Swaziland: Pour une génération exempte de la stigmatisation



Par Nkosing’phile Myeni

Mbabane: Thembi Manana de Mandlangempisi dans la region du Hhohho vit avec le VIH depuis dix ans. Chaque jour, elle a une approche positive envers la vie, prenant sans faute son traitement antirétroviral. Elle est une pourvoyeuse de soins au sein de sa communauté, faisant du porte à porte pour exhorter les gens à aller se faire dépister, prodiguant des conseils et des soins aux autres personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et les infections opportunistes. En tant que motivateur de santé rurale ou umgcugcuteli, le ministère de la Santé l’encourage dans ce travail important en lui versant une allocation de 27 dollars américains.

Manana, 47 ans, vit ouvertement avec le VIH. Elle a fait son test de dépistage en 2004 après qu’un de ses amis séropositifs lui ait conseillé d’aller se faire tester. Cela lui a demandé du courage, voire de la bravoure mais elle refusait de vivre dans le déni. Après avoir suivi une série de sessions de counselling, elle a commencé à prendre son traitement antirétroviral. Bien qu’elle vive sa vie de séropositive positivement, après avoir fait son coming out, elle a enduré un stress quotidien, l’abus et la discrimination en raison de la stigmatisation toujours associée au VIH.

Lorsqu’elle a avoué sa séropositivité à son partenaire et père de ses enfants, en dépit de leur longue relation et d’une vie commune de plusieurs années, il a refusé de la soutenir et d’accepter son statut. Il l’a abandonnée. Même sa famille l’a traitée avec mépris et l’a accusée de promiscuité.

«Lorsque j’en parlais, les gens croyaient que j’étais devenue folle. Certaines femmes ont même dit que j’allais leur voler leurs hommes et les infecter au VIH. D’autres ne m’ont pas crue lorsque j’ai parlé de ma séropositivité car à leurs yeux, je n’en présentais pas les symptômes», explique Manana.

Manana estime que bien que les gens aient droit à leurs croyances, le VIH est une réalité et tout le monde doit connaître son statut sérologique. Bien que plusieurs personnes se soient fait dépister, toutes ne font pas état du résultat en raison de la discrimination et de la stigmatisation. Elle croit que certains n’en parlent même pas à leur partenaire intime de peur d’être rejetés. Malheureusement, ces attitudes perpétuent la stigmatisation et alimentent la propagation du VIH.

Tristement, cette stigmatisation a aussi faussé les choses et a fait croire à tort aux gens qu’il n’y a pas d’avenir possible lorsque l’on est séropositif. La vérité est que le VIH est une maladie très gérable. Alors que Manana fait la démonstration du traitement à suivre et d’un mode de vie sain à adopter, les gens peuvent vivre plus longtemps.

Selon le Protocole de la SADC sur le Genre de 2014, les nouvelles infections parmi les adultes ont chuté par plus de 25% au Swaziland bien que ce pays ait encore un taux de prévalence de 20%. Comme plusieurs pays de l’Afrique australe, le Swaziland utilise les derniers outils et la technologie de pointe pour s’assurer que la pandémie n’aille pas au-delà du pourcentage déjà atteint. Des pays comme la Zambie, le Botswana, la Namibie, le Swaziland se sont assurés que 80% de la population éligible ait accès au traitement antirétroviral. Cependant, le manque d’infrastructures et de ressources humaines a été cité comme les défis majeurs à un traitement effectif. Les initiatives de dépistage au Swaziland indiquent que moins de 20% de la population âgée entre 15 et 49 ans est au courant de son statut sérologique.

Le Baromètre met aussi l’accent sur la susceptibilité accrue des femmes à être infectées en raison des inégalités du genre. Certains des facteurs qui exacerbent ces risques sont l’incidence élevée des disparités d’âge dans les relations sexuelles, un accès limité des femmes aux méthodes de prévention, un manque d’information préventive pour les personnes engagées dans des relations homosexuelles et des niveaux élevés de stigmatisation et de discrimination, qui impactent sur l’accès des femmes au counselling, au dépistage et au traitement.

En juillet 2011, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une déclaration politique sur le VIH/SIDA intitulée: Intensifier nos efforts pour éliminer le VIH/SIDA. Un des dix objectifs spécifiques que l’ONUSIDA a articulé pour 2015 est « d’éliminer la stigmatisation et la discrimination envers les PVVIH en faisant la promotion des lois et des politiques qui assurent la pleine réalisation de tous les droits humains et des libertés fondamentales »

En tant que bénéficiaires d’une campagne trimestrielle pour éliminer la stigmatisation menée par le PSI du Swaziland, une organisation de santé mondiale dédiée à améliorer la santé des gens, Manana et trois autres bénéficiaires ont témoigné publiquement à propos de leur statut. Cette campagne est financée par le President Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR) des Etats Unis à travers le Centre of Diseases Control and Prevention (CDC). Leurs témoignages seront utilisés sur les panneaux d’affichages géants et dans les journaux pour sensibiliser les gens à propos de la stigmatisation et encourager les citoyens à connaître leur statut sérologique.

Manana est un exemple admirable de positivité. Si nous suivons sa trace en brisant le silence et la stigmatisation, nous pouvons lutter collectivement contre cette pandémie. Les PVVIH doivent être soutenus et vivre en société et pas être aliénés et ostracisés. Une génération exempte de stigmatisation engendrera indubitablement une génération exempte de VIH.

Nkosing’phile Myeni est journaliste en freelance au Swaziland. Cet article fait partie du service d’information de GL qui apporte des perspectives nouvelles à l’actualité quotidienne.

Posted by on Nov 5 2014. Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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