GHTU-Lettre ouverte aux parlementaires…Le créole, mais pas l’hindi au Parlement, pourquoi?



A Maurice, certaines personnes ont toujours eu des préjugées par rapport à certaines communautés, certaines langues (surtout orientales), et certaines cultures, (toujours orientales). Lorsqu’on parle de “mauricianisme”, on pense uniquement à la langue et à la culture et de tout ce qui a trait au créole. Surtout depuis 1982, depuis l’avènement du Mouvement Militant Mauricien (MMM) et de Paul Bérenger au pouvoir.

La population se souviendra comment ces derniers avaient fait de la langue créole le principal véhicule de l’information en remplaçant, au journal télévisé de 19h30 de la MBC/TV, le français par le créole. On ne fit rien pour les langues orientales, dont les principaux sont l’hindi et le bhojpuri. Heureusement, il y a eu la cassure politique de 1983 et tout rentra dans l’ordre. Du moins, à peu près.

Paul Bérenger semble avoir oublié la raclée qu’il a eue en politique pendant plusieurs années et plusieurs élections suivant cet événement. Il récidive à nouveau en appuyant cette fois-ci la démarche de certaines personnes visant à introduire le créole au Parlement dans le sillage de la diffusion en direct des travaux de l’Assemblée nationale. Nous ne sommes pas contre… mais il n’y a pas que le créole comme langue à Maurice. Il y a bien d’autres telles que l’hindi et le bhojpuri, parlées par une bonne frange de la population, l’ourdou, et aussi le mandarin.

A un moment où dans le monde, particulièrement aux Nations Unies, on planche pour introduire l’hindi comme une des langues officielles de cette institution internationale, ici à Maurice, ile cosmopolite et qualifiée de “mini-Nations Unies”, Paul Bérenger veut réduire cette langue que nous avons héritée de nos ancêtres, à la plus petite proportion qui soit, jusqu’à ce qu’elle soit jetée à la poubelle. Ca nous rappelle le programme culturel “cosmopolite” proposé par le ministre des Arts et de la culture à l’occasion de la célébration de notre indépendance au début des années 90 lorsque Armoogum Parsooramen était le responsable. Paul Bérenger et le MMM critiquaient sévèrement ce programme en disant qu’il ne reflétait pas le “mauricianisme”. Pour eux, le “mauricianisme” signifiait, et signifie toujours, le créole et le séga. M. Parsooramen en avait pris bien des coups dans la presse et au Parlement à cette époque.

Nous le disons, haut et fort, que nous ne sommes pas contre l’introduction du créole au Parlement mais encore faut-il donner son dû aux autres langues également? L’anglais et le français y sont déjà au Parlement et si le créole entre, il faut bien qu’une langue orientale soit également valorisée. Il serait injuste si au Parlement on ne devrait que parler en anglais ou français, deux langues internationales “mais aussi coloniales” et en créole parlée par toute la population, bien que ce ne soit pas la langue maternelle de tous les Mauriciens. Alors quelle représentativité pour la majorité de la population, celle dont les ancêtres sont venus de l’Inde, il y a 181 ans, comme “coolies” et qu’on célèbre lundi prochain à Aapravasi Ghaat? Pourquoi l’Institut Mahatma Gandhi (MGI) qui enseigne les langues orientales aux Mauriciens ne réagit pas? Et le World Hindi Secretariat (WHS), dont le siège se trouve à Maurice, et d’où la bataille pour introduire l’hindi aux Nations Unies est menée? Que font le Hindi Speaking Union (HSU) et les organisations socio-culturelles à ce sujet? Elles sont toutes muettes. N’ont-elles pas encore pris connaissance de ce qui se passe au niveau du Parlement et des propos de Paul Bérenger? Vivement qu’elles réagissent. Au cas contraire, les langues orientales qui sont déjà menacées de disparition, le seront réellement.

Suttyhudeo Tengur

Président GHTU

29 October 2015

Posted by on Oct 30 2015. Filed under Actualités, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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