Eric Zemmour : l’heure du grand bafouillement…



Il se rêvait en de Gaulle, sauveur de la France. Que ferait-il, parvenu au pouvoir ? Sur Franceinfo, le polémiste a beaucoup bégayé. Les premiers signes de ses limites ?

Il fallait bien qu’un jour ou l’autre Eric Zemmour se confronte au réel, à la rhétorique d’un homme d’Etat, autrement plus encombrante que celle d’un polémiste, aussi brillant et bruyant soit-il. Ce retour dans l’atmosphère a eu lieu sur Franceinfo, dans l’entretien du matin mené ce lundi 22 novembre par Marc Fauvelle et Salhia Brakhlia. En douceur presque, tant les journalistes du service public ne voulaient pas apparaître comme des contempteurs zélés de celui que certains surnomment le « maurassien des beaux quartiers ».

C’est donc dans un climat de salon de thé que l’auteur du « Suicide français »a montré ses limites. A la question « Que feriez-vous si vous étiez président ? », Zemmour le téméraire a quasiment botté en touche, revenant avec un entêtement pathétique sur son obsession du « grand remplacement ». La nouveauté ? Le ton n’est plus aussi impérieux, les formules se noient dans ce qui ressemble parfois à du bégaiement.

Le pouvoir d’achat des Français ? Il suffit de s’en prendre aux milliards prétendument versés aux étrangers sur notre sol. La justice ? Un territoire abandonné au sexe faible, aux femmes devenues majoritaires chez les magistrats et les avocats. Qui dit perte de virilité dit impuissance, bien sûr ! Toujours sur la question des femmes, l’affaire DSK ne serait, au fond, qu’une histoire de séduction d’un tout-puissant livré à la vindicte d’une meute de militants de Black Lives Matter.

Je caricature ? Hélas, non. Zemmour est allé chercher comme soutien François Ier, ce grand séducteur, ce grand trousseur de jupons qui, à l’époque, n’était pas dérangé par des groupes de pression hystériques et vengeurs. Ah, l’heureux temps du droit de cuissage, où les puissants pouvaient abuser des femmes à leur guise…

Quand il est démuni, Zemmour joue à saute-mouton à travers les siècles, révélant sa nostalgie pour les temps anciens. Quand nous ramènera-t-il à l’homme de Cro-Magnon ? Cet « appel à un ami », comme on dit dans l’émission « Qui veut gagner des millions ? », à ce descendant d’Hugues Capet, prince de la Renaissance, pour justifier sa dérive « masculiniste », qui frôle la défense grotesque de ce qui a pu être qualifié de viol, n’est pas nouveau chez le polémiste. Mais cette fois, on a senti qu’en prononçant ces mots, Zemmour n’y mettait plus la même conviction, comme s’il sentait que ce passage dans l’atmosphère de la vraie candidature à la présidence de la République, pouvait lui brûler les ailes.

Nous avons assisté à l’acte 1 du « grand bafouillement », de ce que beaucoup d’hommes ou de femmes politiques ont pu ressentir quand vient l’heure de s’imaginer dans la position d’appuyer sur le bouton nucléaire. Face à ce saut dans l’inconnu, l’homme qui se baladait sur les réseaux sociaux ou dans des émissions fabriquées à sa gloire est apparu dans tous ses états, et pas en homme d’Etat. N’est pas de Gaulle qui veut.

Serge Raffy

Source : Nouvelsobs.com

Posted by on Nov 25 2021. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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