Interview Soondress Sawmynaden, président de l’Association des Recteurs



« Il n’y a  pas de mauvais élèves mais de mauvais parents»

  •  « Avoir cinq Credits, ce n’est pas la mer à  boire »

C’est ce que soutient Soondress Sawmynaden, président de l’Association des Recteurs et recteur du collège Dr Maurice Curé. Dans l’interview qui suit, il attribue la baisse de niveau dans les collèges à l’utilisation accrue des réseaux sociaux pour des besoins personnels et le manque d’intérêt des parents dans la réussite de leurs enfants. Il trouve aussi que la gratuité au niveau des études supérieures est une bonne chose mais toujours est-il qu’il faut revoir le niveau salarial pour qu’ils puissent venir à  Maurice, car, dit-il, nous avons   une population vieillissante.

Propos recueillis par Jean-Denis Permal

Quel constat faites-vous par rapport aux derniers résultats du Higher School Certificate (HSC) ?

Je constate que les collèges d’Etat ont amélioré leurs résultats. Les collèges régionaux également affichent une bonne santé. C’est un bon signe et cela grâce à la reforme. Je pense que plus tard tous les collèges régionaux deviendront tous ou presque du même niveau. Ce qui est bon pour le secteur éducatif. Cependant, lorsqu’on parle des lauréats,  avec l’avènement des Académies, il y a  une forte probabilité que la crème du monde éducatif va s’y retrouver. C’est pourquoi, je dis qu’il faut trouver un système qui encouragera les élèves à  fréquenter les collèges régionaux. L’avantage avec la régionalisation est que les élèves sont plus proches de leur  lieu de résidence. Donc, ils seront plus à  l’aise parce qu’ils n’auront pas à  parcourir une longue distance pour aller à  l’école et en sus de cela,  éviteront ainsi un changement dans leur environnement immédiat qui pourrait avoir des conséquences négatives sur leurs performances et leurs études. Les résultats aujourd’hui ont prouvé que vous pouvez être n’importe où et avoir de bons résultats avec l’encadrement nécessaire.

Qu’en est-il de la question des 5 Credits ?

Je suis convaincu que pour accéder au HSC, il faut avoir cinq Credits. Ce n’est pas la mer à Je m’explique. Si on met à la disposition de l’enfant un choix de sujets où il se sent à  l’aise, obtenir cinq Credits n’est pas difficile. Par contre, avec l’actuel système, le choix de sujets est imposé. Les enfants n’ont pas vraiment de choix. Ce système rend dure la vie des enfants. Le ministère de l’éducation doit trouver un moyen pour ouvrir ce choix et en même temps introduire de nouveaux sujets tels que la psychologie, les langues étrangères telles que l’allemand, etc…Avec un tel choix, l’enfant ne va pas éprouver des difficultés à  obtenir cinq Credits. Au niveau du HSC, ils auront aussi un grand choix de sujets. Il est vrai que notre système est académique et c’est pourquoi il faut le changer afin de mettre à  la disposition des enfants beaucoup plus d’activités pour qu’ils puissent avoir un développement complet dans les institutions scolaires afin d’affronter la vie. C’est du Life-Long Learning. Le gouvernement est venu aussi avec la filière polytechnique. À  ce niveau, une grande campagne s’impose auprès des parents. Il faut vulgariser ce secteur pour que l’enfant constate qu’il y a  un grand avenir dans ce domaine. Au fait, il y a plus d’avenir dans la filière technique qu’académique. Les parents doivent commencer à  comprendre que l’avenir ne se trouve pas uniquement dans la filière académique. Pour moi, la filière technique promet un plus bel avenir dans les années à  venir.

Comment expliquer le fait que la suprématie du Queen Elizabeth College commence à prendre du plomb dans l’aile ?

Je ne suis pas en train de défier le QEC. Mais moi, lorsque je venu au collège Dr Maurice Curé, j’ai dit à mes élèves, que la majorité des enfants qui ont pris part aux examens du CPE, voulaient avoir le QEC. Les enfants qui n’ont pu fréquenter ce collège, sont venus ici. Mais ils sont aussi bons que ceux qui fréquentent le QEC. Ils doivent donc être en mesure de Perform equally or better. C’est un défi qu’il fallait relever. L’année dernière, nous avons obtenu quatre lauréats. J’ai dit à mes élèves que maintenant le défi, c’est d’avoir plus que quatre. Depuis que je suis arrivé en 2017, j’ai dit à  mes élèves qu’il faut qu’en 2020, ce collège caracole en tête avec le plus grand nombre de lauréats dans le pays. C’est une question de motivation, d’encadrement et de Management by relations. Moi, je ne crois plus dans la gestion autoritaire. Il faut une gestion dans le consensus. Aujourd’hui, j’ai pu créer un environnement où les professeurs, les élèves et d’autres employés de l’école sentent qu’ils font partie d’une seule équipe qui regarde dans la même direction. On donne la chance à nos élèves de participer dans un maximum d’activités tels que les compétitions de dessins, Model United Nations, etc.. Nos élèves ont droit à  un développement complet. Il y a  toujours une filière où un enfant se sent à  l’aise pour vaincre sa timidité. Le théâtre par exemple. Il n’y a pas vu beaucoup d’écoles adopter cette activité. Je l’ai introduite lorsque je suis venu ici. C’est une question de  motivation, de travail d’équipe. Nos élèves ont le potentiel. Je ne suis pas en train de challenge le QEC. I’m challenging my students.

