Omar al Bachir, réclamé par la CPI, a quitté l’Afrique du Sud



Le président soudanais; Omar al Bachir, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), a quitté lundi l’Afrique du Sud malgré l’interdiction de territoire que lui avait signifié la justice sud-africaine.

Il devrait arriver à Khartoum vers 18h30 (15h30 GMT), a annoncé le ministre soudanais de l’Information, Yasser Youssef. Un juge sud-africain lui avait interdit la veille de quitter le pays, où il participait à un sommet de l’Union africaine, en attendant l’examen de la demande d’arrestation de la CPI, qui l’a inculpé de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide pour des faits commis au Darfour.

Saisie par un groupe de défense des droits de l’homme sud-africain, le Southern African Litigation Centre, la Haute cour de Pretoria s’est réunie lundi pour en délibérer.

L’Afrique du Sud est signataire des accords fondateurs de la CPI, elle est donc tenue d’appliquer les mandats d’arrêt, mais le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, a accusé le tribunal de La Haye de s’acharner de façon sélective contre certains pays d’Afrique et d’Europe de l’Est.

L’ANC a estimé dans un communiqué que “la CPI ne répondait plus aux objectifs qui avaient motivé sa création”.

Le gouvernement sud-africain va devoir s’expliquer sur l’aller-retour du président soudanais Omar el-Béchir à Johannesburg pour le sommet de l’Union africaine, alors que la Cour pénale internationale demandait son arrestation et que la justice sud-africaine lui avait interdit de quitter le territoire.

“Nous allons attendre (…) que l’Etat explique pourquoi il n’a pas fait respecter l’ordre de la justice” interdisant M. el-Béchir de partir après le sommet, a déclaré le Centre des litiges d’Afrique australe (SALC). “Nous envisageons sérieusement de poursuivre l’Etat pour entrave à la justice”, a ajouté cette ONG de défense des droits de l’homme.

Muet pendant 48 heures, le gouvernement de Pretoria n’a rompu le silence que lundi dans la soirée, à l’heure où M. el-Béchir était déjà rentré à Khartoum. Il a assuré qu’il se plierait à l’ordre de la justice sud-africaine exigeant un rapport sous huitaine expliquant comment le dirigeant soudanais a pu quitter le pays sans encombre, qui plus est, depuis une base militaire. “Comme indiqué au tribunal, le gouvernement enquêtera sur les circonstances dans lesquelles le président el-Béchir a quitté le pays. Nous nous conformerons à l’ordre de la justice de soumettre un rapport détaillant ces circonstances”, a-t-il affirmé dans un bref communiqué.

Dès lundi, les dirigeants de l’ANC, le parti au pouvoir, se sont répandus dans les médias lundi pour se défausser et dire que formellement M. el-Béchir n’était pas l’hôte de l’Afrique du Sud mais de l’Union africaine, non membre de la CPI et libre d’inviter qui elle veut. “On est peut-être géographiquement en Afrique du sud, mais ici c’est l’Union africaine”, a ainsi déclaré Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, à la fois présidente de la Commission de l’UA et membre de la direction de l’ANC.

Ce légalisme de façade ne devrait cependant tromper personne. De l’avis de plusieurs analystes, l’Afrique du Sud a délibérément choisi de rallier la fronde des dirigeants africains contre la CPI. “La décision du gouvernement sud-africain d’ignorer l’ordre du tribunal de ne pas laisser repartir le président Omar el-Béchir est une entrave délibérée et préméditée à la justice”, a estimé le constitutionnaliste sud-africain Pierre de Vos.
Et le quotidien New Age proche de l’ANC d’expliquer pourquoi: “Beaucoup de pays africains trouvent que la CPI est biaisée envers le continent (…) La Grande-Bretagne et les Etats-Unis n’ont jamais eu à affronter la moindre sanction officielle pour leurs atrocités en Irak et il y a beaucoup d’autres pays qui échappent à toute sanction malgré des crimes haineux”.

Posted by on Jun 16 2015. Filed under En Direct, Featured, Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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