Après plus de vingt-deux ans de bataille juridique
L’appel de Premchandra Bissonauth entendu devant le Conseil Privé
Sanjeev Teeluckdharry croise le fer avec l’avocat du bar council, Me Rishi Pursem
L’appel a été entendu le jeudi 22 novembre dernier devant les Law Lords Wilson, Kitchin et Lady Black. Il était représenté par son avocat Me Sanjeev Teeluckdharry et son avoué Me Robin Lloyds assistés par Me Anoup Goodary. Pendant une heure et demie de plaidoirie, l’avocat a torpillé la SIFB pour sa mauvaise foi tout au long de cette affaire et a critiqué les failles dans le système judiciaire à Maurice. La SIFB était représentée par Me Rishi Pursem assisté de Me David Miles, Me André Robert, Me Bilshan Nursimulu et Me Raymond d’Unienville QC.
Premchandra Bissonauth, aujourd’hui âgé de 72 ans, est un homme aigri et brisé mais il poursuit sans relâche son combat contre la Sugar Insurance Fund Board (SIFB). Cette institution l’avait limogé en 1996. Il avait alors 50 ans. Il a été licencié injustement, sans comité disciplinaire, “without any hearing and without any compensation after 28 years of unblemished service for a work unrelated incident which occurred 5 years earlier in 1991 on a non-working day, 11 miles away from his place of work.”
« Toutes ces défaites ne m’ont pas affaibli. Au contraire, je n’ai pas abandonné. J’ai toujours eu le courage de continuer. Au lieu de me payer mon dû, la SIFB préfère payer des dizaines de millions en honoraires pour résister à ma réclamation, mes supplications et mes appels. Je suis physiquement épuisé mais j’ai toujours le moral pour continuer ma croisade contre le SIFB et contre l’injustice. Heureusement mon avocat, Me Sanjeev Teeluckdharry a accepté de me défendre bro bono. »
Le septuagénaire déplore le fait d’avoir été licencié sans aucune raison 22 ans de cela.
« Il n’y a pas eu de comité disciplinaire. Je suis un professionnel. On m’a limogé sans aucune raison ». D’où son combat en justice.
Il avait déposé une plainte, en janvier 1997 en Cour industrielle, pour réclamer une compensation de Rs 4 209 228.20 pour licenciement injustifié, Severance Allowance at punitive rate, après 28 ans de service.
S’ensuivit alors toute une série d’actions légales auxquelles Premchandra Bissonauth a essuyé plusieurs défaites devant les tribunaux mauriciens. Il a néanmoins persévéré et le 7 décembre 2017, il a finalement obtenu l’autorisation de faire appel au Privy Council à la suite d’une application for Special Leave faite en dernier recours par son avocat Me Sanjeev Teeluckdharry.
Né dans le village de Nouvelle Découverte, d’un père boutiquier et d’une mère, femme au foyer, Premchandra Bissonauth a toujours été bien encadré. Troisième d’une fratrie de cinq enfants, il a bénéficié d’une bonne éducation malgré la situation précaire dans laquelle vivait sa famille.
À 17 ans, il fut sélectionné parmi 17 candidats pour intégrer le collège de l’agriculture. À 20 ans, il complète ses études tertiaires et est employé comme Senior Test Chemist. C’est en 1969 qu’il intègre la Sugar Insurance Fund Board. Et en 1994, il devient Deputy General Manage
Marié et père de deux enfants, Premchandra Bissonauth raconte que sa vie a chamboulé du jour au lendemain à la suite de son limogeage. En décembre 2002, il obtient la somme de Rs 570 299,75. « Cela a été très difficile de subvenir aux besoins de la famille. D’autant plus que mes enfants entamaient leurs études. Il y a des jours ou j’étais désespéré. ». Il se dit toutefois fier que ses deux enfants ont pu traverser ces épreuves et sont désormais des professionnels aujourd’hui.
Il ne cache pas qu’il a en vain cherché d’autres boulots pour donner suite à son licenciement. « Ils n’ont pas voulu m’employer me disant que je suis trop qualifié » dit-il.
Ce dernier dit avoir beaucoup compté sur le soutien de ses proches, voisins et amis pour mener son combat et nourrir sa famille. La famille, mon épouse et moi-même avons souffert un calvaire inimaginable pendant toutes ces années
« Notre système judiciaire a besoin de réforme en profondeur. Dans mon cas, la Cour s’est trompée, the Courts in Mauritius were consistently and demonstrably wrong. Nous avons peut-être besoin de juges anglais ou même indiens pour rehausser le niveau. C’est un véritable parcours de combattant pour le citoyen pour obtenir la justice. Je vous dis : I spent the best part of my life in trying in vain to vindicate my rights before the Courts in Mauritius. Justice delayed is sometimes worse than injustice…”, martèle notre interlocuteur.












