AFFAIRES RAMGOOLAM : L’INTOLÉRABLE HUMILIATION… Par FIROZ GHANTY



Tous les jours des citoyens ordinaires sont traités comme du bétail, humiliés, maltraités par la police, les services publics. C’est l’ordinaire de la vie ordinaire des gens ordinaires. A l’opposé, dès que l’on est un peu connu, c’est-à-dire vu dans les médias, que l’on soit un notable, un Grand (par la puissance de l’argent) chef d’entreprise, un politicien, un journaliste, ou une star, tout le monde s’accorde à reconnaître que le traitement n’est plus le même et trouve ça plutôt normal. Le statut social, la classe, détermine le sort de chacun au quotidien dans nos sociétés modernes, démocratiques, républicaines et civilisées.

Quand un de ces Grands personnages publics tombe de son piédestal, la Nation jouit, parce qu’il est de mode de nos jours de vouloir la déchéance des puissants pour se faire accroire que nul n’est intouchable. Mais cela, nous le savons fort bien, n’est qu’un jeu de dupes parce que le règne des puissants ne change pas, elle est la règle de la société de classes. Les hommes adorent haïr ce qu’ils ont adoré. Ceux-là mêmes qui les portaient, hier encore, sur le Pavois, leur crachent dessus quand ils chutent. Dans le même temps l’on demande qu’ils soient traités avec respect, déférence parce que la hiérarchie sociale ne peut être bafouée et certains devraient avoir plus de droits que les gens de peu. C’est là toute la fascination et l’ambiguïté du pouvoir. Ils détestent ceux qui ont le pouvoir, mais ils voudraient prendre leur place.

Je me souviens qu’après les émeutes de 1979 à la Prison Centrale de Beau-Bassin où un jeune détenu fut mortellement agressé par des chiens policiers, j’avais constitué un Comité de Soutien pour faire éclater la vérité, pour que les coupables rendent compte de leurs actes devant un tribunal. Par respect pour lui et sa famille je tais son nom. J’avais rendu visite à sa mère, avec quelques camarades, pour l’inviter à rejoindre le Comité de Soutien. Je n’oublierai jamais sa réponse : « Pourquoi des gens comme vous perdent de votre temps avec mon fils ? Il est mort maintenant. Je lui ai toujours dit qu’il finirait mal. Depuis sa naissance il était comme ça ! C’était un voyou. » Nombreux sont ceux qui croient que la division de classes est l’Ordre Naturel des choses.

Nous avons vu, le 11 décembre dernier, Navin Ramgoolam chuter, son PTr balayé, lui-même personnellement battu, perdre son Pouvoir Absolu et son immunité parlementaire. Une majorité d’entre nous voulait ça. Nous avions, et nous avons le droit de savoir toute la vérité sur les abus et le reste durant ses deux mandats consécutifs d’un règne sans partage. La Justice a le Devoir d’accomplir sa mission jusqu’au bout. Si les enquêtes en cours confirment ce que l’investigation des médias a étalé au grand jour, ce que la rumeur publique, d’autres sources et le ouï-dire ont affirmé et que Navin Ramgoolam soit condamné comme tout citoyen, tout justiciable l’aurait été, le pays applaudira, sortira grandi et sera fier de la Justice.

On comprend la colère populaire contre Navin Ramgoolam. On comprend le désir de revanche et de vengeance. On pourrait même comprendre les envies de violence de la population tellement elle a souffert durant ces années sombres. Si nous étions dans une séquence historique révolutionnaire, que le peuple prenait d’assaut le pouvoir politique, que l’Etat, les Institutions s’effondraient et que quelques-uns furent lynchés ou passées par les armes, il n’y aurait rien à redire.

Nous ne sommes pas dans cette configuration. Mais mon Consentement, mon Assentiment et mon Approbation s’arrêtent là ! Jamais je ne souscrirai de quelque manière que ce soit à ce qui s’est passé ce vendredi 6 février dernier et jamais je ne désignerai un Homme à la Vindicte Populaire, à l’incitation au Lynchage, à l’instrumentalisation de la Colère, à la Haine et à l’Humiliation! Malgré le grand déballage choquant de coffres et de valises. La Défaite et l’Humiliation politiques, conséquences de ses actes et de ses paroles, suffisent et si de surcroît Navin Ramgoolam est rattrapé par des affaires judiciaires, tant mieux.

J’ai d’abord combattu Seewoosagur Ramgoolam et le Parti Travailliste en appelant à la Révolution, puis à battre Navin Ramgoolam et ce même PTr. Si par malheur il revenait au pouvoir un jour, je le combattrai à nouveau. Je me réjouis de le voir chassé du pouvoir. Il est l’ennemi politique. Mais ce qui s’est passé ce 6 février à la Rue Desforges, suivi des images et des photos des médias, me sont intolérables. C’est une Honte ! Arrêté, bousculé, malmené, insulté par la foule manipulée, sont autant de violences qui me choquent.

L’Humiliation faite à Navin Ramgoolam me blesse et blesse mon Humanité, blesse ma Dignité et mon Etre Profond ! Hagard, défait, la chemise ouverte, les traits tirés, marqué, ébranlé, perdu au milieu de policiers, noyé sous les insultes, l’hostilité et les projectiles, personne ne mérite ça ! A chaque fois qu’un Homme, quel qu’il soit, est humilié, c’est moi qu’on humilie !

A chaque fois que la Dignité d’un Homme est foulée aux pieds, c’est ma Dignité qui est atteinte ! Rien ne peut justifier la volonté de briser un Homme, fut-il le pire de tous ! Au-delà même de toutes ces notions de présomption d’innocence, d’Etat de Droit, de respect et de privilège dû à un Ancien Premier Ministre, c’est de la Dignité d’un Homme qu’il est question ! Je suis un Humaniste, l’Humiliation m’est intolérable, elle me répugne et je la récuse !

Posted by on Feb 21 2015. Filed under Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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