Décès dus au gaz carbonique des chauffe-eau… Miguel Goorun, technicien en électronique : « Certains Mauriciens sont ignorants ou négligents »



La perte tragique survenue le jeudi 27 juin, d’un garçon de huit ans, habitant Vallée-des-Prêtres, asphyxié sous sa douche, a encore une fois ramené son lot de questions sur l’utilisation des chauffe-eau. L’efficacité de ces appareils électroménagers ne peut être niée, apportant soulagement et confort surtout en hiver, quand l’eau du robinet est très froide. Certes ces gadgets, dans la vie de tous les jours, sont indéniablement pratiques. Mais toutefois le nombre de décès  relatifs aux chauffe-eau doit nous alerter sur leur dangerosité latente.

En tant que parents, nous souhaitons tous protéger nos enfants et proches. Nous  interpellons ces derniers sur les dangers de la route, de la drogue et autres mais rares sont ceux qui sont au courant qu’à l’intérieur même des maisons existent des outils, considérés de luxe, mais qui peuvent faire basculer voire ôter des vies. La gravité du problème réside surtout dans le fait qu’un drame humain peut survenir à tout moment sans donner aucun indice, signe ou symptôme. Cela comme dans le cas des chauffe-eau à gaz, où les défaillances et intoxications sont décelées, uniquement, après les décès.

Plusieurs pays dans le monde font face à ce problème et plus de cinq milliers de victimes sont recensées chaque année dû aux défauts des chauffe-eau, qu’ils fonctionnent au gaz ménager ou à l’énergie électrique. Si à Maurice, les cas sont plutôt rares, nos voisins de la Réunion n’ont pas cette même chance avec un plus fort taux d’incidents de ce type et les cas sont aussi fréquents au Maroc, aux Etats-Unis ou en Europe. Le fait est que de simples maniements, un manque d’attention ou un dysfonctionnement de l’appareil suffit pour facilement provoquer des  mortalités.

Monoxyde de carbone

Concernant le chauffe-eau à gaz, il peut tuer en seulement quelques minutes s’il est installé dans un local mal ventilé mais il peut tuer aussi si la veilleuse s’éteint et que la vanne ne se ferme pas, laissant s’échapper le butane ou propane, ce qui peut provoquer l’asphyxie ou l’explosion. C’est le monoxyde de carbone (CO) qui se dégage de ces appareils qui est préjudiciable à la santé. Ce composant oxygéné du carbone, plus communément appelé gaz carbonique est extrêmement toxique pour l’homme. Il est incolore et inodore à température et pression normale, avec une densité voisine de celle de l’air, ce qui veut dire que sa présence dans l’air est indétectable.   

Ce gaz est présent dans plusieurs appareils, tels que les chaudières (bois, charbon, gaz, fioul), les inserts de cheminées, poêles, les chauffages mobiles d’appoint, les fours de cuisine, les moteurs automobiles dans les garages, les batteries mobiles à essence ou à fioul qui fournissent de l’électricité, tout moteur thermique fixe ou mobile et les chauffages appareils « de fortune » type brasero mais c’est dans les chauffe-eau à gaz, qu’il est plus susceptible de s’échapper.

Quinze minutes suffisent

L’une des principales caractéristiques de ce gaz est sa toxicité dans un environnement confiné. Il agit comme un gaz asphyxiant très toxique qui, absorbé en quelques minutes par l’organisme, se fixe sur l’hémoglobine. Si l’intoxication est faible, elle se manifeste par des maux de tête, des nausées, une confusion mentale. C’est pourquoi l’intoxication peut être lente et ne pas se manifester immédiatement mais si elle est forte,  entraîne des vertiges, une perte de connaissance, une impotence musculaire, voire le coma ou le décès.

Ainsi 0,1 % de CO dans l’air tue en une heure, 1 % de CO dans l’air tue en 15 minutes et 10 % de CO dans l’air tuent immédiatement car elle agit directement sur les cellules du sang.

Comment surviennent les intoxications ?

Miguel Goorun, un technicien en électronique explique que dans la majorité des cas, les accidents résultent de la mauvaise évacuation des produits de combustion (conduit de fumée obstrué ou mal dimensionné) dans le chauffe-eau. Il fait ressortir que l’absence de ventilation dans la pièce où est installé l’appareil rend également le gaz carbonique plus actif. « Les cas rapportés indiquent majoritairement un défaut d’entretien des appareils de chauffage et de production d’eau chaude ainsi que de la mauvaise utilisation de certains appareils (appareils de chauffage d’appoint utilisés en continu par exemple, groupes électrogènes…) », dit-il.

Comment prévenir les risques ?

