Comment combattre l’abstention dans les élections ? • Faut-il rendre le droit de vote obligatoire ?



Le droit de vote qui est sacré, est à la base de la démocratie en ce qui concerne les citoyens d’un pays. Lors de la tenue des élections générales, en particulier à Maurice, le droit de vote permet aux citoyens d’exprimer leur volonté et de choisir leur représentant au Parlement.  Contrairement à plusieurs pays, où règne la dictature et dans d’autres où on a versé le sang, on pourrait dire que les Mauriciens, âgés de 18 ans ou plus, peuvent s’enorgueillir d’avoir eu le droit de vote dans un pays où règne la stabilité politique, la paix et l’harmonie. C’est dans ce contexte que nous avons sollicité les impressions des professionnels qui nous ont bienveillamment exprimé leurs opinions sur le droit de vote.

Il faut aussi souligner que de 1967 à 2014, le pourcentage de votes, lors des différentes élections générales, représente de 74,11% à 90,00% et le taux d’abstention de 10% à 25,89% (voir hors texte).

Sanjay Bijloll

 Me Nilkhant Dulloo :

« Le gouvernement doit amender les lois afin que le droit de vote devienne obligatoire »

Me Nilkhant Dulloo affirme que depuis que Maurice a accédé à l’indépendance, les Mauriciens, toutes communautés confondues sont fiers que la démocratie existe bel et bien à Maurice dans le sens que les élections générales se tiennent chaque cinq ans ainsi que les élections municipales et villageoises (dépendant de la décision et du calendrier des autorités gouvernementales) dans notre pays.

L’avocat a rappelé qu’au cours de ces vingt dernières années, toutes les élections générales, soit en 1991, 1995, 2000, 2005, 2010 et 2014 ont eu lieu avant cinq ans. Il a ainsi ajouté que les différents ministres qui ont gouverné le pays ont ainsi retourné le pouvoir aux Mauriciens de choisir le parti qui leur représentera au Parlement. « Aucun gouvernement ne s’est servi de tactique dilatoire pour empêcher la tenue des élections générales bien qu’il avait le privilège de le faire. Cela démontre que la démocratie est vivante dans notre pays », dit-il.

L’avocat a ainsi affirmé que le droit de vote est sacré et aussi important pour tous les Mauriciens. Pour lui, tous les citoyens doivent obligatoirement voter tout comme en Australie et ailleurs. « Le gouvernement doit apporter une législation afin que le droit de vote devienne obligatoire. Si quelqu’un ne va pas voter, il doit fournir des explications plausibles qui pourront satisfaire les autorités concernées.  On ne peut continuer à tolérer certaines personnes qui n’ont aucune idéologie politique.  Les Mauriciens doivent impérativement assumer pleinement leurs parts de responsabilités en allant exprimant leur choix de candidats pendant la tenue des élections », estime-t-il.

Me Dhaneshwar Kissoon a, par ailleurs, laissé entendre que le gouvernement doit amender les lois afin que le droit de vote devienne obligatoire à Maurice à l’instar des autres pays. Il s’est aussi prononcé contre l’absentéisme et a déploré le fait que certains Mauriciens ne connaissent la valeur et l’importance de leurs votes pendant les élections.

Me Nilkhant Dulloo a, par ailleurs, déploré le fait que le concept du financement des partis politiques, qui dit-il, est en train de miner et ronger les élections. Pour lui, il faut revoir tout cela. Pour justifier ses dires, il a déclaré que le parti qui a des moyens a une plus grande chance d’être élu. Il a ainsi soutenu que l’Electoral Supervisory Commission (ESC) doit créer une unité spéciale, qui pourra effectuer une descente sur le terrain et empêcher ou sanctionner toute tentative de dépenses pendant la période électorale et la tenue des élections. « On doit cesser avec le concept de donner de la nourritures et de l’alcool, d’organiser des bases et de mettre des voitures à la disposition des électeurs pendant la tenue des élections. On doit finir une fois pour toutes avec le concept de la mauvaise pratique de folklore pendant la période électorale et la tenue des élections », dit-il.

