Le Group Sitwayin Angaze demande l’interdiction du mariage avant 18 ans



 « Il est urgent que les autorités prennent des mesures concrètes et qu’elles prennent leurs responsabilités envers nos enfants », a déclaré Anushka Virahsawmy, Directrice d’une ONG et membre du groupe Sitwayin Angaze. Nouvellement créée, ce mouvement regroupe plusieurs ONGs et des citoyens de toutes communautés et confessions religieuses. Le collectif demande, premièrement, au gouvernement de revoir de manière urgente les lois entourant l’âge légal du mariage à Maurice. Ses représentants ont animé une conférence de presse en ce sens aujourd’hui, à l’Hôtel Saint Georges, à PortLouis.

Le Group Sitwayin Angaze a d’abord tenu à faire ressortir qu’il s’agit d’un regroupement non-communal et apolitique.

C’est pour donner suite au récent décès tragique d’une enfant de 13 ans, « mariée » religieusement et enceinte, que s’est formée ce groupe.

Un document détaillant les demandes du groupe sera remis sous peu au Premier ministre, tandis que des copies seront également envoyées au Vice-Président et aux différents ministres de tutelle (Égalité des Genres, Éducation, etc.) et aux parlementaires.

Lovena Sowkhee, avocate, intervenant au nom du Group Sitwayin Angaze, a fait ressortir que, selon les articles 144 et 145 du Code Civil mauricien, « le mariage est légal à partir de 18 ans, mais il peut également l’être à partir de 16 ans avec l’autorisation des parents. Il est toutefois clair et net dans la loi qu’on ne peut se marier ni religieusement ni civilement si l’on a moins de 16 ans. »

Les membres du Group Sitwayin Angaze se sont dit “interpellés” par le fait que Maurice soit « le seul pays-membre de la SADC” à n’avoir pas signé le protocole Gender and Development post-2015, lequel accord est de la plus haute importance pour la protection des mineurs dans les pays de la région. En effet, ce protocole prévoit que le mariage avant 18 ans soit rendu illégal au sein de tous les états signataires.

Pareillement, Lovena Sowkhee a rappelé que le gouvernement mauricien a cependant signé le protocole de Maputo, tout en émettant des réserves sur la question de l’âge légal avant le mariage.

 

Le Group Sitwayin Angaze émet ainsi trois principales demandes aux élus du peuple :

  • Tout d’abord, que l’âge minimal légal du mariage au sein de la République de Maurice soit clairement établi à 18 ans;
  • Ensuite, que le Child’s Bill définisse comme “enfant” toute personne ayant moins de 18 ans;
  • Enfin, que l’article 145 du Code Civil soit enlevé.

 

D’autres demandes ont été faites par le collectif, soit au niveau de l’éducation à la sexualité.  Nundhar Bundhoo, autre intervenante, a ainsi réclamé :

  • Qu’un programme d’éducation sexuelle digne de ce nom, réalisée par des professionnels, soit procurée à la jeunesse mauricienne.
  • Autoriser les mineurs sexuellement actifs à avoir accès aux services pour la santé sexuelle.
  • Plus de transparence au niveau des informations et statistiques liées aux mariages avant 18 ans et aux grossesses précoces en général.
  • Des sessions de sensibilisation pour bien comprendre les risques d’un mariage précoce.

Prenant la parole à son tour, Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, psychosociologue, autre membre du Group Sitwayin Angaze, s’est appesantie sur les nombreux risques, sur les plans physique, psychologique et social, liés aux grossesses précoces.

Selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la grossesse précoce est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 19 ans dans le monde.  En effet, selon les recherches, le corps des adolescentes n’est pas encore prêt biologiquement pour porter un enfant et lui donner naissance, ce qui cause de nombreuses pertes, complications, et parfois même la mort de l’enfant et de la mère.

Ces jeunes filles sont, de plus, souvent impuissantes face au viol conjugal, ne connaissent pas la notion de consentement et n’ont pas suffisamment de connaissances sur la sexualité pour se protéger des maladies sexuellement transmissibles, voire même pour utiliser correctement des méthodes contraceptives.

Les conséquences d’un mariage précoce peuvent aussi être désastreuses psychologiquement chez ces jeunes, qui ont des activités inappropriées à l’enfance, se retrouvent isolés, accablés de responsabilités trop grandes pour eux, subissent les conséquences de violences sexuelles et sombrent ainsi parfois dans la dépression.

Un autre aspect à ne pas omettre concernant le mariage précoce se situe au niveau social, selon les recherches. En effet, une adolescente enceinte se retrouve la plupart du temps obligée de quitter le cursus scolaire. Résultat : sans diplômes, dotée d’une éducation incomplète, elle aura beaucoup de mal à trouver un emploi décent et à acquérir une autonomie financière. Cela peut participer, finalement, à la pérennisation du cycle de la pauvreté, a déploré Mélanie Vigier de Latour-Bérenger.

 

Posted by on Jun 29 2018. Filed under Actualités, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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