Réforme électorale : Le Xournal maintient sa position en faveur du Best Loser System afin de préserver l’unité nationale et la stabilité politique
- Le BLS n’est pas communal mais corrige beaucoup d’injustices
- Le Xournal donne ses propositions sur la proportionnelle
Dans le passé, à travers la publication et après sur le site d’information Minority Voice, nous avons fait du maintien du Best Loser System (BLS) l’un de nos chevaux de bataille. Cette fois, nous revenons encore une fois à la charge à travers Le Xournal pour réaffirmer notre position en faveur du maintien de cette formule qui assure une meilleure représentativité de toutes les communautés minoritaires du pays au sein du parlement et qui par extension, aide à préserver l’unité nationale.
JJL/AJ
Force est de constater que nous avons été agréablement surpris de voir des politiciens de tous bords politiques de même que plusieurs hommes publics nous rejoindre dans ce combat et qui ont même salué notre lutte. En revanche, nous arrivons aussi à comprendre que certaines personnes ne souhaitent pas déclarer leur appartenance ethnique pour se porter candidat aux élections. La preuve, nous avons respecté le choix du Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui avait pris la décision de ne pas déclarer son appartenance ethnique lorsqu’il s’est porté candidat pour les législatives de 2014.
C’est quoi le Best Loser System?
Le Best Loser System est le mécanisme par excellence de consolidation au sein du législatif, mais aussi parmi l’électorat. Il garantit à chaque communauté la présence d’au moins un représentant dans l’hémicycle, grâce à un calcul correctif lorsque les votes n’ont pas permis à la communauté d’être représentée au Parlement. Comme cette formule a fait ses preuves dans le passé, Le Xournal se positionne, comme un rempart, contre toute tentative de l’abolir.
Il faut reconnaître que lors des élections législatives de 2005, aucun membre de la communauté créole sous la bannière du PTr n’a pu se faire élire. Heureusement, grâce au Best Loser System, des candidats comme James Burty David, Jean-François Chaumière ou encore Etienne Sinatambou ont été repêchés et ont pu faire leur entrée au parlement. Cette formule a permis, en quelque sorte, de maintenir un certain équilibre au parlement. De plus, ces trois candidats qui ont été repêchés ont aussi eu la chance d’être ministres. Imaginez-vous s’il n’y avait pas ce système ? La question ne se pose même pas.
A Le Xournal, nous balayons d’un revers de la main les affirmations que le BLS est communal. En effet, il n’a jamais été communal il a permis à Motee Ramdass et à Ravi Yerrigadoo qui sont tous deux membres de la communauté majoritaire de bénéficier d’un siège au parlement après les élections de 2000.
Cette formule assure aussi une représentativité de la communauté musulmane au parlement. Depuis 1976 jusqu’aux élections de 2010, 335 hindous, 140 candidats issus de la population générale, 74 musulmans et 9 sino-mauriciens ont été élus au First Past The Post. Les 62 premiers élus ont ainsi été en moyenne 37 à 40 hindous alors que les candidats issus de la population générale (créole), musulman et sino-mauricien respectivement se partagent les 20 autres sièges restants. Même avec ses faiblesses, le BLS rassure la communauté musulmane.
Décidé par sir Abdool Razack Mohammed, l’un des Founding Fathers de la Constitution, l’objectif de ce système était de protéger les minorités de ce pays. C’est un système de ‘fairness’ étant donné que le mécanisme est connu d’avance. Jusqu’ici, le BLS a permis à plusieurs filles et fils du sol qui n’auraient certainement aucun avenir politique de faire leur entrée au parlement afin de servir leur pays. Georgie Candahoo, Kamil Ramoly, Karl Offman, Régis Finette, Paul Bérenger et Anwar Oomar, sont autant de noms de politiciens qui ont pu bénéficier de ce système. De plus, lors des élections de 2005, il y avait une marge de 14 voix entre le troisième candidat qui avait été élu dans la circonscription No 1 (Port-Louis Nord/Grande Rivière Nord-Ouest), notamment Jean-Claude Barbier et le candidat rouge, James Burty David. Heureusement que ce système lui a permis d’obtenir un siège au parlement.
Nombreux sont les politiciens de tous bords politiques et mêmes des hommes publics qui se sont dressés comme un rempart contre toute tentative d’abolir le Best Loser System qui à la base est l’un des facteurs contribuant à préserver la paix et l’harmonie sociale au sein du pays. Dans le passé, l’actuel Mentor Minister, sir Anerood Jugnath à en maintes occasions affiché son opposition contre toute idée d’éliminer le Best Loser System. Nous reproduisons aussi de larges extraits de l’interview exclusive que sir Anerood Jugnauth a accordé à l’hebdomadaire Sunday Times, alors sous la direction d’Imran Hosany, dans le passé.
SAJ : « Ki ditort Best Loser ine fer ? Moi mo dir bizin maintenir BLS»
Dans le sillage de l’indépendance, il y a eu des discussions autour du système électoral. Parlez-nous en ?
