GARDONS L’ŒIL OUVERT (ET LE BON) ! Par Richard Rault



Navin Ramgoolam doit mesurer la faible distance qui sépare la grandeur de la décadence ! Hier encore au pinacle du pouvoir, se permettant de snober les propositions du MMM dans le cadre du koz-kozer ou, par des pirouettes dont il a la marotte, contournant les questions gênantes de la presse, aujourd’hui sous le coup d’accusations provisoires multiples.
Il n’y a pas à dire : la roche tarpéienne est décidément bel et bien située sur l’autre versant du Capitole ! L’ex-PM aura entendu les réactions haineuses de la populace massée devant la maison familiale, à la rue Desforges, pendant que les limiers du CCID perquisitionnaient ses effets !
Il lira peut-être les commentaires encore plus moqueurs voire vengeurs qui encombrent les réseaux sociaux et il comprendra enfin ce que signifaient ces cris, insuffisamment clamés depuis le scrutin du 10 décembre dernier.
Il lui faudra aussi tirer les leçons de tous ces événements et avec lui, l’ensemble de l’état-major du Ptr.

Comme l’indique bien Arvin Boolell, les coups de butoir qui crucifient en ce moment le leader du Ptr, ne sauraient provoquer la mise à mort du parti rouge. En d’autres termes, quelque soit l’issue des investigations policières, le Ptr survivra. Traduisez : avec ou sans Navin Ramgoolam !
Clairement l’opinion publique n’a cure de l’infraction éventuelle de ‘conspiracy’. Que NCR ait effectivement demandé à Rajesh Gooljaury de « prend charge » l’incident de Roches-Noires en vue de cacher sa liaison avec Nandanee Soornack commettant ainsi l’infraction de « conspiracy to defraud the cause of justice » importe peu à la plupart des Mauriciens !

La danse franc-jeu avec l’électorat…
En d’autres temps, la Macarena party avait soulevé des passions pudibondes avant que le Remake MMM/MSM n’envoie l’ex-coalition Ptr/PMSD au tapis en 2000, pour des raisons très éloignées des mœurs de NCR. Celles-ci n’ont d’ailleurs nullement empêché l’électorat de le renvoyer au pouvoir en 2005 et 2010 ! 
Nous savons tous que la vie privée de Ramgoolam est généralement tumultueuse et, s’il survit politiquement à cette nouvelle crise, il aura intérêt à mener la danse franc-jeu avec l’électorat.
Il ne restera, au sujet de ce chef d’accusation de ‘conspiracy’ logé contre Navin Ramgoolam, que du juridisme, que défense et poursuite s’efforceront de ramener à la portée de leurs arguments. Tel est, en tous cas, le sentiment qui se dégage de l’appréciation que le Mauricien lambda se fait de la faute politique que traduit cette infraction.
Tout autrement se comporte l’électorat dès lors qu’il s’aperçoit que ses sous sont en jeu : c’est d’ailleurs le sens profond du vote sanction du 10 décembre dernier ! Pire encore, l’hostilité de la foule traduisait bien les reproches sous-jacents de la population face à Navin Ramgoolam dans ce qu’elle relevait de détournement insidieux de sa politique de démocratisation de l’économie au profit de favoritisme à l’égard d’une concubine, comme de quelques privilégiés. 
Car, alors cette foule hostile de la rue Desforges, comme nous tous, ne savions encore rien des charges de blanchiment d’argent. Ni des saisies de plusieurs millions de roupies ! Encore moins des fantasmes qui se dessinent à hauteur de plusieurs centaines de millions de roupies.

Tout cela intervenait alors sur fond de révélations successives d’octroi de centaines d’arpents de terres aux privilégiés de l’ancien régime, de juteux contrats concoctés aux dépens du contribuable, (Betamax, Airway Coffee etc.), de marché public conclu de manière occulte (CT Power), de malfaçons d’infrastructures publiques, pourtant érigées à coup de milliards. Les squelettes ne cessent de surgir depuis les placards, sentant si fort que cela provoque la colère et fait ressurgir les ressentiments de tout un peuple ! 
A présent que nous apprenons que des sommes faramineuses auront été saisies, nous qui, dans notre immense majorité, comptons nos sous, payons nos factures et nous acquittons de nos impôts sans aucune « kllaassse », mais sans renier nos obligations citoyennes ou simplement contractuelles, nous ne pouvons qu’être perplexes ! 
Pour autant, quel que soit le montant des sommes des coffres et des valises saisis à la résidence de NCR à Riverwalk, quelque soit l’issue du procès qui s’est ouvert avec l’inculpation de l’ex-PM, qu’il soit condamné ou pas, il serait naïf de croire que Ramgoolam engrangeait chez lui sa propre fortune. Ce serait le trésor du Parti Travailliste sur lequel la Police vient de mettre la main et c’est en fait, au sujet du financement des partis politiques, que nous sommes soudain confrontés.


