Madagascar : l’égalité entre hommes et femmes bientôt légiférée



Par Fanja Razafimahatratra

Madagascar semble bien partie pour assurer l’égalité entre hommes et femmes. A quelques mois de la date butoir de la réalisation des dispositions fixées par le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement, ainsi que les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), la Grande Ile est prête à relever les défis, du moins faire en sorte que les efforts pour y arriver aillent au-delà de la date butoir.

Jusqu’ici, Madagascar a souscrit à bon nombre d’engagements au cours des trois dernières décennies dans le but de rendre effectif l’un des droits humains les plus fondamentaux : l’égalité entre les hommes et les femmes. En effet, la Grande Ile a commencé par inscrire dans sa Constitution la non-discrimination fondée sur le sexe. Ensuite, Madagascar a ratifié en 1989 la Convention des Nations Unies sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard des Femmes (CEDAW).

Pourtant, à l’instar de la grande majorité des nations, Madagascar enregistre un décalage entre la ratification de ces textes et leur application effective et concrète dans la vie courante et ce, malgré quelques maigres progrès. On a vu par exemple le pourcentage de femmes députés à l’Assemblée nationale passer de zéro dans les années 1960 à 20% lors de la présente législature comme l’indiquent les chiffres émanant du rapport OMD du programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).
« Ces progrès sont lents, particulièrement dans les domaines de la gouvernance, de la représentation des femmes dans les différentes sphères de prise de décision, là où se situe le centre nerveux du changement», explique la Garde des Sceaux, Noëline Ramanantenasoa, qui a assisté à ces deux jours d’atelier.

En termes de chiffres, au niveau des communes, les femmes ne sont représentées qu’à 5% chez les maires ou conseillers communaux. « Pour les prochaines élections, il est impérieux de prendre des mesures spécifiques pour corriger ce déséquilibre, cette disproportion qui ne peut que nuire au fonctionnement efficace et démocratique de nos institutions et de notre société », déclare la Garde des Sceaux, qui laisse entendre que le pays est obligé d’appliquer les recommandations du Conseil des Droits de l’Homme lors de l’examen du rapport de Madagascar en 2010 et ce, dans le cadre de l’examen périodique universel insistant sur l’adoption d’un texte de loi spécifique en faveur de l’égalité entre hommes et femmes. «Mon département a préparé une loi en conséquence. Mais il appartient au large spectre d’acteurs concernés d’en préciser les contours, d’anticiper les obstacles et d’en faciliter l’adoption», souligne-t-elle.

La consultation des différents acteurs concernés, notamment les représentants des institutions de la République de Madagascar, notamment de la présidence de la République, de l’Assemblée nationale, de la Primature, des ministères techniques, ainsi que du monde universitaire, du secteur privé, de la société civile et des médias, a été organisée au mois d’octobre. Une des recommandations les plus saillantes a été la représentativité d’au moins 40% de femmes ou d’hommes dans les postes électifs au sein des institutions à Madagascar. En cas d’organisation de scrutins, les candidatures devront être alternées sur la liste de candidats. Si le scrutin est uninominal, les entités (partis politiques, associations, etc.) devront présenter au moins 40% de candidatures d’hommes et de femmes sur l’ensemble des circonscriptions électorales, sous peine d’irrecevabilité. Finalement, Madagascar doit mettre en place un observatoire responsable du suivi et de l’application de la présente loi.

«Il est mieux que la société civile et le gouvernement soient plus actifs sur le terrain pour plus d’équité et de droit entre les sexes », a déclaré Ketakandriana Rafitoson, coordonatrice de Women and Youth’s League for Democracy (WYLD) qui y a participé.

Simon-Pierre Nanitalemio, conseiller technique principal du Projet d’Appui au Cycle Electoral à Madagascar (PACEM) du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et facilitateur de cet atelier a précisé pour sa part que la promotion de l’égale participation des femmes et des hommes à la vie politique en général et au processus électoral en particulier est un défi important à relever en matière de gouvernance démocratique.

A la fin de cette consultation d’envergure, les résolutions prises seront soumises aux autorités compétentes. Cet atelier a reçu l’assistance du PACEM, du bureau du haut-commissariat aux Droits Humains (HCDH) et du Conseil national des femmes de Madagascar (CNFM) et du haut-commissariat aux Droits de l’Homme et le Conseil National des Femmes de Madagascar.

Il n’est plus possible pour le gouvernement malgache d’ignorer toutes les conventions signées et ratifiées, y compris le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement, sous peine d’être mis au ban des cancres des pays de l’Afrique australe.

Fanja Razafimahatratra est journaliste en freelance à Madagascar. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Nov 5 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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