Le sentiment général est que le niveau est en train de baisser dans les collèges. Partagez-vous cet avis?

C’est vrai. Le niveau est en baisse. Si je mets l’emphase sur la qualité des résultats, il y a vraiment eu une amélioration en ce qui concerne la qualité à Maurice Curé mais en général, il y a  eu une baisse dans la qualité des résultats. Cela est dû au fait que nos jeunes perdent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux. J’ai eu l’occasion de faire part de mon appréhension aux parents qui sont venus me voir. Dans toutes mes assemblées, je n’hésite pas à  attirer l’attention de mes élèves que les réseaux sociaux sont un très bon outil dont il faut s’en servir à  bon escient. C’est devenu un gros problème. Si chaque étudiant perd un minimum de deux heures par jour sur les réseaux sociaux, ils ne pourront jamais le récupérer. Il y a aussi la responsabilité des parents. Je comprends que les parents travaillent et qu’ils n’ont pas le temps pour leurs enfants. Mais, ils ne font pas un suivi de la performance de leurs enfants. Lorsque j’organise des réunions de la Parent Teachers’ Association, je constate que moins de 10 % des parents font le déplacement. Ceux qui viennent dans ces réunions sont concernés par la performance de leurs enfants. C’est une indication que le reste des parents qui ne sont pas venus, que c’est à  l’enfant de se débrouiller. Pour eux, la performance d’un élève  relève de la responsabilité  de l’école.  Je pense que si tous les parents, rencontrent les profs, et s’assurent d’un suivi de leurs enfants. la performance ira en s’améliorant. De nos jours, les parents font le déplacement lorsqu’il y a  une querelle entre élèves. Ils se déplacement rapidement et parfois à  l’improviste. Mais par contre, lorsque le collège demande aux parents de faire le déplacement, ils affirment qu’ils n’ont pas le temps ou encore qu’ils travaillent. C’est un peu l’état d’esprit des parents. Moi, je le dis sans ambages, il n’y a  pas de mauvais élèves mais de mauvais parents.  C’est pourquoi nous nous retrouvons dans une situation où il y a  une baisse dans la qualité des résultats. Aussi, si on analyse les statistiques, on constate que la baisse dans le niveau a démarré à  partir de 2012 lorsqu’on est venu dire qu’il faut au moins 3 Credits pour accéder au HSC. Un élève qui entend cela, va faire l’effort pour obtenir seulement ce résultat. Mais il ne réalise pas ce qu’il attend devant. Moi, j’avais dit à  l’époque que le 3 Credits est un cadeau empoisonné. Voila le résultat maintenant. Lorsqu’on va repousser le niveau à  5 Credits, on va constater à  ce moment-là que les élèves vont faire plus d’efforts. Rien n’est gagné sans effort de toute façon. Si on effectue une enquête auprès des Lecturers des universités, vous allez être choqué. La majorité d’entre eux dit qu’il est difficile de travailler avec les élèves qui n’ont pas une bonne base académique au niveau du SC. Ces enfants n’ont pas envie de faire des efforts. En sus de cela, les parents sont venus plus matérialistes au lieu d’inculquer des valeurs à leurs enfants. Les jeunes deviennent de plus en plus égoïstes. Avec les réseaux sociaux, ils font fi des subtilités sociales. Ils se font des amis sur facebook, sans connaître la personne. Même dans les restaurants, un enfant communique sur les réseaux sociaux lorsque les parents sont assis à  la même table. Le Chat sur les réseaux sociaux a  contribué également à  une baisse dans le niveau des langues. Ils utilisent du vocabulaire SMS. C’est un gros problème. Les jeunes ne lisent pas assez. Il est vrai qu’il y a beaucoup d’informations sur l’internet. Mais ce n’est pas pareil lorsque vous lisez un livre. Je pense qu’il est grand temps de venir maintenant avec le concept de l’école des parents. Une école qui explique aux parents la façon d’éduquer leurs enfants. Au fait, l’enfant commence à  perdre le lien familial dès qu’un parent l’admet dans une crèche. Il y a aussi beaucoup de divorces parmi les jeunes. Ils ne réalisent pas que c’est l’enfant qui va souffrir. Parfois, on constate que dans une école plus de 25% des parents des élèves sont divorcés. Les parents ne vivent pas sous le même toit. L’enfant n’a pas de domicile fixe. Il fait le va-et-vient entre la maman, le papa, ou la grand-mère. En sus de cela, les parents sont à couteaux tirés. Lorsqu’on téléphone à  la mère, elle dit qu’il faut contacter son père et vice-versa. Finalement, la situation devient difficile pour l’enfant. L’ancien juge, Paul Lam Shang Leen, a d’ailleurs recommandé dans son rapport qu’il faut qu’il y ait un psychologue à  plein temps dans toutes les écoles aussi bien qu’un Welfare Officer qui soit en mesure de résoudre les problèmes des enfants. Il y a  déjà un système de Parental Care dans les collèges d’état qu’il faut valoriser. À  travers ce système, on a pu découvrir des cas d’abus sexuels. Avant d’obtenir une telle information auprès d’un enfant n’est pas facile. Mais avec l’aide d’un psychologue, cette tâche deviendra facile. Nos profs également n’ont pas suffisamment de temps pour s’occuper des problèmes personnels de l’enfant car ils ont un programme à  compléter. Le School Superintendant est tellement débordé par le travail administratif qu’il n’a  pas assez de temps pour s’occuper des problèmes de société de nos jours. Il est bon que le gouvernement vienne de l’avant avec le concept de Welfare Officer pour s’occuper des enfants des parents divorcés. Les enfants qui ont ce problème et qui viennent à  l’école pour subir un bourrage académique finissent par se défouler à  travers la violence. Il suffit d’un simple problème pour que l’enfant devienne violent. Tout le monde a  vu sur les réseaux sociaux, deux étudiantes se bagarrer en pleine rue et leurs amis s’amuser. Ils ne sont pas intervenus. Mais ils diffusent cette scène sur les réseaux sociaux. Ce  qui est dangereux est que les jeunes soient indifférents. Ils s’amusent. Pourquoi ? C’est une situation alarmante. Si on ne prend pas des mesures maintenant, nous allons vers une société qu’il sera difficile de gérer dans un proche avenir.

