Consultations pré-budgétaires Une plate-forme pour les artistes à nouveau préconisée



La première phase des consultations pré-budgétaires du grand oral 2019/2020, qui aura lieu prochainement, a déjà commencé et sera étendue jusqu’au 15 avril. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, à travers un communiqué émanant de son bureau, a invité la population à soumettre leurs propositions dans le sillage de cet exercice, qui marquera à coup sûr le pays. D’ailleurs, il a brossé un tableau des 10 axes qui seront pour lui, des priorités.

Les parties prenantes de cet exercice s’activent déjà pour faire entendre leurs voix et idées. Et les acteurs du monde culturel, qui sont aussi depuis ces deux dernières années, parmi les plus concernés, comptent également faire bon usage du privilège qui leur est accordé. Pour rappel, le chef du gouvernement et leader du MSM, avait pris l’initiative, en 2017, d’inclure les artistes dans les consultations pré-budgétaires, une démarche qui était dans le passé négligé.

Cette année, outre d’autres idées et demandes, les protagonistes de l’art  comptent à nouveau s’attaquer à l’un de leurs plus gros problèmes, celle d’une plate-forme sur laquelle ils pourront s’adonner librement à des performances. La mise en place de cette conjoncture est devenue depuis quelque temps la principale demande des artistes. Et cette année, elle sera renouvelée et proposée comme points saillants et urgents par cette communauté lors de ce budget.

Ras Natty Baby, pionnier du reggae à Maurice estime qu’il est primordial que le gouvernement prévoit au moins une infrastructure, possédant une logistique adéquate, pour que les artistes puissent donner libre cours à des concerts.  Pour le chanteur, octroyer cet espace spécialisé aux artistes servirait uniquement à accorder le même traitement que les sportifs, qui disposent de stades, piscines et courts de tennis.

Le précurseur du seggae explique que ce manquement cause un tort immense aux artistes, qui ont parfois seulement que des ‘shows’ comme revenus pour arrondir leurs fins de mois, la vente de CD, n’étant pas assez profitable en raison du piratage. Il ajoute qu’à travers cette initiative, ils pourront alors envisager davantage de grands concerts qui boosteront leurs carrières et pour le bien-être de la population, qui demande davantage de divertissements.

Cette requête est également celle de Ras Do, autre pionnier de reggae et du seggae à Maurice. L’ancien chanteur du groupe Ras Poldo affirme aussi qu’une plate-forme, un espace et une structure pour les artistes contribueront pleinement à l’épanouissement de cette communauté. Il fait ressortir que le seul grand concert, digne de ce nom, qui a eu lieu à Maurice est le grand festival créole, ou plusieurs artistes pouvaient se produire sur une scène nationale avec une bonne logistique. Toutefois, il souligne que cet évènement n’avait lieu qu’une seule fois par an et que tous les autres jours de l’année, ceux qui possèdent la fibre artistique, restaient sur leur faim.

Joas Ephraïm Joseph, musicien et compositeur freelance réputé, considère également que les artistes n’ont pas d’espace propice pour se produire. Il dénonce le fait que des complexes sportifs voient le jour, à l’instar d’un d’envergure internationale à Côte D’or pour les JIOI, alors que les artistes sont eux toujours dans l’attente et doivent faire la ‘charité’ pour y avoir accès. Il invite le gouvernement à prendre l’exemple de la Jamaïque qui coordonne parfaitement son stade national, l’Independance Park, entre évènements culturels et sportifs.

Ils sont rejoints par le chanteur Lin, qui a connu un énorme succès national et international avec son album ‘san ou’. L’interprète de ‘leker ti baté’ qui a dernièrement effectué une tournée européenne explique qu’une des plus grandes différences qui sépare Maurice d’autres pays est justement leur professionnalisme en terme de structures et d’espaces pour les artistes. Il fait ressortir qu’à l’étranger, l’autorisation pour organiser une activité musicale ou théâtrale d’envergure est moins compliquée qu’à Maurice, justement parce qu’ils sont déjà préparés et équipés pour accueillir toutes sortes d’évènements.

Plus de considération

Le chanteur Lin, de son vrai nom, Linley Abdool Raman, demande ainsi une considération particulière au gouvernement pour les artistes. Il fait ressortir que ce sont eux les artistes qui mettent en avant la culture du pays et divertissent la population. Pour l’interprète de ‘san ou’, une infrastructure pour les artistes sera certainement parmi ses propositions. Et souhaite que sur cette lancée, le gouvernement aidera les artistes à trouver l’emplacement idéal, tout en faisant ressortir l’importance capitale ce ces derniers.

Exempter de la taxe internationale et en imposer une sur les gadgets électroniques

Ras Natty Baby, pour sa part, souhaite que les artistes soient exemptés des ‘fees’ de 200 euros afin qu’ils se produisent à international. A noter que les artistes sont taxés 33,33 %, par la MRA, sur chaque sortie et concert à l’étranger et que cet argent est remboursé par le gouvernement à condition que les artistes paient une redevance de 200 euros. Cette somme doit être exemptée, s’insurge le pilier du reggae, qui poursuit que néanmoins que le remboursement doit être maintenu.

Il ajoute aussi que le gouvernement doit intensifier sa lutte contre le piratage. Il propose ainsi que la douane impose une taxe sur les dispositifs et gadgets électroniques, tel que les clés USB et autres. Et que cet argent soit versé sur un fonds destiné aux artistes. Il argue que ces nouvelles technologies empêchent en parti la vente de CD, au détriment des acteurs culturels et que cette taxe ne serait que justice rendue.

