François Guibert, CEO de l’Economic Development Board (EDB)… Des investissements directs de Rs 19, 9 milliards attendus en 2019



C’est ce qu’il dévoile dans son plan d’action lancé mardi dernier. Même si l’économie mondiale ne démontre pas de signes de croissance exceptionnelle cette année, le patron de l’EDB est d’avis que cet objectif peut être atteint si on arrive à prendre des parts de marchés des économies qui affichent une bonne croissance.  Dans l’interview qui suit, François Guibert parle de la nécessité de privilégier le Branding Business for Mauritius, sans pourtant gâcher l’image de marque de Maurice sur le plan touristique. Les chiffres, dit-il, indiquent que les bases de Maurice sont saines et c’est pourquoi il est important d’accéder à un nouveau palier de développement à travers la diversification, l’innovation et la valorisation des accords existants avec divers pays avec lesquels Maurice a signé des traités pour le développement des zones économiques.

                                                Propos recueillis par Jean-Denis Permal

Que fait l’EDB pour améliorer la visibilité de Maurice sur le plan international ?

Pour l’Europe, nous avons une stratégie en deux volets. La première, consolider nos assises avec les pays existants tels que l’Italie, la France, l’Allemagne, etc. Il faut diversifier davantage car l’Europe n’est pas composée que de trois pays. On devrait pouvoir travailler avec l’Espagne, les pays de l’Est et nordiques. On va donc continuer à approfondir nos relations avec les trois grands pays habituels et puis ensuite diversifier nos activités dans 27 pays européens. On sait que la situation sera plus difficile que prévue en Europe et c’est pourquoi on prévoit de faire des choses dans d’autres régions. On a donc des projets qui proviennent de la Chine, du Japon, de l’Australie, de l’Afrique du Sud et de la Russie. On essaie donc d’agrandir nos périmètres. Je pense aussi que nous avons des atouts avec Madagascar qu’il faut exploiter davantage.

Quels sont les priorités de l’EDB pour 2019 ?

Pour commencer, nous avons réuni quatre identités sous un seul toit. Il s’agit du Trade Investment Promotion, Statistic Economic Planing, Business facilitation et le Country Branding. Ce sont les quatre axes majeurs de responsabilité de l’EDB. Pour 2018, 100 projets ont été entérinés, 42 dans le secteur manufacturier dont la majorité se trouve dans le parc industriel de Riche-Terre, à Rose-Belle pour le secteur biomédical, à Côte d’or et à Palma. Nous avons atteint le club du G20 dans la catégorie Ease of Doing Business. Nous étions classe 25e en 2019 dans ce classement de la Banque mondiale. Nous avons réalisé Rs 14,9 milliards pour le Foreign Direct Investment en 2018 et Rs 196 milliards pour la totalité de nos exportations.

On dispose de Rs 64 milliards de projets pour la période 2019-2022 dans les secteurs agro-industrie, Health care, manufacturier, économie  océanique, et l’hospitalité. Nous avons aussi un plan d’action pour progresser dans le classement de Ease of Doing Business. Il faut donc commencer à accélérer ce qui marche bien dans le haut de gamme, surtout dans le textile, le secteur financier, la pêche, etc.Il faut aussi diversifier dans les secteurs qui ont un potentiel de croissance, tels que la l’industrie pharmaceutique et le transport.

Ensuite, il faut innover dans les domaines de l’intelligence artificielle et les télécommunications. Il faut concrétiser les choses de façon rapide. A cet effet, nous sommes en train de renforcer notre présence sur le terrain. A la fin de novembre dernier, nous avons signé un accord avec le ministère des Affaires étrangères pour que les conseillers économiques des ambassades travaillent essentiellement pour l’EDB. Ils seront nos bras droits sur le terrain notamment aux Etats-Unis, à Londres, en Suisse, en Russie et en Australie. En Chine, nous sommes en train d’ouvrir un bureau de l’EDB à Shanghai. L’objectif est de créer un réseau dans les grandes villes. Ensuite, le Customer Request Management, nous allons faire un suivi professionnel de chaque visite officielle.

Nous allons accroître notre présence dans les foires et expositions, dans les conférences pour l’investissement. Nous savons tous qu’il y a trois grands blocs tels que l’Inde, l’Europe et la Chine. Nous allons effectuer une percée au Japon, à Singapour, en Australie pour notre stratégie en Afrique. Nous allons donc participer au CEO Forum du Rwanda, qui est un compétiteur très significatif. Nous voulons montrer que nous sommes aussi à la pointe du développement de cette partie du monde. Nous allons également être présents à l’Investment meeting de Dubaï, et â une conférence internationale au Japon.

Nous sommes classés 20e dans le Ranking de Ease of Doing Business. Pensez-vous que Maurice va améliorer son score en 2019 ?

Cette partie a été prise en charge par un comité interministériel présidé par le Premier ministre, Pravind Jugnauth. C’est bien dans ce sens que nous sommes appelés à travailler avec les entités de tous les ministères. Cela nous permettra d’avoir plus de dialogue avec divers partenaires tels que la police, les services de l’immigration, de la douane et avec les gens qui sont concernés par les permis de construction. Notre propre organisation est maintenant chapeautée par un comité interministériel. Au niveau du Country Branding, ce n’est pas si facile.

