Redécoupage des circonscriptions… Les Mauriciens pas sur la même longueur d’onde



Après les propositions du Premier ministre, Pravind Jugnauth, concernant la réforme électorale, les débats sur le redécoupage des circonscriptions ont refait surface depuis quelques semaines à tel point que certains politiciens ont jugé utile d’aller déposer devant l’Electoral Boundaries Commission (EBC). Si certains leaders politiques, observateurs et syndicalistes estiment qu’il faut d’abord changer la Constitution pour aller de l’avant avec ce projet, d’autres par contre réclament le retour à 40 circonscriptions pour Maurice à deux députés chacune (1 homme et une femme).

Il faut aussi souligner que certains spécialistes en la matière, en se basant sur le nombre d’électeurs dans une petite circonscription qui compte trois députés tout comme dans une grande circonscription, laissent entendre qu’il faut tout simplement diviser le nombre d’électeurs des 20 circonscriptions de l’île et le diviser ensuite par 2 pour pouvoir départager les 20 circonscriptions de notre pays. Il convient de souligner qu’avant l’indépendance, Maurice comptait en effet 40 circonscriptions.

C’est dans cette conjoncture que Le Xournal a sollicité les impressions d’un responsable de Lalit, Mme Lindsey Collen, du président de la Fédération des syndicats du secteur public (FSSP), Rashid Imrith, du Directeur de Greenaco/IOCD International, Boopen Doobah (également chercheur, socio-économiste et observateur politique) et d’un ancien ministre du Logement, Eliézer François (également leader du Mouvement Authentique Mauricien (MAM).)

Lindsey Collen 

« La délimitation des circonscriptions de l’île marche de pair avec la réforme électorale »

L’un des responsables du mouvement Lalit, Mme Lindsey Collen, est d’avis que la délimitation des circonscriptions de l’île marche de pair avec la réforme électorale. « Pas capave faire redécoupage des circonscriptions bona vini », dit-elle.

Notre interlocutrice a aussi affirmé qu’il faut beaucoup réfléchir et dégager un consensus pour procéder à une délimitation des circonscriptions de notre pays. « Il n’est pas évident de faire une délimitation comme certains partis politiques le font croire », ajoute Lindsey Collen qui fait comprendre que tous ceux qui se prononcent en faveur, soit uniquement sur le redécoupage, n’ont pas une grande connaissance en la matière.

Lindsey Collen a fait ressortir que le degré de communalisme qui existe bel et bien depuis l’ère coloniale a mis l’accent sur la balance politique.

Elle a aussi laissé entendre qu’on ne peut changer la Constitution de notre pays afin de faire plaisir de certaines personnes et des leaders politiques.

Rashid Imrith 

« Il faut analyser la philosophie derrière la création des 21 circonscriptions »

Le président de la Fédération des syndicats du secteur public (FSSP), Rashid Imrith, laisse entendre qu’il faut avant tout savoir quand et pourquoi les autorités concernées avaient fait une proposition des 21 circonscriptions et quelles régions elles avaient couvertes. « On doit aussi savoir les autres philosophies quand il avait des redécoupages électoraux. Il fait avoir des explications sur le pourquoi des petites circonscriptions comprenant moins d’électeurs et des grandes circonscriptions alors que les deux comptent trois députés. En l’absence d’une philosophie, il sera difficile de comprendre celle des responsables du redécoupage des 21 circonscriptions de l’île », dit-il.

Le syndicaliste affirme également qu’il y a perception au sein de la population qu’il y a certaines circonscriptions qui comptent moins d’électeurs par rapport à d’autres qui en ont beaucoup plus.

Rashid Imrith affirme aussi qu’il ne faut pas décider d’un redécoupage électoral en prônant une politique partisane. Selon lui, il est important de plancher sur une  démocratisation des circonscriptions, surtout celles qui ne sont pas assez représentées relativement aux autres. « Le nombre d’électeurs dans une circonscription est important et on doit faire de façon objective l’exercice d’un redécoupage électoral à la vieille des élections générales », souligne le syndicaliste qui a fait comprendre que tous les partis politiques, les autorités concernées et ceux intéressés doivent être représentés auprès de la ‘Electoral Boundaries Commission (EBC). « Cette commission doit venir avec un ‘draft’ et on doit débattre des propositions de l’EBC. Malheureusement, les élections générales sont derrière la porte », ajoute-t-il.

