Jean François Chaumière, conseiller au Bureau du Premier ministre



« SAJ et l’Alliance Lepep ont mis fin à une dérive totalitaire dangereuse où les désirs du Prince faisaient office de loi »

  • « Navin Ramgoolam me donne l’impression qu’il est un enfant qui a perdu le jouet et qu’il veut le récupérer à tout prix »

 

  • « Pravind Jugnauth est bien parti pour redevenir le Premier ministre de l’île Maurice »

      .  «  Le peuple créole est en pleine mutation et depuis quelque temps, réfléchit à son avenir au sein de la République »

 Le conseiller au Bureau du Premier ministre, Jean François Chaumière, qui autrefois faisant partie de la bande du Parti Travailliste, affirme qu’il a vécu la dérive du PTr vers quelque choses de malsain où l’agenda de ce parti était définitivement déterminé par les désirs et caprices d’une seule personne. Dans une interview accordée à Le Xournal, il soutient aussi que SAJ et l’Alliance Lepep ont mis fin à une dérive totalitaire dangereuse où les désirs du Prince faisaient office de loi. Selon lui, Pravind Jugnauth est bien parti pour redevenir le Premier ministre de l’île Maurice. Par ailleurs, Jean François Chaumière estime que le peuple créole est en pleine mutation et depuis quelque temps, réfléchit à son avenir au sein de la République.

Sanjay Bijloll

Q : Pouvez-vous nous expliquer les raisons de votre départ du Parti Travailliste ?

R : Cela fait 25 ans que j’ai commencé à faire la politique active. A un certain moment, j’ai voulu m’engager dans ce que je croyais être le moyen par lequel on peut changer les choses et le moteur de mon action a toujours été ma conviction et le fait que la politique détermine le futur d’un pays et d’une population.

C’est vrai que j’ai fait une longue carrière au sein du Parti Travailliste où j’ai occupé des fonctions de responsabilité, mais c’est aussi vrai que j’ai vécu la dérive du PTr vers quelque chose de malsain où l’agenda de ce parti était définitivement déterminé par les désirs et caprices d’une seule personne.

Pour tout dire, ma démission au PTr en 2011 est la suite d’une longue réflexion m’amenant à agir soit en tant qu’hypocrite et faire comme-ci je ne voyais rien, soit m’éloigner car je devenais complice d’un climat malsain et pourri. J’ai quitté le PTr sans faire de scandale ni tenir de conférence de presse en la circonstance jusqu’aux  élections générales de 2014.

Q : Qu’est-ce qui vous a poussé à donner un coup de main à l’Alliance Lepep ?

R : Ma décision de donner un coup de main à l’Alliance Lepep et à son leader, sir Anerood Jugnauth, était pour moi une évidence puisque je le pense et cela les Mauriciens doivent bien comprendre que SAJ et l’Alliance Lepep ont mis fin à une dérive totalitaire dangereuse pour le pays où les désirs du Prince faisaient office de loi.

Q : Dans le passé, votre ennemi juré était le MSM quand vous faisiez partie du Parti Travailliste et maintenant vous êtes conseiller au Bureau du Premier ministre qui est le leader de ce parti. Y Sentez-vous à l’aise ? 

R : Je vous raconte une anecdote. Lorsque je suis devenu jeune député en 1995, bien que je fusse élu dans une alliance PTr-MMM à l’époque au No 4 (Port-Louis Nord/Montagne Longue), la campagne électorale était contre l’adversaire qui avait pour nom le MSM. Or, pour moi, il n’a jamais été question de parler d’ennemi. J’aime bien le football et je me rappelle qu’après les élections de 1995, Maurice jouait contre un pays africain au Stade Georges V. J’ai vu arriver SAJ et comment certains ministres et députés essayaient de l’isoler et ça je ne pouvais pas le comprendre. Moi, je suis allé lui tendre la main de façon normale et j’ai vu cette dignité dans son regard même si je pensais qu’il était difficile de ne pas ressentir une certaine animosité. Je pensais qu’il était normal d’aller saluer SAJ.