Nous avons une bonne image sur le plan touristique. On veut venir de l’avant avec le concept de Branding Mauritius for Business. Il faut vendre avec tous les investisseurs sur le plan mondial la place de Maurice dans beaucoup d’industries pour justement pénétrer le marché africain. Un Steering Committee avec l’ensemble des parties prenantes a été mis sur pied. Nous allons lancer un appel d’offres pour avoir un Country Branding Specialist, pour être sûrs que l’on trouve une formule pour positionner Maurice sur le plan mondial à la fois dans le tourisme et dans le business.

Le challenge est que l’économie mondiale n’est pas aussi favorable. Le World Economic Prospect de janvier l’a clairement indiqué. Il faut donc obtenir des parts de marché par rapport à l’ensemble de la compétition. En Afrique, il y a des pays qui ont une croissance intéressante.7,3% pour la Cote d’ivoire, 7.3% pour le Ghana, Madagascar 5,5 à 6.6%, Voilà des pays avec lesquels nous avons des accords entre les gouvernements pour développer des Special Econiomic Zones afin d’amener des investisseurs en Afrique.

Pourquoi selon vous les investisseurs viendront à Maurice alors qu’ils peuvent aller directement en Afrique ?

Je dois dire qu’ils peuvent le faire sur le plan manufacturier pour être plus près de leurs clients. Par contre, il y a un nombre de fonctions tels que la finance, l’information, et les ressources humaines. Maurice a tout cela à offrir. On peut gérer d’ici l’ensemble de ces fonctions pour l’ensemble des pays africains, plus particulièrement sur la côte est. Pourquoi vont-ils venir à Maurice ? C’est parce qu’ici il y a un certain nombre d’avantages que l’on a par rapport à d’autres pays africains. Nous avons un bon niveau d’éducation, la stabilité politique, un bon niveau de sécurité, on est 20e et premier en Afrique dans la catégorie de Ease of Doing Business, le Free Movement of Capital qui est très difficile pour l’ensemble des opérateurs en Afrique. Certains pays africains peuvent avoir quelques-uns de ces ingrédients, mais nous les avons tous. En sus de cela, nous avons des accords avec des grands tels que le Sénégal, le Ghana, les Comores et Madagascar pour créer des activités dans le Manufacturing, les services, le shopping dans ces zones économiques.

Pensez-vous que l’EDB va également s’appesantir sur l’industrie cinématographique en 2019 ?

C’est un secteur très important pour moi, qui a plein de potentiel de développement. Nous allons travailler sur plusieurs choses. Le studio, les écoles pour les acteurs, les techniciens, la production et le Shooting. On espère faire quelque chose de très positif pour l’île Maurice.

Est-ce qu’il y a une stratégie pour le développement de nos relations commerciales avec les pays de la région ?

Pour moi, c’est un point évident. J’ai envoyé quelques-uns de mes adjoints à la Réunion récemment dans une réunion avec les pays conjoints de l’océan Indien. Madagascar, en passant par la Réunion, les Seychelles et les Comores, où nous avons une stratégie en permanence. On se rend compte que des gens à la Réunion veulent investir en Afrique à travers Maurice. Aux Seychelles, je peux dire qu’il y a une certaine compétition. C’est très bien, cela donne le tempo pour mieux se développer à l’avenir. Nous avons aussi d’excellentes relations diplomatiques avec les pays de la région. Il y a des réunions permanentes et des Working Groups.

Et le secteur de la pêche ?

Il faut développer ce secteur davantage. Je suis un peu surpris car depuis que je suis arrivé, je pensais qu’il y aurait plus de choses sur les produits de la pêche.

Comment allez-vous améliorer la connectivité ?

C’est un challenge. Il y a des vols sur Singapour et Shanghai mais ce n’est pas assez. On pourrait faire mieux. On espère bien créer sur la Chine une équipe qui sera proche des investisseurs et participer à beaucoup d’expos sur le Food & Beverages. On veut travailler davantage avec la Chine, qui est un partenaire extrêmement efficace.

Quel sera selon vous le taux de croissance idéal pour 2019 pour le développement de Maurice ?

J’espère bien que si l’on développe bien le FDI et nos exportations, on va faire mieux, Ce serait souhaitable. On met toute notre énergie pour attirer les investisseurs et faciliter les exportations des produits mauriciens. C’est notre but essentiel.

Est-ce qu’il y aura des mesures pour contrecarrer les désinvestissements à la bourse ?

Je pense que la bourse de Maurice fait beaucoup d’efforts pour pouvoir lister de plus en plus de compagnies en provenance de l’Afrique du Sud, de l’Australie ainsi que d’autres pays de la région.

En ce qui concerne le Branding, plusieurs pays s’associent avec de grandes équipes dans le domaine sportif, comme en Premier League, pour avoir plus de visibilité. Avez- vous songé à cette approche ?

Il y aura une compagnie, un spécialiste du Branding qui travaillera sur le dossier. On aura un Working Group avec des gens très créatifs qui vont trouver l’image qu’il faut pour Maurice sur le plan touristique et le business.

Et le secteur de l’immobilier ?

47% des investissements dans le FDI proviennent du secteur immobilier. C’est un secteur qui se porte bien pour la construction des bureaux, des activités commerciales, etc. L’immobilier, ce n’est pas seulement la construction des villas pour les touristes. C’est quand même un secteur très important. En général, lorsque le secteur de l’immobilier se porte bien, le pays va bien.

Posted by on Feb 6 2019. Filed under Actualités, En Direct, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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