« C’est le temps pour l’Amérique de guérir », affirme Joe Biden
Dans son tout premier discours aux Américains depuis l’annonce de sa victoire, en matinée, le démocrate Joe Biden a lancé un appel à l’unité, à l’image du message rassembleur qu’il a porté tout au long de sa campagne et qui contraste avec celui du président qu’il a défait.
Si son prédécesseur disait vouloir rendre sa grandeur à l’Amérique
, Joe Biden a martelé qu’il fallait maintenant restaurer l’âme
du pays, faisant écho au message livré lorsqu’il s’était lancé dans la course à l’investiture démocrate, en avril 2019.
De New York à San Francisco en passant par Philadelphie, Washington et Atlanta, la victoire du tandem démocrate, annoncée samedi vers 11 h 30, avait rapidement été accueillie par des célébrations spontanées dans plusieurs villes du pays.
Mais celui qui sera le 46e président des États-Unis a, lui, évité tout triomphalisme, incitant les Américains à s’unir et à croire en leurs possibilités devant des centaines de partisans rassemblés à Wilmington, son fief du Delaware.
Remerciant sa famille, ceux qui l’ont élu ainsi que les travailleurs ayant gardé le fort pendant la pandémie, il a promis de travailler pour tous les Américains, même pour ceux qui n’avaient pas voté pour lui.
Appelé à gouverner dès janvier un pays divisé, il a d’ailleurs tendu la main aux partisans du président Donald Trump – qui n’a pas encore concédé la victoire : Je comprends votre déception. Mais, maintenant, donnons-nous une chance. Il est temps de mettre de côté la rhétorique enflammée, d’apaiser le climat, de se voir de nouveau, de s’écouter de nouveau.
“
Je m’engage à être un président qui ne divisera pas, mais qui unira, qui ne verra pas des États rouges et des États bleus, mais seulement les États-Unis
, a-t-il promis, répétant un message qu’il a souvent martelé au cours des dernières semaines.Je suis un fier démocrate, mais je vais gouverner comme un Américain
, a-t-il ajouté, incitant les démocrates et les républicains à collaborer.
Pendant la campagne, les démocrates les plus progressistes ont reproché à celui qui a été sénateur pendant trois décennies un idéalisme d’une bipartisanerie maintenant révolue, encore plus depuis l’ère Trump, mais aussi celle du leader de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, qui a fermé la porte à toute collaboration avec les démocrates.
Évoquant l’atmosphère qui a défini les quatre dernières années,
Notre nation est façonnée par la lutte constante entre ce qu’il y a de meilleur en nous et nos pulsions les plus sombres. […] Il est temps que ce qu’il y a de meilleur en nous l’emporte
,
Ce soir, le monde entier regarde l’Amérique, et je crois que lorsque nous sommes à notre meilleur, l’Amérique est un phare pour le monde. Nous ne dirigerons pas seulement par l’exemple de notre puissance, mais par la puissance de notre exemple.
Des défis colossaux
Parlant de victoire nette
, il a rappelé qu’il avait recueilli un appui record de 74 millions d’Américains.
Numéro deux d’une administration qui, il y a huit ans, avait hérité d’un pays en guerre et en crise économique, Joe Biden prendra les rênes d’une administration confrontée à des défis titanesques : diriger un pays profondément divisé, à l’économie fragilisée et aux prises avec une terrible pandémie, des enjeux auxquels il a d’ailleurs promis de s’attaquer.
Deuxième catholique élu à la tête des États-Unis, l’homme à la vie marqué par les tragédies a évoqué la foi qui l’a aidé à traverser ses épreuves, se montrant solidaire des proches des quelque 240 000 victimes américaines de la COVID-19.
Joe Biden a perdu sa femme et sa fille dans un accident automobile dans les années 1970, puis son fils, mort d’un cancer, il y a quelques années.
Le candidat démocrate avait déjà livré de brèves allocutions après l’élection pour exhorter le peuple américain à la patience et au calme dans l’attente des résultats électoraux qui ont tardé pendant trois jours et demi.
La nouvelle de son élection est tombée 48 ans, jour pour jour, après son élection comme sénateur du Delaware. Ironiquement, celui qui, à 29 ans, était alors le plus jeune élu du Sénat de l’époque, deviendra en janvier, à 78 ans, le président le plus âgé qu’auront jamais eu les États-Unis au premier jour de son mandat.
Kamala Harris, le visage d’une autre Amérique
Kamala Harris a pris la parole en premier, en remerciant les électeurs américains d’avoir choisi « l’espoir, l’unité, la science » et « la vérité ».
Symbole de la volonté du successeur de Donald Trump à tourner la page et à panser les blessures, il avait à ses côtés celle qu’il a choisie comme colistière, qui avait livré à son endroit l’une des attaques les plus efficaces et les plus mémorables de la saison des débats démocrates.
Le politicien qui a été le second du premier président noir, Barack Obama a dit son honneur
à travailler avec celle qui fera une vice-présidente fantastique
, soulignant qu’elle écrirait l’histoire.
Fille d’immigrants. Kamala Harris, première femme, première Noire et première personne aux origines asiatiques à accéder à la vice-présidence, a pris la parole peu de temps avant M. Biden.
Nous, le peuple, avons le pouvoir de bâtir un avenir meilleur
, a déclaré la sénatrice de la Californie, âgée de 56 ans.
Vous avez choisi l’espoir, l’unité, la décence, la science et, oui, vous avez choisi la vérité. Vous avez choisi Joe Biden comme prochain président des États-Unis.Kamala Harris, vice-présidente élue des États-Unis
Le président Donald Trump, lui, n’a toujours pas livré le traditionnel discours de concession et s’est même tourné vers Twitter dans la journée pour s’autoproclamer vainqueur. Son équipe de campagne entend poursuivre sa bataille devant les tribunaux pour contester l’issue du vote.