Je redis que je fais de la politique par conviction et que le vrai danger pour le pays est les manigances constitutionnelles de Navin Ramgoolam et de Paul Bérenger. Si c’était à refaire, je le referais. Je n’avais rien demandé ou on ne m’avait rien promis. Mais je suis reconnaissant à SAJ et ensuite le PM de me donner l’occasion de servir le pays à leurs côtés.

J’apprécie la façon de faire du PM qui prône une politique de discipline, de sérieux et le travail bien fait.

Q : Quelle est votre opinion des sorties de l’ancien Premier ministre contre le gouvernement ?

R : Navin Ramgoolam me donne l’impression qu’il est un enfant qui a perdu le jouet qui n’appartient qu’à lui et qu’il veut le récupérer à tout prix. De plus, il semble qu’il a oublié les raisons pour lesquelles le peuple, en 2014, après 10 ans de pouvoir sans partage lui a montré la porte de sortie d’une manière fracassante. Il ne faut aussi pas oublier tous les abus qui ont caractérisé la fin de règne de Navin Ramgoolam. On a aussi noté les passe-droits, la confusion entre les biens publics et privés. Aussi on en peut oublier que la démocratie a été bafouée avec au summum la fermeture du Parlement pendant au moins une année.

Le peuple n’oubliera sans aucun doute aussi tout l’argent dans son coffre-fort à son domicile constitué non seulement de monnaie locale, mais aussi d’une grande quantité de dollars qui jusqu’aujourd’hui n’a fait l’objet d’aucune explication sur sa provenance.

Je constate également que les promesses quotidiennes faites par Navin Ramgoolam à chaque conférence de presse sont du réchauffé. Dans le passé, il avait amplement le temps de réalise ce qu’il dit maintenant. Or, il a fait tout le contraire pendant 14 ans. Ce que je constate c’est que l’homme n’a pas changé et ne changera jamais.

Q : Quelle comparaison faites-vous entre Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth ?

R : Ce n’est pas à moi de faire une comparaison. Cependant, je vous dirais que j’éprouve un immense plaisir de travailler avec le PM qui a un sens de discipline et qui consacre tout son temps à son travail et à apporter le développement dans le pays.

Comme les Mauriciens lui font confiance, l’unique but de Pravind Jugnauth c’est de travailler pour le pays et non pas de satisfaire sa propre vanité et sa personne. L’avenir nous le prouvera mais je pense qu’il est bien parti pour redevenir le Premier ministre de l’île Maurice.

J’ai servi SAJ et maintenant le nouveau Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui pour moi symbolise le contraire de ce qu’on était habitué pendant une dizaine d’années, c’est-à-dire l’arrogance du pouvoir, la désinvolture ainsi que le laisser-aller et le laisser-faire.

Le Premier ministre dirige le pays comme un bon père de famille, soucieux des intérêts des uns et des autres, consciencieux et de manière responsable.

Q : Comment accueillez-vous votre nomination comme chairman du Nelson Mandela Centre for African Culture Trust Fund ?

R : Au départ, j’étais conseiller de SAJ et depuis cette année, on m’a confié le poste du Chairman du Nelson Mandela Centre for African Culture Trust Fund. Je  me dois d’être à la hauteur pour répondre aux attentes et aspirations des parties prenantes.

Q : Le centre a frappé un grand coup en invitant le Soweto Gospel Choir pour marquer le 100e anniversaire de Nelson Mandela et l’Africa Day. Pourquoi un événement de telle envergure ?

R : Le Nelson Mandela Centre for African Culture Trust Fund est une institution à laquelle a été confiée la responsabilité d’organiser les célébrations de l’Africa Day.

Comme vous le savez, l’Africa Day a été décrété comme tel pour commémorer la création de l’Organisation de l’Unité Africaine, aujourd’hui connu comme l’Union Africaine le 25 mai à Addis Abeba.

Je dois faire ressortir que l’Africa Day était surtout destiné pour combattre la colonisation du continent africain et l’apartheid et œuvrer en faveur de l’unité africaine. Aujourd’hui encore, la décolonisation a pour nous un sens du fait que le Premier ministre met toute son énergie dans le combat devant la Cour Internationale de Justice afin que l’archipel de Chagos revienne de plein droit à Maurice.