Je dois dire une chose : Sir Abdul Razack Mohamed a été très ferme lorsqu’il a été question de discuter des droits des minorités et de leur représentation au Parlement. Il insistait pour des garanties pour que chaque composante minoritaire soit représentée à l’Assemblée législative. C’est ainsi que Stonehouse est venu chez nous avec une formule et nous l’avons acceptée. Le système qu’il a proposé comme l’a souhaité Razack Mohamed visait à maintenir la paix et l’harmonie entre toutes les communautés. Avec le Best Loser System, il n’y a pas eu de bagarre raciale, de révolte, d’instabilité sociale, après l’indépendance, le système garantissant la représentativité au Parlement et les droits des minorités. « Li vital pou ène pays progressé. Pa kapav remette BLS en question, line fer péi prospéré, line fer tou dimounes vivre heureux. »
Selon vous, qu’est-ce qui expliquerait la décision du Premier ministre de vouloir enlever de notre mécanisme électoral un système qui a fait ses preuves, qui a donné satisfaction ?
« Sa li pou bien difficile pou moi pou dir ou ki éna dans latet sa Premié minis-là ! Dimoune ki pé rode touche Best Loser pé rode lagratelle.» Le BLS a prouvé qu’il est synonyme de paix et d’harmonie, de progrès et de stabilité, « et faudré pa ou vine mette difé kot pa bizin. Faudré pa écoute bane fous. Rézistans ek Alternativ ki zot vaut sa ? Ramgoolam bizin pa écoute fouka et mette difé dan péi.»
Navin Ramgoolam dit que 44 ans après l’indépendance, il ne faut pas penser en termes de communautés…
N’y a-t-il pas différentes communautés qui vivent à Maurice ? C’est une réalité et ceux qui parlent de communalisme font preuve d’hypocrisie. Le gouvernement n’a-t-il pas créé des centres culturels partout ? Quand nous allons en cour prêter serment, ne le faisons-nous pas en affirmant que nous sommes de telle ou telle communauté ? « Eh ou là ! zot raisonnement fausse et dir zot pa rode sikane kot pa bizin. »
Quand un touriste vous demande qui vous êtes, que veut-il en savoir au juste? Si vous êtes hindou, musulman, sino-mauricien, catholique, etc. car il sait qu’il est à Maurice, n’est-ce pas ?
« Ki ditort Best Loser ine fer ? Moi mo dir bizin maintenir BLS. Si mo revine PM, mo pou maintenir li et mo pou disposé alle divan Nations-Unies pou défanne sa. » Navin Ramgoolam trouve que c’est un mal « mais ki dimal Best Loser ine fer sa péi-là alors ki tou le temps système-là ine fer di bien ? Nou PM-là bien souvent li déraisonner et sa péna doute là-dan.» ]
De plus, lors d’une visite officielle à Rodrigues, en 2012, pour assister à la prestation de serment des nouveaux membres de l’Assemblée régionale, SAJ qui assumait à cette époque les fonctions de président de la République avait déclaré ceci : « Ceux qui veulent l’abolition du Best Loser le font à leurs risques et périls. »
La déclaration de Me Yousouf Mohamed, Senior Consel sur ce sujet mérite aussi d’être soulevé. Il s’est appuyé sur quelques arguments de Me Raymond d’Unienville, Queen’s Counsel et ancien président du Bar Council qui aurait affirmé que si on enlève le B8LS, ce serait un « désastre » pour le pays.
Me Yousuf Mohamed SC : « Avocat D’Unienville ine dir dan Minority Voice ki li pou maintien BLS pou la tranquilité dans le pays »
« Nou bane grands dimounes ine la guerre pou change tou sa. Ine mette BLS dan Constitution pou éna représentants ki pou laguerre pou ou, pou nou vive en paix ek dan l’unité nationale. This community stands second to none. Nou oussi bon ki lezot mais ki arrivé kan bizin éna méritocratie’ ? Je cite le cas de Hyderkhan ; tout juste quand il a fallu le nommer Commissaire de police, on a parachuté un vaish pour le priver d’une promotion bien méritée. ‘Eski ène mizilman, ène sinois, ène tamoul, pa kpav vine CP, vine chairman PSC ? Avocat D’Unienville ine dir dan Minority Voice ki li pou maintien BLS pou la tranquilité dans le pays. Eski deux dimounes ki pou décider ou bien tous les leaders, toute l’opinion publique ki bizin pran part dan sa débat-là ? Mo donne SAJ raison lor deux zafer, maintien BLS et ki li oussi éna so mot à dire lor réforme électorale. Reza Issack li imprévisible, mais line dir moi ceki so cominoté dir li, li pou fer. Si Reza Uteem kpav dir NON so leader, mo charié li lor mo zépol’. (Applaudissements quand le député mauve affirme qu’il dira NON quand il le faut.) ‘Mo pou la guerre pou maintien BLS et mo pou contan zot ensam ek moi’.»
