Politique locale et géopolitique internationale…les flous de 2017



Depuis l’indépendance, on n’a jamais eu, exception faite de l’année 1983, une situation aussi floue, brouillée et indécise sur le plan politique. Et le pire est qu’à l’inverse de 1983, où la situation s’était décantée assez vite finalement avec les législatives du 23 août (la crise ayant débuté en mars, avec la démission en masse de députés MMM du gouvernement), on vit, depuis plusieurs mois déjà, dans un état d’incertitude quasi permanent. Le départ précipité et inattendu du PMSD du gouvernement Lepep ne fait qu’accentuer la crise.

Cette conjoncture ayant pris véritablement naissance – il n’y avait, avant, que des on-dit et des spéculations – avec la possibilité, annoncée, en septembre dernier, par le Premier ministre lui-même, à la suite d’une question de la presse, de se retirer et de laisser la place, selon les dispositions de la Constitution mauricienne, au leader du parti majoritaire à l’Assemblée nationale, soit le MSM.

Même si légalement et constitutionnellement, personne ne pourra contester la nomination de Pravind Jugnauth, leader du MSM, au poste de Premier ministre une fois que sir Anerood aurait démissionné de ses fonctions, on ne pourra empêcher les uns et les autres, et surtout l’opposition, de contester et de «protester» contre cette possibilité.

Nous avons eu l’occasion de dire, à quelques reprises, que l’arrivée de Pravind Jugnauth à la primature serait bénéfique au pays dans les circonstances «actuelles» mais c’était en septembre-octobre derniers. Devant l’annonce surprise du Premier ministre, il y a eu, fait tout aussi surprenant, une adhésion plutôt générale à l’idée que le fils de sir Anerood prenne le relais non pas parce qu’il est son fils, bien entendu, mais parce qu’il est le leader et chef de file parlementaire du parti majoritaire de l’alliance Lepep.

Mais depuis la non réalisation de ce passage de témoin en octobre, l’effet «Pravind» semble s’estomper peu à peu dans l’opinion, ce qui ouvre la voie, incontestablement, aux voix de plus en plus audibles de l’opposition sur le «deal papa-piti». Un slogan que le Parti travailliste, challenger du moment de l’alliance Lepep – on fait ici abstraction de la nouvelle opposition PMSD car il faudra analyser sa stratégie dans les semaines à venir – crie sur tous les toits depuis des semaines.

«Sa, zis Bondie ki kone sa»

Face à la situation des plus incertaines quant à la démission de SAJ du poste de Premier ministre (il a confirmé, il y a peu, qu’il serait là pour le début des travaux du Metro Express, lors des célébrations de la fête nationale du 12 mars 2017), on est en droit de se demander quand véritablement le «vieux» se retirera pour laisser la place au «jeune».

La date de juin 2017 a été, un moment, largement véhiculée par la presse, après la déconvenue d’octobre 2016, mais comme sir Anerood l’a lui-même dit, à quelques reprises, ces derniers temps : «sa, zis Bondie ki kone sa» ! Et voilà pour notre curiosité, nos stratégies et prévisions…

N’empêche que face à cette situation de «vient-ne vient pas» ou plutôt de «oui-pas oui», les indicateurs ne peuvent afficher l’optimisme, cette sérénité et ce fameux feel good factor recherchés tant par la population et les ONG que par les capitaines d’industrie et le milieu des affaires.

Que peut nous réserver 2017 ? Si Pravind Jugnauth prenait les rênes en juin 2017 ou d’ici fin 2017 (après l’assemblée générale annuelle des Nations unies), ce serait définitivement un tournant majeur non seulement pour l’alliance gouvernementale mais aussi pour le pays car cela pourrait booster les affaires, changer les donnes, recomposer le paysage politique et damer ainsi le pion à l’opposition actuelle, même si ce ne sera pas aussi facile avec le nouveau positionnement du PMSD. Mais pour que cela soit une réalité, il est possible qu’on doive attendre la fin ou plutôt le dénouement de l’affaire dite Chagos.

Cette affaire «Chagos» risque bien de prolonger l’attente du leader du MSM car si le débat autour de la résolution sur la souveraineté mauricienne de l’archipel aurait lieu aux Nations unies, il est légitime de penser que cela serait en septembre ou octobre 2017. Or, après l’éventuelle adoption de la résolution mauricienne, le cas serait référé à la Cour internationale de justice (CIJ) qui, elle, prendrait le temps voulu, et le temps nécessaire surtout, avant de se prononcer. Il n’est pas exagéré d’avancer que ce serait en 2018, au plus tôt, que la CIJ se prononcerait à ce sujet.

C’est à se demander donc si c’est après le jugement de la CIJ que sir Anerood se retirerait et laisserait la place à Pravind Jugnauth ou s’il le ferait après l’éventuelle adoption de la résolution mauricienne aux Nations unies ? Zis Bondie ki kone, certes, mais face à une très probable entente PTr-PMSD, une éventuelle réunification de la grande famille militante, entre-temps, bouleverserait bien des choses…

L’épine du DPP

Un autre risque du prolongement de l’attente de Pravind Jugnauth en vue d’accéder au poste de Premier ministre est, comme nous l’avons déjà écrit il y a quelque temps, l’appel du Directeur des poursuites publiques (DPP) contre le jugement, en appel, de la Cour suprême, blanchissant Pravind Jugnauth dans la fameuse affaire de la clinique MedPoint.