L’ancien employé de ‘361’ explique que les chauffe-eau à gaz requièrent des entretiens réguliers, soit tous les six mois par un expert. Il faut ainsi faire intervenir un professionnel qualifié pour contrôler les installations et les sorties de combustion. Il faut également aérer le logement tous les jours pendant au moins 10 minutes, même quand il fait froid et ne pas obstruer les entrées et sorties d’air (grilles d’aération dans les cuisines, salles d’eau et chaufferies principalement). Et il ne faut jamais faire fonctionner les chauffages d’appoint en continu. « Ils sont conçus pour une utilisation brève et par intermittence uniquement », fait-il ressortir.

L’habitant de Pte aux Sables précise que ces appareils sont testés par différentes personnes avant d’être livrés mais ne sont pas totalement à l’abri d’une défaillance, après certains temps, comme tout appareil électronique. Toutefois, il insiste sur le fait que des drames ou incidents peuvent être évités si les utilisateurs y portent davantage d’attention. Il explique que dans beaucoup de cas, certains utilisent les chauffe-eau à gaz pendant plusieurs années, sans jamais faire l’entretien.

Il ajoute que d’autre part, certaines personnes s’improvisent techniciens et tentent de réparer par eux-mêmes les appareils en cas de problème sans avoir l’avis d’un expert. Pour Miguel, il y a aussi des gens qui banalisent ou sous-estiment la dangerosité des chauffe-eau car leur fonctionnement semble simple. Il ajoute que beaucoup de personnes ne sont pas au courant que le gaz qui s’échappe de ces appareils est mortel et qu’ils s’inquiètent uniquement des explosions.

Les Mauriciens préfèrent le chauffe-eau à gaz

A Maurice, une grande partie des utilisateurs des chauffe-eau ont un penchant pour le gaz. La raison la plus logique est qu’elle est plus économique que son équivalent électrique, surtout que le prix du gaz ménager a encore baissé suite au dernier budget. Un autre intérêt de cette technologie est que la température de l’eau chaude est constante. Et par rapport à un chauffe-eau électrique, le temps de chauffe est bien plus court. De plus, la chaleur de l’eau peut se faire à n’importe quelle heure de la journée sans tenir compte d’éventuels tarifs de nuit comme pour l’électricité. 

Le chauffe-eau électrique, pour sa part, qui marche avec de l’électricité produite à 70% par la combustion de fuel et de charbon, mis à part qu’il ne soit pas très écologique, apporte des frais additionnels non-fixés sur les factures d’électricité. L’électricité est en effet l’une des énergies les plus chères aujourd’hui et si le chauffe-eau est sollicité en permanence, le montant de la facture peut donc grimper. Elle peut aussi causer mort d’homme pour la simple raison que l’électricité et l’eau ne font pas bon ménage pour une personne qui souhaite rester en vie.

Pour sa part, le chauffe-eau solaire est un dispositif plus coûteux qui demande donc un effort d’investissement. Le coût d’un ballon pour un chauffe-eau solaire est plus élevé qu’un système conventionnel, car il doit résister à la pression, répondre aux directives concernant l’hygiène de l’eau potable et satisfaire les exigences sévères concernant la protection anticorrosion. Elle fonctionne moins bien la nuit, si le ballon de stockage n’est pas très bien isolé ou même en hiver ou lors de journées couvertes ou pluvieuses car la demande énergétique est plus élevée.

Yohan Rungasamy

On se souvient que Yohan Rungasamy, un habitant Ste-Croix, âgé de 19 ans a été retrouvé mort asphyxié dans sa salle de bains dans la nuit du mardi 10 juillet 2018. Le jeune homme avait fait installer une douche à gaz dans sa salle de bains la veille du drame. Son père a rapporté à la police d’Abercrombie que, vers 21 h 30, son fils est allé dans la salle de bains et qu’après une demi-heure, il y a retrouvé Yohan allongé inconscient sur le sol. Il l’a conduit à la clinique mais malheureusement, après consultation, le docteur l’a informé que son fils était mort. Une autopsie pratiquée par le médecin-légiste, le Dr Prem Chamane, a attribué son décès à une asphyxie due à l’inhalation du monoxyde de carbone. 

Deux jeunes périssent en deux semaines

En 2017, deux décès ont été rapportés en deux semaines, concernant la mort d’une fillette de 12 ans à Pamplemousses et Taransing Canhyea, un habitant de St-Paul, âgé de 17 ans. Les deux ont été retrouvés inertes dans leurs salles de bains  à la suite d’une asphyxie au monoxyde de carbone émanant de leurs chauffe-eau à gaz.

Posted by on Jul 13 2019. Filed under Actualités, Featured, Sci-Tech. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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