La drogue de synthèse est-elle un problème dans les collèges ?Il faut prendre des précautions. Il faut des campagnes sur les effets néfastes de la drogue. Il faut mettre à la disposition des collèges des personnes d’expérience. Pour l’Académie, je ne sais s’il est fait  provision de la musique et du théâtre, etc…Ainsi, les enfants qui prennent part au National Certificate of Education en 2020, auront l’occasion de faire leur entrée dans une Académie selon des critères. Il y aura donc un nouveau modèle de Management. Valeur du jour, il n’y a  pas encore des discussions sur le type de Management. Je pense qu’il y a  un peu de retard à  ce niveau. Le ministère aurait dû initier des discussions sur ce projet. Le marché du travail réclame maintenant beaucoup de compétence. De nos jours, un jeune ne pourrait continuer à  faire le même travail jusqu’à la fin de ses jours. C’est un fait mondial. Un jeune doit être en mesure de changer de travail. Il faut qu’il se sente à  l’aise de changer de carrière sans aucune difficulté. Au cas contraire, il risque de se retrouver sur le pavé. La discipline dans le marché du travail va devenir très importante pour faire face aux défis de l’avenir.

Que pensez-vous de l’éducation tertiaire gratuite ?

C’est bien dans le sens que maintenant tous les enfants auront droit à une bourse. La course pour la bourse d’état s’atténuera. Mais avec les 5 Credits, on ne sait pas encore s’il y aura des critères de sélection pour les universités. Nous avons appris que les universités sont en train de diminuer le nombre de cours. Je pense que les universités doivent travailler de concert avec la demande du marché du travail. Avec le tertiaire gratuit, je pense que les enfants doivent saisir cette opportunité qui se présente à eux. Il faut donc travailler dur dès le début. Il ne faut pas qu’à la fin de leurs études, les jeunes deviennent des gradués-chômeurs. La majorité des universités à  l’étranger travaillent en collaboration avec les employeurs. Il faut aussi mettre beaucoup l’emphase sur l’entrepreneuriat. S’il y a beaucoup d’entrepreneurs, ils vont pouvoir créer à  leur tour des emplois. Il faut songer également à  revoir le niveau des salaires. Je sais que beaucoup d’enfants préfère aller à  l’étranger même si l’université de Maurice est gratuite parce qu’ils savent qu’un travail bien rémunéré les attend à  la fin de leurs études. En sus de cela, le coût de la vie est abordable. Il y a  déjà un Brain Drain à  ce niveau.  Peu de lauréats retournent au pays car ils ne sont pas sûrs de percevoir un salaire alléchant. Il faut donc instaurer un salaire raisonnable pour nos jeunes cerveaux pour le bien-être de la société car notre économie est en ébullition. De plus, la population mauricienne est en train de vieillir. On dépend beaucoup des jeunes. Si les meilleures étudiants vont à  l’étranger, ici la drogue faisant des ravages, on risque de se retrouver avec encore beaucoup plus de travailleurs étrangers. Il y a beaucoup d’opportunités dans l’informatique que les jeunes doivent saisir.

 

 SOURCE: LE XOURNAL

 

Posted by on Feb 18 2019. Filed under Actualités, En Direct, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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