Il faut aussi souligner que dans cette démarche, le PM a su galvaniser tous ses partenaires y compris les chefs d’Etat et chefs de gouvernement africains afin de se rallier à cette lutte qui non seulement est essentielle pour la décolonisation de l’île Maurice mais aussi la décolonisation complète de l’Afrique.

Par ailleurs, l’Africa Day nous permet aussi de reconnaître les progrès économiques et culturels accomplis par les états africains mais aussi de réfléchir sur les défis auxquels le continent fait face dans un environnement globalisé. C’est pour cela que le centre Nelson Mandela a voulu marquer le coup d’abord le 25 mai en organisant un forum de haut niveau sur la stratégie africaine de l’île Maurice en collaboration avec le Middlesex University de Maurice et l’Economic Development Board avec la participation de l’ancien directeur du Trade Policy au ministère des Affaires étrangères, Assad Bhuglah.

Le clou du spectacle était le concert donné par le Soweto Gospel Choir le 26 mai au J&J Auditorium. Il est important de souligner que cette chorale s’est produite à travers le monde avec des stars comme Queen, Jimmy Cliff, Bono, Johnny Clegg, Aretha Franklyn et Stevie Wonder, entre autres. A ne pas oublier que l’Africa Day a aussi été pour nous l’occasion de rendre hommage à ce grand homme qu’est Nelson Mandela, dont nous fêtons cette année le 100e anniversaire de sa naissance.

Q : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre lutte en faveur des créoles ?

R : Je suis conscient qu’il y a une grande attente par rapport à la mission du Centre Nelson Mandela surtout de la part de la population créole. Il est nécessaire de comprendre et c’est un message que j’adresse à toute la population : le peuple créole est en pleine mutation et depuis quelque temps, réfléchit à son avenir au sein de la République. A cela, il n’a rien de nouveau puisque le même phénomène s’est produit dans les années 30 pour nos frères hindous et dans les années 50, nos frères musulmans à la suite des élections au Conseil Législatif du 9 août 1948.

J’estime qu’il faut non seulement comprendre la cause mais aussi essayer de trouver des réponses adéquates pour faire comprendre que nous sommes tous des filles et fils de la République. A ce titre, le PM a donné maintes fois son assurance qu’il considère tous les Mauriciennes et Mauriciens sur un pied d’égalité et que nul n’a plus de droits que les autres. Il l’a justement réitéré au J&J Auditorium le 26 mai devant un parterre d’invités.

Q : Quelles sont les autres activités que vous comptez organiser pour l’épanouissement du centre sous votre présidence ?

R : Quand je suis arrivé au centre Nelson Mandela, à ma première réunion au Conseil d’administration, j’ai donné le ton pour faire comprendre qu’il était temps pour nous que le centre soit plus visible dans le pays et sur le continent africain.

Sans être prétentieux, j’estime que le centre est un outil formidable afin de faire connaître à la population les riches facettes de la culture africaine et le passé très colonial du continent africain dans toute sa beauté et sa splendeur.

Il est important de disséminer autant d’informations par rapport à l’art et la culture africaine et créole, d’effectuer des recherches et à amener des réflexions sérieuses sur l’impact que l’esclavage a eu sur la population d’origine africaine en particulier sur l’île Maurice en général. C’est une condition essentielle pour que le vivre-ensemble à Maurice devienne une réalité.

C’est une facette de notre histoire qui a été toujours considérée comme taboue et à être effacé de la mémoire collective, ce qui a occasionné un certain nombre de préjugés défavorables aux Mauriciens d’origine africaine. Si nous voulons bâtir une société moderne où la dignité de l’être humain et l’égalité sans aucune distinction de race, de culture, de couleur d’épiderme soit une réalité, nous devons faire face à notre histoire afin que ce pays puisse se développer dans l’unité et dans le souci de justice sociale pour tous les Mauriciens.

 

Posted by on Jun 4 2018. Filed under Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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