. Autrefois, c’était exclusivement aux femmes d’expliquer à leurs filles que leurs corps allaient se transformer à la puberté et les pères le faisaient avec leurs fils. Mais même si ce temps est révolu, certaines personnes continuent à nourrir ce type d’idées. Et c’est là aussi que nous intervenons. »

Si à Rodrigues le programme a été baptisé « Daddy’s Club», il n’est cependant pas réservé uniquement aux papas. Bien au contraire. Kennedy Ravina, 27 ans, en est bien la preuve. « Je suis marié mais je n’ai pas d’enfant pour le moment. Ce programme m’a interpellé car je veux être un bon père et un bon mari pour ma femme. Je n’ai pas eu la chance d’avoir des parents qui m’ont parlé de la vie familiale et comment il fallait se comporter avec sa partenaire. Ce programme vient répondre à toutes mes questions. D’ailleurs, mes parents ne m’ont jamais parlé de sexualité. Pour eux, c’était tabou. Mais heureusement que j’ai désormais les outils pour en parler à mes futurs enfants », concède le jeune homme sous le regard de ses camarades, venus eux aussi, suivre ce programme.

Jacques Baptiste, 58 ans est père de sept enfants et grand-père de trois petits-enfants. Si son ménage tient toujours bon après plusieurs années de vie commune, il estime cependant qu’il n’est jamais trop tard pour devenir un meilleur époux. « Toute formation est bonne à prendre. Je ne peux pas dire que je suis un mari parfait mais je fais de mon mieux pour être à la hauteur et rendre ma femme et mes enfants fiers de moi. Car il y a certaines attitudes que je dois changer et dont je ne m’en suis rendu compte qu’à la fin de cette session. Cela ne se fera certainement pas en un claquement de doigts mais progressivement. J’encouragerai également mes deux fils à suivre ce programme. Ils sont jeunes et ils auront tout à y gagner », ajoute fièrement Jacques Baptiste.

Outre le programme déjà établi par la MFPWA, un calendrier d’activités répondant aux spécificités de chaque localité où ce programme est ventilé a été établi par les participants eux-mêmes et ce, avec l’aide de l’animateur du cours. L’objectif étant de leur donner les outils nécessaires pour lutter contre les fléaux qui gangrènent leurs villages tels que la violence domestique, les grossesses précoces, l’alcool entre autres. Accompagner les familles dans l’exercice leurs fonctions parentales pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes est aujourd’hui une nécessité pour plus de justice sociale et est en droit fil avec les recommandations du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement.

Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Nov 5 2014. Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply

Search Archive

Search by Date
Search by Category
Search with Google

Photo Gallery

Copyright © 2011-2016 Minority Voice. All rights reserved.