Réforme globale
Evidemment on peut supputer que les contributions occultes des milieux les plus divers se mêlent dans ces sommes à des sources moins avouables, voire carrément illégales. Alors que c’est à la poursuite de prouver normalement les charges qui pèsent contre un accusé, la législation en matière de blanchiment d’argent impose aux prévenus de justifier du caractère licite des sommes retrouvées entre leurs mains. 
Etant donné la présomption d’innocence qui prévaut en la matière, reconnaissons ce droit à Navin Ramgoolam comme à tout prévenu. Évitons donc de spéculer sur l’issue de la procédure qui sera entamée contre lui. Il nous reste toutefois à nous questionner sur deux éléments : que faisons-nous du système actuel de financement des partis politiques, mâtiné de relations des plus occultes dans leur mode opératoire, et que doit-il advenir de Ramgoolam à la tête du Ptr ?

Sur la première question, il est clair qu’une réforme globale devra être tablée au Parlement après qu’un débat complet soit intervenu dans toutes les sphères de la vie publique, au cours de cette législature. Autrement, les Travaillistes, ivres de vengeance et frustrés aujourd’hui de leurs millions, qu’une absence de législation vient ainsi subtiliser, voudront tôt ou tard rendre aux tenants actuels du pouvoir la monnaie de leur pièce. Il parait que la prison flambant neuve de Melrose ne demande qu’à se remplir ! 
L’euphorie ambiante, qui a gagné le pays au lendemain des dernières élections, devrait d’autant plus nous inciter à la méfiance et à la prudence, dans notre fréquentation de toute notre classe politique, que les abus du régime précédent sont encore dans toutes les mémoires. Soyons donc convaincus que TOUS les partis politiques ont leurs caisses noires et disposent de fonds secrets, entreposés dans des coins connus de seuls quelques initiés et prêts à servir.
En d’autres temps et sous d’autres contrées, toujours faute d’une législation en matière de financement des partis politiques, Alain Juppé aura subi les affres de poursuites judiciaires et d’une sanction d’inéligibilité qui aura ouvert la direction du principal parti de la droite française à Nicolas Sarkozy.

Une compétence à toute épreuve
Quant à l’avenir politique de Ramgoolam, il est impossible, au vu de la tournure des événements, comme des détails qui surgiront des investigations en cours, de faire comme si rien n’était arrivé. Il faudra impérativement que Ramgoolam se justifie non seulement devant la justice, mais surtout devant les instances de son parti, comme devant les électeurs. Autrement nous jugerons qu’il aura littéralement été attrapé la main dans le sac. « And pants down ! » comme dirait l’Anglais…
Tous les commentateurs se sont accordé, aux lendemains du scrutin de décembre, à souligner au nouveau régime que leur victoire, aussi spectaculaire qu’inattendue (du moins pour le gros de l’opinion publique), était surtout le fruit du rejet du tandem Ramgoolam/Bérenger. Comme Ramgoolam, nos moustaches nationales jouaient également leur va-tout lors du renouvellement du Comité Central du MMM. Mais sa survie ne dépendra pas seulement des instances du MMM.
Se pose plus que jamais la question de la survie politique de ce couple, à l’air désuet au jour d’aujourd’hui, mais dont les tribulations auront animé l’essentiel de notre vie politique des 25 dernières années. Si les organes de leurs partis respectifs ne leur règlent pas leurs comptes ou ne parviennent pas, le cas échéant, à leur recréer une nouvelle crédibilité politique, ce seront les électeurs qui impitoyablement ratifieront la suite de leur avenir politique. En risquant d’envoyer tous ceux qui les auront maintenus en selle à la casse !
Parallèlement, les nouveaux arrivants doivent aussi réaliser que le vote du 10 décembre 2014 aura révélé aux électeurs, individuellement et séparément, tout le poids du pouvoir de leur vote. Ils y prendront vite goût et n’hésiteront pas à se servir de l’arme qui est entre leurs mains. Il y a donc urgence à ce que les politiciens réalisent combien haut est à présent le standard et à quel degré d’exigences sera l’électeur. Il leur faudra être irréprochables et d’une compétence à toute épreuve !

Posted by on Feb 21 2015. Filed under Actualités, Faits Divers, Opinion. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply

Search Archive

Search by Date
Search by Category
Search with Google

Photo Gallery

Copyright © 2011-2016 Minority Voice. All rights reserved.