La position d’Ashock Subron dénoncée
Nombreux sont les citoyens lambda de même que des hommes publics qui n’arrivent pas à comprendre les motifs d’Ashock Subron contre le maintien de ce système. D’ailleurs, le Dr Michael Atchia a tenu à dénoncer les agissements de sieur Subron par rapport à sa désapprobation contre le BLS. « A travers le monde, les sociétés sont caractérisées par la diversité ethnique, linguistique et religieuse. Si l’on veut mettre un terme aux discriminations à l’encontre des minorités, il convient de protéger et d’encadrer la diversité par le biais de la promotion et de la mise en œuvre effective des instruments internationaux relatifs aux Droits de l’Homme.
Les États membres des Nations unies accomplirent un pas dans cette direction en adoptant à l’unanimité la Déclaration des Nations Unies du 47/135 du 18 décembre 1992 (sur les droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques).
Cette déclaration fixe des principes essentiels pour la garantie des droits des personnes appartenant à des minorités et constitue une référence clé pour l’action des Nations unies.
Elle fournit des lignes directrices tant aux États qui essaient de gérer la diversité et d’assurer la non-discrimination qu’aux minorités elles-mêmes dans leur quête de l’égalité et de la participation.
Citons deux articles de cette déclaration :
« Les personnes appartenant à des minorités ont le droit de participer pleinement à la vie culturelle, religieuse, sociale, économique et publique »
« Les personnes appartenant à des minorités ont le droit de prendre une part effective, au niveau national et, le cas échéant, au niveau régional, aux décisions… … »
Des pays multiethniques, tel le Brésil ou Maurice, progressent quand est reconnue la nationalité / l’appartenance commune. Nous verrons bien tous les Brésiliens derrière leur équipe de foot le mois prochain lors du Mondial. Comme nous voyons l’action commune des Mauriciens pour l’avancement du pays.
Mais pas au détriment d’un groupe quelconque. Le constat de ces départements du gouvernement, de ces corps paraétatiques (staff comme Conseil de direction) est que les membres de certaines minorités ne sont presque plus ou pas du tout représentés à cause d’une discrimination systématique et continue. Cela est inacceptable et demande que l’on y remédie au plus vite. On annonce la reconstitution de tous les conseils des corps paraétatiques par le PM : une occasion en or. L’action d’un bon nombre de citoyens pour l’abolition de l’obligation de déclaration de communauté est dans le bon sens, mais l’abolition du paravent qu’est le BLS sans compensation par une dose adéquate de Proportional Representation plongera encore plus les minorités (en particulier les descendants d’esclaves et les personnes d’origine africaine) dans le noir, sans défense, à l’encontre des droits humains et spécifiquement de la Déclaration des Nations unies citée plus haut.
Ashok Subron, membre d’une majorité à Maurice, est très mal placé pour exiger l’abolition du Best Loser System sans en même temps exiger son remplacement par la Proportional Representation ou autres procédures qui garantiront la représentation adéquate de tous. Nous l’invitons, lui et les autres, à lire de près cette Déclaration 47/135 du 18 décembre 1992 des Nations Unies.
Proposition de Le Xournal
La question de réforme électorale est revenue sur le tapis ces dernières semaines. A Le Xournal, nous avons jugé utile de soumettre nos idées et nos propositions qui cadrent aussi avec notre vision, soit de préserver l’unité nationale.
(1) On souhaite que le système First Pass The Post (FPTP), 62 députés + deux autres de Rodrigues soit maintenu.
(2) Nous sommes pour le maintien du Best Loser System dans sa forme actuelle. Ceux qui ne souhaitent pas déclarer leurs communautés n’aspirent donc pas à l’élection sous cette formule.
(3) On propose qu’un nombre de 10 candidats sur une base proportionnelle soient inclus dans la réforme électorale afin de renforcer le nombre d’élus du parti que le peuple a plébiscité.
(4) Pour cela, il faut prendre en considération, les candidats qui ont perdu les élections dans une fourchette de moins de 500 votes en proportionnalité avec le vote populaire pour les quatre premiers sièges. (Une telle situation aurait permis à Sada Etwaroo ou Pravind Jugnauth de gagner un siège en 2005)
(4) Les deux autres sièges doivent revenir à des candidates féminines en respectant le vœu populaire du First Past The Post.
(5) Pour le prochain siège, gardons un pour ceux qui ne déclarent pas leurs appartenances ethniques selon le pourcentage des votes reçus.
(6) Quant aux trois autres sièges, nous proposons une attribution par tirage au sort tout en gardant le ratio entre le parti ou l’alliance majoritaire et l’opposition.
(7) Aucun de ces élus sous cette liste ne peut en aucun cas quitter son parti ou alliance pour changer le rapport de force au Parlement. S’il démissionne, il sera remplacé.












