Redéfinition des réparations pour les crimes commis par le système de l’esclavage
source: Lekolozis…une publication des Verts Fraternels
« Les réparations » sont des mots qui sonnent très mal quand elles sont associées aux crimes commis par le système de l’esclavage.
Ce malaise tient du fait que son régime de réparations n’a jamais été clairement défini. Le seul document international disponible au sujet des mesures réparatrices pour les crimes commis par l’esclavage est la déclaration adoptée lors de la « Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance raciale qui y est associée » à Durban fin août et début septembre 2001. Le paragraphe 125 de la déclaration prévoit différentes mesures réparatrices par l’intermédiaire des programmes de développement économique et social en faveur des sociétés où vivent ceux que leurs ancêtres ont connu la pratique de l’esclavage. Ces mesures réparatrices consistent en l’éradication de la pauvreté, la mise en place ou le renforcement des institutions démocratiques, l’accès aux marchés, la gouvernance transparente et responsable, l’éducation, la formation et le développement culturel, la restitution aux pays d’origine des objets d’art, pièces et documents historiques. Dans ce cadre-là, le régime de réparation est plus ouvert comparé à un simple régime de réparation. Les raisons pour lesquelles ce genre de régime doit être plus ouvert tiennent du fait que l’esclavage a mené au racisme, à la discrimination, à la pauvreté, au sous-développement, à la marginalisation, à l’exclusion sociale, aux disparités économiques et à l’instabilité.
L’Article 34 du « Projet D’Articles sur la Responsabilité de l’État Pour Fait Internationalement Illicite » adopté en 2001 prévoit les formes de la réparation dans ces termes suivants :
« La réparation intégrale du préjudice causé par le fait internationalement illicite prend la forme de restitution, d’indemnisation et de satisfaction, séparément ou conjointement, conformément aux dispositions du présent chapitre ».
Ici encore différent moyens de réparation sont prévus. Les réparations ne se font pas uniquement par l’attribution de l’argent aux victimes. Elles s’accompagnent par d’autres moyens.
Dans l’article intitulé « Conseil des ministres, suivis à la Commission Justice et Vérité » paru dans Défi Plus du 9 au 15 juillet 2016, en page 6, mention est faite de certaines décisions prises par le gouvernement mauricien concernant les recommandations de la Commission Vérité et Justice. Selon le Défi Plus, une source du gouvernement avait observé que la réparation n’est pas faisable. Cette source avait soit l’intention de réaffirmer la position du gouvernement à ce sujet, soit de s’aligner avec les opposants aux réparations.
Dans ses numéros précédents, Lekolozis a toujours montré à ses lecteurs mais aussi aux autorités qu’aborder les réparations pour les crimes commis par le système de l’esclavage n’est plus un sujet tabou. Sur le plan international plusieurs forums ont constaté que les descendants d’esclaves n’arrivent pas à s’épanouir sur le plan économique et culturel, car ils subissent encore les séquelles du système esclavagiste. Il y a un commun accord qui prévaut que les réparations destinées aux descendants d’esclaves est la seule solution. Les réparations sont devenues une évidence car les différents plans de redressement social, les programmes de lutte contre la pauvreté, le plan Marshall de développement ont tous échoué.
Les Verts-Fraternels ont été le premier et l’unique parti politique à demander aux différents gouvernements mauriciens, aux pays qui se sont enrichis sur le dos des esclaves et les entités qui ont profité de ce système, de réparer le dommage et les préjudices que subissent les descendants d’esclaves. L’opposition aux réparations était et reste encore colossale. Cependant, les 48 ans de lutte difficile et truffée d’obstacles des Verts-Fraternels ont permis de faire justice à l’histoire des descendants d’esclaves. Les quatre réalisations des V-F démontrent que les réparations ont déjà été enclenchées.
La première est la commémoration depuis 2001 de l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Maurice chaque 1er Février qui est jour férié. Elle s’est tenue une première fois ponctuellement en 1985 et a donné lieu à la construction d’un monument à Pointe-canon.
La deuxième a été d’inscrire la Montagne Le Morne au patrimoine mondial pour préserver son histoire qui cache trois douloureux aspects des esclaves. La montagne était un lieu de refuge pour les esclaves qui osèrent briser les chaines de l’esclavage et fuir leurs maîtres. Elle était un lieu de délivrance odieux pour les esclaves qui choisirent de se jeter du sommet de la montagne pour ne plus être considéré comme un bien meuble et subir les traitements inhumains. Le Morne a été un endroit pour trouver le repos éternel car un cimetière d’esclaves malgache a été découvert en 2010 lors des recherches archéologiques.
La troisième réalisation des VF a été l’introduction de la langue kreol dans les medias publics (tv et radio d’état), la reconnaissance de cette langue et son introduction comme sujet optionnel dans l’enseignement primaire.
La quatrième réalisation des VF a été la lutte pour les déracinés des Chagos, abandonnés sur les quais de Port Louis.
La cinquième réalisation des VF a concerné les cités de la CHA et la mise en place de la NHDC.
La sixième réalisation des VF est la mise sur pied de la Commission Vérité et Justice. Parmi ses 290 recommandations, la Commission a officiellement reconnu que ceux qui souffrent de la pauvreté sont les descendants d’esclaves et que des plans sérieux de redressement économique, social et culturel doivent être mis en place par l’État mauricien. Cette Commission est unique au monde car elle est la seule ayant réalisé des études sur les séquelles de l’esclavage.
La dernière réalisation a été l’adoption de la motion privée de Jean–Claude Armance en 2003 par l’Assemblée Nationale suite à laquelle l’esclavage et l’engagisme ont été reconnus comme crimes contre l’humanité. L’Assemblée Nationale française a été la seule à voter la loi Taubira reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité.
L’Île Maurice est à deux doigts de réaliser les réparations complètes à l’égard des descendants d’esclaves. Elles sont d’ordre économique, culturel, social et concernent les besoins fondamentaux des descendants d’esclaves pour se reconstruire.