Le président de la FSSP maintient aussi qu’il faut revoir de fond en comble les clauses de notre Constitution.

Eliézer François 

« Le redécoupage électoral est un ‘must’ pour le pays »

Le président du Mouvement Authentique Mauricien (MAM), Eliézer François, a déclaré que le redécoupage électoral est un ‘must’. Selon ce dernier, les débats sur la réforme électorale, la représentation proportionnelle, la ‘party list, la représentation féminine ou le nombre de femmes ou hommes, les financements politiques ainsi que l’augmentation du nombre de députés à l’Assemblée nationale ne sont pas nécessaires. « Chaque parti politique ou individu doit assumer sa part de responsabilité », dit-il.

Soulignant qu’il y a une représentation féminine dans tous les pays démocratiques, il a laissé entendre qu’on ne peut imposer l’idée du président de la France, Emmanuel Macron, qui mise sur une représentation féminine au Parlement.

Le leader du MAM estime aussi qu’il n’est pas approprié et juste que certaines circonscriptions se retrouvent avec 18 000 électeurs et d’autres avec 52 000. « En plus, tous doivent voter pour trois députés. Le rééquilibrage dans le nombre d’électeurs s’avère nécessaire pour la bonne marche de la démocratie », ajoute notre interlocuteur qui ajoute qu’il faudrait réduire le nombre d’élus à deux par circonscription, qui selon lui, est largement suffisant.

Eliézer François laisse également entendre qu’on ne peut changer la Constitution de notre pays. « Pour moi, le changement de notre Constitution serait une farce », ajoute-t-il.

L’ancien ministre du Logement s’est, par ailleurs, prononcé contre la décision de ‘Rezistance Ek Alternative’ de contester l’obligation faite à un candidat de décliner son appartenance ethnique. « Maurice a ses propres spécificités tout comme plusieurs pays. Cela est nécessaire pour choisir les candidats selon le Best Loser System. On ne doit pas abolir le Best Loser System (BSL). L’abolition du BSL entraînera beaucoup de problèmes dans le pays », a-t-il conclu.

Boopen Doobah 

« La réforme électorale permettra à Maurice de consolider son identité républicaine et territoriale »

Le  Directeur de Greenaco/IOCD International (également chercheur, socio économiste et observateur politique), Boopen Doobah, soutient que la vie politique d’un pays est liée à son mode de scrutin en vigueur et ses effets vont au-delà de la simple transformation des voix en sièges, s’exerçant sur les stratégies des forces politiques tout comme sur le vote des électeurs. « La République de Maurice passe par une transition sérieuse, que ce soit au niveau de son économie, que ceux de sa société et de sa culture. Depuis son indépendance en 1968, notre pays a su faire preuve de consistance et de résilience face aux nombreux défis. Aujourd’hui  le pays est cité comme exemple à travers le monde, mais aussi en tant que champion économique africain », ajoute-t-il.

Ainsi, il est grand temps pour le pays de réfléchir sur son système électoral après avoir vécu un colonialisme constructif, une indépendance remarquable et une autonomie républicaine propre à lui. « Le peuple mauricien est fin prêt à prendre son destin en main. A mon avis, la réforme électorale devient de plus en plus évidente : d’abord, pour consolider son identité républicaine et territoriale, mais aussi pour s’assurer que toutes les couches de la population trouvent leur expression et leur position dans une île moderne et avant-gardiste », ajoute-t-il.

L’île Maurice inclusive gagnerait en intégrant une dose de représentation proportionnelle, qui permettrait à toutes les composantes de la société mauricienne de s’exprimer librement mais constructivement, tout en tenant compte de notre riche pluralité culturelle, si chère à nous et ceux qui nous visitent, ainsi qu’à notre industrie touristique, si prospère.

Parlant du découpage électoral, notre interlocuteur ajoute que l’objectif devrait être inclusif, représentatif et numériquement homogène pour aboutir à une juste proportionnalité dans la représentation de l’électorat.

 

 

 

 

 

Posted by on Oct 8 2018. Filed under Actualités, En Direct, Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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