Le MMM et Bérenger sont mal placés aujourd’hui pour faire la leçon de morale sur la liberté de la presse…



… Il y a tant à écrire sur le non respect de la démocratie par ce même MMM pour lequel une certaine section de la presse aujourd’hui veut faire passer pour un enfant de cœur!

Par Roland Tsang Kwai Kew

Samedi 11 mai 1982, nous fûmes en pleine campagne électorale qui accoucha des premiers 60 zéros de notre histoire politique. Ce fut dans la cour du Cinéma Milan, La Louis, Quatre Bornes. L’alliance mauve/blanche MMM/PSM, qui avait le vent en poupe, tint son avant grand meeting régional avant le scrutin et je fus le journaliste de l’express qui couvrit l’événement.

Le candidat PSM, Kailash Ruhee, après une brève intervention céda le micro au leader adjoint de l’alliance de l’opposition, Paul Raymond Bérenger. Dès qu’il prit le micro Bérenger étonna son auditoire. Il fit une tirade contre la presse écrite et lança un appel au millier de partisans massés dans l’étroite cour de ce cinéma, de boycotter le journal l’Express. La raison de cette prise de position: c’est que lui, Bérenger, eut de feedback à l’effet que dans quelques jours le gouvernement de Sir Seewoosagur Ramgooam viendrait avec un sondage bidon donnant l’alliance gouvernementale regroupée sous le parti de l’Indépendance (PAN) une écrasante victoire avec une majorité de 45/15 contre l’alliance MMM/PSM. Selon Bérenger, ce sondage bidon fut commandité par le PTr d’une agence britannique Eckvall.(Lire mon compte rendu du meeting de la place du cinéma Milan dans l’express du 23 mai 1982).

Bérenger conclut son discours incendiaire en faisant le procès du rédacteur en chef de l’express, le Dr Philippe Forget. Ce jour là en tant que journaliste dont le journal était visé, je me sentis dans l’insécurité. Certains partisans dans l’assistance hurlèrent “bizin beze banne journalistes de l’Express”.

Heureusement tout fut bien qui finit bien! Aussitôt la fin du meeting, je téléphonais au rédacteur de service, Jacques David, pour lui dire de prévenir le Dr Forget du mot d’ordre de Bérenger de boycott de l’Express. Malheureusement David prit sur lui de ne pas prévenir le Dr Forget, qui le lendemain, dimanche, apprit le boycott de son journal comme un simple membre du public, qui le matin va prendre livraison de son journal l’express et son pain, chez le boutiquier tenant pignon à l’avenue Sir Virgil Naz, Quatre-Bornes.

Ce fut un crime de lèse-majesté qui valut le lundi matin suivant à Jacques David, aussitôt le briefing quotidien, d’être limogé manu-militari pour n’avoir pas respecté une clause de son contrat d’embauche et moi les félicitations du rédacteur-en-chef et celles de mes collègues journalistes.

Cette nouvelle du boycott fut répercutée aux quatre coins du pays et par la MBC TV prenant relais à l’Express. Le lundi suivant au meeting régional du PAN, à Triolet, SSR brandissant une copie de l’express déclara au micro: ” Li parcors gagne pouvoir, Bérenger pé commence ménacer! Li pe menace banne lagazette. Est ki zotte pou donne li pouvoir? Refléchi bien avant zotte alle voter!” Mais le dès fut déjà tiré et quelques semaines après ce fut la marée mauve/blanche qui déferla sur le pays comme un tsunami.

Bien après la cassure de l’alliance MMM/PSM, un jour à Belle Terre, alors que les tractations pour une alliance bleu/Blanc/ Rouge furent avancées, le leader du PSM, Harish Boodhoo, me confia que mon reportage du meeting de Cinéma Milan causa une onde de choc au sein de l’alliance victorieuse et qu’à un certain moment les leaders SAJ, Bérenger et lui-même se doutèrent d’une possible défaite de l’alliance de l’opposition.

Ce fut quelques jours après le scoop de l’express que Lindsay Rivière, le présent chairman de Média Trust, organisme auquel moi aussi, il y a deux décennies et pendant 3 ans j’avais servi comme un des membres actif, daigna commenter dans un éditorial dans Le Mauricien dont il fut pendant plusieurs années le rédacteur en chef, pour évoquer la consigne de Bérenger du boycott de l’Express à l’adresse des militants. Et c’est ainsi durant la même semaine et lors du meeting régional de Centre de Flacq de l’alliance MMM/PSM Bérenger concéda qu’il dépassa les bornes au meeting de Milan et fit amende honorable en évoquant “son bezère caractère ” qui fut à l’origine de cette bévue.

Un peu plus de 34 ans après cet événement, il faut souligner qu’à l’époque la majorité des journalistes des grands titres de presse d’alors dont Le Mauricien et Week-End furent acquis à la cause de l’alliance MMM/PSM. Pour le dernier rassemblement de MMM/PSM au Champ de Mars qui attira une foule de plus de 50,000 personnes, on pouvait dénombre dans la foule plusieurs journalistes pour ne citer Pierrot Benoît, Josie Lebrasse, feu Michel Dedans, arborant leurs petits pavillons mauves/blancs. Pour rappel, Jean Marc Atchiane couvrit pour Week-End le meeting de La Louise et dans son texte, il n’osa faire mention de la consigne de boycott de Bérenger.