Artist Status Bill

Ras Natty Baby souhaite également voir au plus vite la mise en œuvre de la fameuse ‘ Artist Status Bill’ qui était pendant un certain temps en gestation. Et propose des paramètres plus simples pour que tous les artistes puissent bénéficier de l’argent de l’ ‘Art Fund’.

Joas Ephraïm Joseph demande aussi pour sa part que les artistes accèdent à plus de facilités lorsqu’ils tentent d’acheter un instrument de musique. Il a salué l’initiative du gouvernement de rembourser les taxes sur les instruments mais explique que les musiciens peuvent rarement obtenir de crédit car leur travail n’est ni réglementé ni reconnu par les services financiers. Dans cette lancée, il souhaite voir la mise en œuvre du ‘Status Artist Bill’ qui doit, selon lui, rectifier toutes les injustices que subissent les artistes, incluant des pensions pour les acteurs de l’art.

Cette requête est également appuyée par la chanteuse Eldiana.  L’interprète de ‘bouzer’ affirme qu’en premier lieu, les œuvres, les activités, les sacrifices et les efforts abattus et fournis par les artistes doivent être considérés comme un vrai travail et de ce fait, les artistes devraient être reconnus comme des travailleurs par rapport au dévouement, au temps et à l’argent qu’ils consacrent à leur métier. Elle explique qu’à travers la mise en œuvre de ce projet de loi, les acteurs de l’art pourront ainsi se débarrasser de la perception d’être des chômeurs.

Une balance pour les ‘schemes’ accordés aux artistes

La chanteuse propose également au gouvernement que l’état subventionne davantage de projets artistiques sur une base réglementée et équilibrée pour  artistes de tout acabit. Elle demande que les procédures soient simplifiées pour ceux voulant obtenir un prêt, financement ou investissement pour un projet. Pour Eldiana, les ‘schemes’ dédiés aux artistes doivent être plus populaires, surtout pour la relève et les jeunes artistes. Elle dénonce une politique de deux poids, deux mesures jusqu’ici.

Studio et production régis par l’Etat

Ras Do propose, pour sa part, que le ministère des Arts et de la Culture mette sur pied des studios d’enregistrement afin de produire les artistes. Il explique que l’argent accordé aux chanteurs pour un album est insuffisant pour les frais de studio et explique que cet argent sera mieux utilisé, si le ministère à travers une institution spécialisée s’attelle à la réalisation et à la production des albums, lui- même. Une mesure qui fera le bonheur de tous les acteurs concernés, ajoute Ras do.

Il propose qu’à travers cette institution spécialisée, le gouvernement pourrait mieux gérer l’argent accordé aux artistes et initier plus de professionnalisme dans le domaine musical. D’après le chanteur, cet organisme devra uniquement s’assurer que tous les artistes, nouveaux comme anciens de tous les genres musicaux soient considérés.

Un ‘select committee’

Alain Auriant, ancienne vedette de la musique mauricienne, estime que le gouvernement doit adopter une attitude différente au sujet des artistes et incite le ministère des Arts et de la Culture de réfléchir un peu ” out of the box”. Selon l’auteur et compositeur de l’hymne de Maurice’ lors de JIOI de 2007, le gouvernement doit se pencher sur des questions spécifiques pour trouver des solutions aux problèmes auxquels les artistes se heurtent à Maurice.

Il invite ainsi le gouvernement à s’interroger sur les rares percées de la musique mauricienne sur le marché local et international, alors que les touristes viennent depuis plus de 50 ans pour danser le séga ? Pourquoi les médias internationaux, ne diffusent-ils pas notre musique sur leurs chaînes alors que leur musique  joue sur les nôtres en boucle? Pourquoi le conservatoire de musique ne se décentralise-t-il pas? Et pourquoi la radio nationale n’arrive pas à promouvoir la musique locale comme elle devrait le faire?

 

Alain Auriant se demande également s’il n’y pas assez de place pour les différents styles. Et s’il y a assez de volonté politique d’investir sur les  artistes pour que ces derniers participent aux foires et autres festivals régionaux et internationaux. Il propose par ailleurs que l’Etat mauricien mette  sur pied un  « select committee »  pour se pencher sur ces problèmes et rétablir un juste équilibre.  Il explique également qu’une structure composée de professionnels serai idéale pour s’occuper de la promotion et de la professionnalisation de la musique locale.

Formation et encadrement culturel dans les centres sociaux

Giovanni Bouton, chorégraphe, organisateur d’évènement et membre fondateur du groupe OSB, possède lui, une réponse à ces questions. Il estime que le gouvernement doit mettre sur place des programmes de formation d’art et de culture, chapeautés par des professionnels, dans les centres sociaux de l’île. Selon lui, il est important que les analphabètes, ceux qui ne réussissent pas dans l’académique ou ceux qui ont le rythme dans le sang, bénéficient d’une formation complète pour développer leurs talents dans des domaines bien à eux.

Il propose ainsi au gouvernement d’accorder un budget spécial, pour le financement de ce projet qui vise à encadrer et former des jeunes dans des secteurs respectifs, autre qu’académiques, dans tous les coins de l’île. Il explique que l’argent servirait à rémunérer les instructeurs et acquérir le matériel et les instruments nécessaires pour le bon fonctionnement de ce programme.

Il fait ressortir qu’à travers un projet de la sorte, le gouvernement investira d’une part dans la formation et la professionnalisation de l’art à Maurice mais d’autre part, aidera les jeunes à éviter les fléaux, qui minent les milieux ruraux et urbains, telle la drogue entre autres. D’autant plus, qu’il fait ressortir que cela installera un ‘feel good factor’ au sein de la population d’avoir à la fois une activité qui apporte l’épanouissement et qui soit un apprentissage.

 

Posted by on Apr 2 2019. Filed under Actualités, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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