Militer en faveur d’une loi unique en matière de dot en RDC



Par Lino Muziri

En République Démocratique du Congo (RDC), le mariage, qui est l’union légale entre l’homme et la femme, nécessite certains préalables, notamment le versement de la dot. Cette vielle tradition de la culture bantoue fait partie des critères qui prouvent que le futur époux sera en mesure de prendre bien soin de l’épousée, en particulier sur le plan matériel. Car, c’est à lui qu’incombe cette responsabilité, conformément à la volonté de celui qui a institué la tradition.

Autrefois, cette convention entre les deux futures belles familles était strictement symbolique. Ce qui permettait à l’homme d’honorer la femme de son choix dans un délai raisonnable et favorisait également la régulation de la situation matrimoniale des époux à vivre sous un même toit. Le mariage était donc le seul moyen pour l’homme d’habiter en toute légitimité avec sa compagne.

Autres temps, autres mœurs, le temps a passé et les situations ont changé. Désormais, la dot n’a plus sa valeur d’autrefois pour la famille qui donne en mariage sa fille. Elle est désormais un moyen par excellence de récupérer le capital investi en elle en termes de nourriture, soins de santé, éducation etc. Si bien que de nos jours, le montant réclamé comme dot par une famille à son futur gendre est exorbitant.
Beaucoup des jeunes qui souhaitent se marier déplorent cette manière de faire des futures belles familles. A tel point que cela favorise l’union libre qui s’accompagne parfois d’une grossesse, le tout sans l’accord des familles respectives. C’est donc la raison principale du nombre décroissant de mariages civils et religieux, en particulier dans la ville capitale de Kinshasa, et de l’augmentation de cohabitations ou unions libres, que l’on appelle communément « yaka tovanda», ce qui signifie littéralement «Viens que l’on cohabite ».

Il est fréquent de trouver un homme vivant avec une femme qui lui a donné des enfants, sans que leur union ne soit reconnue par l’Etat, ni par leurs familles. Cette situation est accentuée par la crise socio-économique que le pays traverse depuis plusieurs années.

Les rares hommes qui réussissent à réunir le montant de la dot à verser aux familles de leurs futures épouses, peinent à joindre les deux bouts pendant un long moment juste après la noce en raison des dépenses engagées lors des préparatifs du mariage. D’autres se retrouvent dans une situation d’endettement insoutenable, ce qui leur laisse un goût amer au mariage et met la pression sur le couple nouvellement constitué.
Un jeune marié qui a requis l’anonymat déclare qu’il regrette de s’être marié aussi vite car pendant qu’il amassait l’argent pour verser la dot à sa future belle famille, son père est tombé gravement malade. Ce dernier est d’ailleurs mort quelques mois après son mariage, faute de moyens pour qu’il soit convenablement soigné. Le marié estime que l’argent qu’il a dépensé pour ses noces aurait pu servir à soigner son défunt père. Il aurait au moins eu la conscience tranquille d’avoir accompli son devoir de fils envers son aîné.

Nadine Pyana, mariée il y a près de deux ans, raconte que lorsqu’elle a su combien sa famille avait exigé comme biens et argent pour sa dot, elle a pris son courage à deux mains et a parlé à son père. « J’ai estimé que ma dot était exorbitante par rapport aux revenus de mon futur mari et j’ai demandé à mon père de revoir les prétentions familiales à la baisse. C’est grâce à mon intervention que mon papa est intervenu auprès de sa famille pour demander à ce que les biens et l’argent exigés soient moindres,» explique-t-elle.

Dans certaines villes congolaises, des familles ne recourent plus forcément à cette coutume mais à la conjoncture. Mais en règle général, le montant demandé par une famille qui marie sa fille peut alors aller jusqu’à plus de 1000 dollars américains. Rares sont les familles qui exigent moins que cette somme de nos jours. En sus de cela, la famille de la mariée remet à la famille du marié une liste de biens à acheter. Cela va de boîtes d’allumettes aux pagnes de luxe, du téléviseur au générateur électrique en passant par des sacs de sel, de sucre et autres victuailles. Il y a même des familles qui ont osé exiger un vélo, une moto et même une voiture.

Le problème a pris tant d’ampleur qu’il nécessiterait l’intervention des pouvoirs publics. Bien que timidement, des voix s’élèvent pour dénoncer cette dérive. Il faudrait qu’elles soient plus nombreuses et fortes car même si en RDC, l’article 62 du Code de la Famille laisse à la tradition le soin de régler la question de la dot, un grand désordre est observé en la matière dans le pays. Il est impératif que les activistes du genre et des droits humains montent au créneau et militent pour que l’Etat fixe un montant précis et raisonnable de dot.

Et comme stipulé par le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement, signé et ratifié par la RDC, la femme doit être traitée en égale à l’homme. Il est donc important que la voix de la femme soit prise en compte pendant qu’est élaborée la liste des biens ou lors des discussions à propos de la dot que son futur époux doit remettre à ses parents. Car, premièrement, c’est d’elle qu’il s’agit et deuxièmement, elle connaît bien la situation financière de son futur époux. La femme doit donc exiger d’être impliquée dans les discussions entourant son mariage et non accepter d’être traitée comme un objet ou une marchandise.

Lino Muziri est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service d’information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Nov 5 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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