Je consigne ce fait aujourd’hui pour l’histoire et pour dénoncer la mémoire sélective de certains de mes confrères qui se passent aujourd’hui pour des démocrates et de partisans de la liberté de la presse!

Aussi quand j’ai appris ce mardi 21 juin, jour de la fête de la musique, dans ce même l’express l’article consacré à la consigne du Groupe La Sentinelle Ltée du boycott du Parlement à tous les journalistes indistinctement et ce, dans le sillage de la sanction infligée à une journaliste pigiste, Mme Touria Prayag, par la Speaker de l’Assemblée Nationale, Mme Maya Hanoomanjee, pour délit d’opinion sur sa personne, cela me fait rire.

C’est toujours la même chanson de disque rayé diffusée par une certaine section de la presse écrite et des partis de l’opposition traditionnelle. Je constate qu’après la réunion du Bureau politique du MMM lundi, le secrétaire général des mauves, Ajay Gunness, a déclaré que son parti ” a toujours défendu la liberté d’expression du pays et à ce titre, il a toujours été le “champion de la démocratie.”

L’alter égo de Bérenger a la mémoire courte quand Bérenger, alors Premier ministre, en apprenant que la police avait dispersé avec du gaz lacrimogène une foule des travailleurs de la zone franche en grève venue manifester devant la Victoria House, l’immeuble abritant le ministère du Travail et des Relations industrielles, avait déclaré:”SMF na pas là pou donne bibon!.” Faut-il rappeler qu’en juin 1982 après la grande victoire des 60 zéros lors de la prestation du serment des 60 élus MSM/PSM, MMM a eu recours à sa milice populaire pour empêcher les quatre correctifs de l’opposition en l’occurence Sir Gaëtan Duval, Fifi Gislaine Henry, Michael Glover et Mme L’Homme-Rousetty, d’avoir accès au Parlement pour prêter serment.

Je fus témoins devant le Government House, à la rue Royale, comment ces quatre Best Losers éprouvèrent des difficultés à se frayer un passage parmi la foule hostile et compacte et sous les quolibets de manifestants, pour accéder au Parlement. Par ailleurs parmi les premières mesures prises par le gouvernement MMM /PSM furent l’enlèvement des “entrenched clauses” dans notre Constitution, la loi suprême de Maurice, pour limoger sur le champ les grand commis de l’Etat qui furent entre autres : Bramaduth Ghoorah, Kanti Banymandhub et Hervé Duval, le frère de sir Gaëtan Duval et Matou Jean Roland Delaître, le directeur général de la MBC TV.

Par ailleurs le MMM se serva même de sa milice populaire pour faire disperser une manifestation des 15,000 travailleurs de “Quatre jours à Paris”, recrûtés pendant la campagne électorale pour travailler au sein de la défunte Development Works Corporation (DWC), et j’en passe. Il y a tant à écrire sur le non respect de la démocratie par ce même MMM pour lequel une certaine section de la presse aujourd’hui veut faire passer pour un enfant de cœur! En tant et lieu je puiserai dans mes archives de coupures de presse de ces 35 dernières années pour raconter la suite de ce feuilleton inépuisable du MMM en termes d’entraves liberticides à notre liberté démocratique!

Quant au Docteur Navinchandra Ramgoolam et au Parti Travailliste, eux non plus, sont mal placés pour faire la leçon de morale. Ramgoolam a la mémoire courte, de même que le groupe de la Sentinelle Ltée, une des victimes des mesures dictatoriales de son gouvernement fascisant. Ils oublient trop vite les mesures liberticides prises par le dernier gouvernement de Ramgoolam en vue de boycotter l’express en lui fermant le robinet de publicité gouvernementale au profit des seuls titres de presse, le défunt Le Matinal et Le Socialiste et en donnant la consigne à l’Information Service de l’Hôtel du Gouvernement pour que l’Express et les autres titres de presse de La Sentinelle Ltée, soient exclus à bord de notre ligne aérienne nationale, Air Mauritius Ltd.

Ramgoolam a également la mémoire courte: le jour du scrutin du 10 décembre 2014 à l’école du gouvernement de Mahesswarnath, à Triolet dans sa circonscription fétiche de No 5 Pamplemousses/Triolet, il donna l’ordre au Commissaire de Police d’alors Ramparsad, de transférer immédiatement un policier du polling pour avoir osé converser avec des agents de Lallians Lepep.

Comme quoi, “La morale a toujours servi aux gens qui n’en ont pas pour essayer de gouverner ceux qui en ont.” Malcolm de Chazal, notre génie nationale dixit dans son livre d’Aphorisme!

Posted by on Jun 22 2016. Filed under Actualités, En Direct, Featured, Opinion, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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