Me Dhaneswar Sharma Kissoon 

« C’est un grand privilège que les Mauriciens aient le droit de vote »

Me Dhaneswar Sharma Kissoon, qui a vécu pendant plusieurs années en Grande-Bretagne, a déclaré que c’est un grand privilège que les Mauriciens aient le droit de vote par rapport à certains pays où règne la dictature.

Faisant référence au mouvement – Pankhurst Sisters (Angleterre) – qui avait entamé une grève de la faim et d’autres pays où il y a eu des guerres civiles, il a fait ressortir que les Mauriciens n’ont pas versé leur sang pour obtenir le droit de vote. « Nous avons eu vraiment la chance et sommes fiers d’avoir eu le droit de vote », dit-il.

Cependant, il a laissé entendre que les Mauriciens doivent intelligemment voter afin que le pays puisse davantage progresser et se moderniser. « Maurice a un bel avenir et les Mauriciens, en particulier les jeunes doivent utiliser leur vote à bon escient en faisant élire des candidats qui sont compétents et capables de ‘deliver the goods’. »    

Dans la foulée, il a rappelé qu’autrefois, seuls les Mauriciens ayant des ‘property qualifications’ avaient le droit de voter. Il a ajouté qu’en 1948 le mouvement de Sookdeo Bissoondoyal ainsi que le Parti Travailliste avaient œuvré en faveur des Mauriciens, à l’effet que ces derniers, âgés de 21 ans ou plus pouvaient voter à condition qu’ils pouvaient signer peu importe le langage parlé à Maurice.

L’homme de loi a situé l’importance du suffrage universel, qui a été établi en 1959. « A cette époque, tout Mauricien lettré (homme et femme) avait le droit de voter pour un parti et  seulement 40 députés siégeaient au Parlement. Peu après, certains partis politiques y compris le Parti Travailliste avaient signifié leur intention de militer pour que l’île Maurice puisse accéder à l’indépendance », a-t-il ajouté.  

L’avocat a poursuivi en disant que ce n’est qu’après l’indépendance, soit lors des élections générales en 1976 que les Mauriciens, âgés de 18 ans ont eu le droit de vote.  

Radhakrishna Sadien, président de la Government Service Employees Union :

« Il faut trouver un système pour sensibiliser les Mauriciens sur le droit de vote à Maurice »

Le président de la Governement Servants Employees Union (GSEA), Radhakrishna Sadien, est d’avis que dans une démocratie, il est important que la population puisse choisir son éventuel représentant au Parlement.

Il a ainsi précisé que dans le passé, un système de monarchie régnait dans plusieurs pays. « Or, c’est le peuple qui choisissait toujours le gouvernement qui allait diriger le pays », a-t-il ajouté.

Soutenant qu’avant 1976, seules les personnes ayant atteintes l’âge de 21 ans ou plus avaient le droit de voter, le syndicaliste a poursuivi en disant qu’avant c’était les parents qui guidaient et contrôlaient leurs enfants concernant le  choix de leurs candidats. Or, maintenant ce n’est plus le cas. Car quand une personne devient mature et atteint l’âge de 18 ans, il a le droit de voter. Selon lui, ce dernier ne doit pas être influencé, mais doit être capable de juger de lui-même celui qui le représentera au Parlement.

Le syndicaliste a, dans la foulée, laissé entendre : « Droit de vote li sacré ça. Peu importe élections générales, municipales ou villageoises. Li ene grand affaire pour ene Mauricien. Ene vote permette li prend so destin dans so la main. Faudrait pas li mal utilise li. »

Par la même occasion, Radhakrishna Sadien a fait comprendre qu’il faut rendre hommage aux grands tribuns et pionniers qui ont milité pour le droit de vote dans le pays. « Il faut doublement apprécier et remercier ceux qui ont fait des sacrifices et se sont exposés pour obtenir le droit de vote pendant la période coloniale », ajoute-t-il. 

