L’art de se dédire



Par Loga Virahsawmy

Tous les leaders politiques n’ont-ils pas évoqué la question de masse critique de femmes au Parlement au cours du symposium de Gender Links (GL), organisé avant les élections générales de 2005? Neuf ans se sont écoulés et le pourcentage de femmes parlementaires est demeuré quasiment identique, si ce n’est qu’une simple hausse de 1.8%, soit de 17% à 18.8% au cours des élections générales de 2010.

Faire en sorte que des changements aient lieu implique une transition de l’exclusion à l’inclusion, de l’inégalité à l’égalité, de la tradition à l’adaptation. Aucune société ne peut prétendre être démocratique quand 52% de sa population est exclue. Si nous n’adaptons pas la tradition pour aller dans le sens de la modernité, nous ne pouvons pas prétendre être un pays moderne. Est-ce pour cette raison qu’aucun dirigeant politique n’a assisté au symposium de GL qui s’est tenu en octobre 2014 et dont le thème était l’alignement des femmes candidates aux prochaines élections générales ? Il n’y a que le leader du Parti Mauricien Social Démocrate qui ait envoyé un représentant. Dans sa présentation et en réponse aux questions, Malini Seewoksing qui est conseillère municipale, a souligné l’importance d’avoir un plus grand nombre de femmes en politique et la différence que font les femmes une fois qu’elles y sont.
N’est-ce pas le Dr Navin Ramgoolam, l’actuel Premier ministre, à l’époque leader de l’opposition, qui avait dit au cours du symposium de GL en 2005 que lorsqu’il deviendrait Premier ministre, il s’assurerait qu’il y ait un plus grand nombre de femmes parlementaires ? Reconnaissons qu’il a tenu parole avec l’ébauche du Livre Blanc sur la réforme électorale. Mais maintenant que nous savons que cette ébauche ne sera pas présentée au Parlement avant les élections générales qui devraient sans doute avoir lieu à la fin de l’année, les leaders des partis politiques ont l’obligation morale d’aligner au moins 33% de femmes candidates. Cette ébauche de Livre Blanc s’inspire grandement de la Local Government Act avec une approche du genre neutre pour les femmes et les hommes candidats. Nous voyons les résultats de cette loi qui a engendré un quadruplement de femmes conseillères. Les femmes peuvent se faire élire. Vous n’avez qu’à leur faire de la place et leur donner l’opportunité de le faire.

Chaque ethnie à Maurice obtient un certain nombre de tickets électoraux selon le pourcentage qu’elle représente au sein de la population. Puisque les femmes représentent 52% de la population, pourquoi ne peuvent-elles pas obtenir 52% de tickets ? C’est logique selon moi.

En spéculant sur le nombre de femmes candidates que chaque alliance alignera, le pourcentage de femmes parlementaires pourrait régresser. Pravind Jugnauth, leader du Mouvement Socialiste Mauricien et Paul Bérenger, leader du Mouvement Militant Mauricien, ont tous deux déclaré qu’ils ne peuvent pas accommoder des femmes car ils sont en alliance avec d’autres partis. Ils se sont alliés pour avoir une plus grande chance d’être élus. Suivant le même principe, cela signifie que les femmes aussi seront élues. Donc, où est le problème ? C’est une honte pour un pays qui se positionne comme modèle de la démocratie. Partout dans le monde, on assiste à l’intégration du genre. La France a 50% de femmes ministres. Les Seychelles, qui sont plus près de Maurice, ont plus de 45% de femmes parlementaires et ministres. Maurice a le pourcentage le plus bas de femmes ministres parmi les 15 pays de la SADC, se classant à la dernière place. C’est purement et simplement honteux.

En moins de deux mois, Maurice a eu l’insigne honneur de recevoir la visite de deux éminentes personnalités : deux ministres des Affaires étrangères de deux grands pays, l’Australie et l’Inde. Aussi bien Julie Fisher que Sushma Swaraj Swasma ont montré à toute la population mauricienne comment les femmes ont des capacités et comment elles sont en train de changer le visage de la politique dans leur pays respectif. Il y a des femmes de calibre partout dans le monde et elles sont reconnues comme telles. Julie Fisher est la première femme nommée ministre des Affaires étrangères de son pays et la première femme à être leader adjointe du Parti Libéral d’Australie. Elle est entrée dans l’Histoire en tant que leader adjointe de l’opposition. Nous l’avons vu à l’œuvre à Maurice.

Sushma Swaraj Swasma est la seconde femme à avoir été nommée ministre des Affaires étrangères en Inde, la première ayant été feu Indira Gandhi. Elle occupe la troisième place dans la hiérarchie gouvernementale de la Grande Péninsule. Elle a été élue député à sept reprises. Elle a été la plus jeune ministre à 25 ans. Nous l’avons également vu à l’œuvre à Maurice. Elle a pris des décisions sans tergiverser ni dire qu’elle doit consulter au préalable le Premier ministre Modi.

Le monde enregistre actuellement un nombre record de femmes leaders avec un total de 22 d’entre elles aux commandes. Depuis la chancelière allemande aux présidentes du Libéria, de l’Argentine, du Bangladesh, de la Lituanie, du Costa Rica, de la République du Centrafrique, du Chili, de Malte et aux Premiers ministres du Sénégal, de la Norvège, de la Lettonie et de la Pologne. Toutes sont en train de transformer les vies des populations de leur pays comme le font au sein de leurs communautés les conseillères mauriciennes élues sous la Local Government Act revisitée.

Une conseillère qui est aussi prêtresse de la religion hindoue a raconté à GL que lorsqu’il y a un problème de fourniture de courant, elle n’hésite pas à monter sur les camions et les échelles en compagnie des réparateurs pour s’assurer que les travaux soient bien exécutés. Oui, grimper sur les camions en sari ne constitue pas un problème pour elle. Alors pourquoi gravir les marches jusqu’à l’Assemblée nationale constituerait-il un problème ? Une autre femme qui a su gagner sa place comme conseillère de district a déclaré que tous les problèmes de la communauté concernent les femmes et qu’elle se fait un devoir à ce que le genre figure à l’agenda des réunions du conseil de district.

Les leaders des partis traditionnels qui sont représentés au Parlement ont bien vu comment les femmes font la différence à l’Assemblée nationale et au sein de la communauté. Sheila Bappoo, ministre de la Sécurité sociale, a transformé la vie des personnes âgées et handicapées. Elle leur a donné des droits et une plateforme pour s’exprimer. Il y a d’autres Bappoo qui attendent un ticket de leurs leaders politiques. Pourquoi ne pas leur donner cette chance ?

Je sais que les femmes donneront des résultats. Je sais aussi que l’inclusion des femmes signifie que la loi du plus fort prévaudra. L’éducation, le changement climatique, la sécurité alimentaire, pour ne citer que ceux-là, sont des questions de genre et les leaders politiques n’ont pas le droit d’exclure les femmes.

Loga Virahsawmy est l’ancienne directrice du bureau francophone de GL et membre du conseil d’administration de cette organisation non-gouvernementale de l’Afrique australe. Cet article fait partie du service d’information de GL qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Nov 5 2014. Filed under Actualités, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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