Sur ce dossier, il y a encore du chemin à faire car il faut déjà que le DPP ait l’autorisation de la Cour suprême pour aller au Judicial Committee of the Privy Council de la reine, un de nos derniers legs du colonialisme britannique. Et si jamais la Cour suprême ne donnait pas l’autorisation au DPP d’aller au Privy Council, le bureau du DPP pourrait y aller directement en sollicitant l’autorisation du Privy Council pour contester le jugement de la Cour suprême.

Si le DPP obtient, enfin, l’autorisation voulue, il pourra plaider son cas et encore une fois, il n’est exagéré de dire que cela prendrait une bonne année ou plus avant de connaître le dénouement final dans cette affaire, c’est-à-dire le jugement du Privy Council. Ce qui nous ramènerait logiquement à 2018, voire début 2019…

Il va sans dire que si l’appel du DPP aboutissait à un résultat positif, la carrière politique de Pravind Jugnauth serait très largement compromise, pour ne pas dire terminée. Par contre, si le DPP devait perdre en appel, le leader du MSM aurait non seulement toute la légitimité voulue pour enfiler le manteau de Premier ministre (ou le maintenir s’il l’aura déjà enfilé) mais il serait parti pour probablement de longues années au bâtiment du Trésor…

Mais on est tous d’accord que le nombre important de «si» et l’overdose de l’usage du conditionnel ne riment pas avec stabilité et feel good factor, si essentiels pour l’électorat et la nation…

New World Order?

La nouvelle année grégorienne risque d’être des plus instables sur le plan international au vu de l’élection de Donald Trump aux États-Unis d’Amérique, de la grande possibilité de la mise en œuvre du Brexit en Europe, de l’incertitude de la prochaine présidentielle française avec une Marine Le Pen en très bonne position et de l’incertitude absolue de la crise syrienne, avec toutes les ramifications et conséquences possibles.

Nous pensons que Donald Trump, une fois installé à la Maison-Blanche, va se montrer plus conciliant et pragmatique, malgré ses positions extrêmes durant la campagne présidentielle. Mais c’est sans exclure la quasi certitude qu’il va se montrer intransigeant sur quelques promesses de sa campagne non seulement pour être consistant et crédible vis-à-vis de lui-même – même s’il est connu pour des virages à 180o – mais aussi pour satisfaire son électorat assoiffé de ses mesures populistes et radicales.

N’empêche que si le nouveau président Trump met en œuvre son programme, s’agissant de ses relations avec les musulmans, etc., les relations des États-Unis avec le monde arabo-musulman, et en particulier avec les monarchies du Golfe, risquent de changer substantiellement et ainsi poser les jalons d’une nouvelle géopolitique dans cette région du monde et potentiellement, dans tout le monde arabo-musulman. Les États-Unis iront-ils jusque-là ? Nous en doutons.

Même chose pour l’Asie-Pacifique. Si Barack Obama a été le maître d’œuvre du Trans-Pacific Partnership Agreement (TPPA), traité multilatéral de libre-échange historique signé en février dernier, Trump a déjà annoncé qu’il irait vers la rupture de cet accord et c’est tout le concept Indopacifique, encore une fois cher à l’administration Obama, qui est en jeu, pour ne pas dire en péril. Quelles seront les nouvelles relations des États-Unis avec le Pacifique et, en particulier, avec les «grands» pays signataires du TPPA tels l’Australie, le Japon et le Canada, entre autres ?

De toute évidence, Trump ne laisse pas indifférent et nous verrons bien, en cette année 2017, sa nouvelle politique étrangère – si nouvelle politique il y aura et qui démentirait, du même coup, la fameuse théorie du légendaire Brzezinski – qui devrait changer la carte géopolitique du monde.

Cette carte géopolitique justement qui sera encore plus altérée avec le Brexit du Royaume-Uni de l’Union européenne, la possible élection de Marine Le Pen a la prochaine présidentielle en France, en mai 2017, et surtout, avec l’incertitude la plus totale quant au règlement de la crise syrienne devenue, en quelques années, plus déterminante pour tout le Moyen-Orient et, peut-être même, pour le monde entier, que la crise israélo-palestinienne que, soit dit en passant, ni Bill Clinton ni Barack Obama n’ont pu résoudre malgré les bonnes intentions et actions entreprises par l’un et l’autre.

Le rôle de la Russie non seulement en Syrie mais ailleurs sera de plus en plus surveillé par la communauté internationale mais avec un président étasunien maintenant «ami» de la Russie et les fortes frappes promises par Trump contre les mouvements et factions de Daech seront tout aussi observées de près par les puissances du jour avec l’Iran rentré, depuis peu, dans les bons papiers de l’Occident.

Avec toutes ces possibilités et surtout, avec toutes ces incertitudes, un nouvel ordre mondial (New World Order) pourrait bien se profiler en 2017, avec une redistribution des cartes, comme à la fin de la Seconde Guerre mondiale ou comme après le démantèlement de l’empire soviétique et la chute du mur de Berlin…

2017 devrait donc être l’année des changements majeurs tant sur l’échiquier local qu’international.

Shafick OSMAN

Docteur en géopolitique (Paris-Sorbonne)

Membre, IORG (Australie) et SIOS (Inde)

 

SOURCE: LE XOURNAL 

 

 

 

 

 

Posted by on Jan 3 2017. Filed under Actualités, En Direct, Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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