Radhakrishna Sadien a, d’autre part, laissé entendre que le gouvernement et les autorités concernées doit trouver un système afin de sensibiliser les Mauriciens, en particulier, ceux qui ne s’intéressent pas d’aller voter pendant les élections. « Nous avons milité et lutté pour gagner le droit de vote », a-t-il ajouté.

Tania Diolle, membre du Mouvement patriotique :

« Il faut rendre le droit de vote obligatoire dans notre pays »

L’un des membres du Mouvement Patriotique, Tania Diolle, ne passe pas par quatre chemins pour soutenir qu’elle est très reconnaissante envers ceux qui ont énormément œuvré ou lutté pour le droit de vote à Maurice.

Cependant, elle a situé l’importance de la démocratie et s’est prononcée contre certaines imperfections et un régime autoritaire, où il n’existe pas de liberté d’expression. Selon notre interlocutrice, le système de démocratie doit continuellement évoluer afin de permettre aux gens de s’exprimer et de faire leur choix sur leurs représentants au Parlement. 

Tania Diolle a aussi soutenu que le gouvernement doit rendre le vote obligatoire. « L’absentéisme représente un danger pour la démocratie », dit-elle. 

Me Naazish Sakauloo :

« On ne peut pas renoncer à notre droit de vote à Maurice »

Me Naazish Sakauloo est d’avis qu’on ne peut renoncer à notre droit de vote à Maurice. Elle a ainsi rappelé qu’à l’époque, selon notre Constitution (1885), pour pouvoir voter, il faillait satisfaire des critères très spécifiques, de nature pécuniaire tel que : être le propriétaire d’un bien meuble valant au moins Rs 300 ou toucher un salaire mensuel d’au moins Rs 50. « Ces critères avaient pour effet que ce n’était que les riches qui pouvaient voter, à l’exclusion de la majorité de la population locale. Quant aux femmes, elles n’avaient pas le droit de vote. Un pas de l’avant en 1948, avec la nouvelle Constitution qui abolit les critères pécuniaires et octroi le droit de vote universel aux adultes, incluant les femmes », a-t-elle ajouté.

Toutefois, dira l’avocate, les aspirants votants devaient passer un ‘literacy test’ et si on se souvient, à cette époque-là, l’éducation était un luxe, et dont il y avait encore une fois l’exclusion d’un bon nombre de la population locale. « Finalement en 1958, on a vu la disparition de cette barrière au droit de vote des analphabètes. Aujourd’hui notre droit de vote est protégé par notre Constitution (Section 44), la loi suprême de notre pays. De plus on a l’Electoral Supervisory Commission qui garantit la transparence et le bon déroulement du tenu des élections. On est définitivement considéré comme l’un des pays Africains qui protège et défend activement ce droit de vote », estime-t-elle.

Me Naazizh Sakauloo a aussi soutenu qu’il est vrai que quand on a droit, on est libre de l’exercer ou de ne pas l’exercer. Tel est également le cas pour le droit de vote. Maurice respecte ce principe. « Mais, la question est quel est l’effet de l’abstention ? Que fait-on quand on ignore ce droit fondamental ? se demande-t-elle.

Elle a ainsi souligné que premièrement, en ne pas votant on est en effet en train de supporter la majorité car on omit un support aux parties qui formeront l’opposition. « En ne pas voter, on décide de ne pas choisir – qui nous représentera au parlement ? Qui passera des lois dans notre intérêt ? Qui posera des questions au gouvernement pour assurer que ceux aux pouvoirs ne font pas d’abus ?  Qui décidera comment dépenser l’argent de la nation, un sujet sur lequel, en tant que contribuable, on doit pouvoir avoir notre mot ? Qui rassurera que notre pays reste une démocratie ? En décidant de ne pas voter on renonce à tout cela. En tant que citoyen, ne devons-nous pas considérer ce droit de vote comme un devoir ? se demande-t-elle.

Posted by on Apr 15 2019. Filed under Actualités, En Direct, Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply

Search Archive

Search by Date
Search by Category
Search with Google

Photo Gallery

Copyright © 2011-2016 Minority Voice. All rights reserved.