Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des Travailleurs du Secteur privé…



« L’introduction du Workers Right Bill et les amendements à la Employment Relations Act sont historiques à plus d’un titre »

  • « Je suis prêt à prendre part à un débat avec mes confrères syndicalistes qui ne sont pas d’accord avec ces nouvelles lois »
  • « Jane Ragoo et moi ne sommes nullement intéressés à obtenir un ticket pour les prochaines élections générales »

Le président de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), Reeaz Chuttoo, dénonce énergiquement l’attitude de ses confrères syndicalistes ainsi que les politiciens qui critiquent injustement l’introduction du Workers Right Bill et les amendements qui seront apportés à la Employment Relations Act. Selon lui, ces nouvelles lois sont historiques à plus d’un titre. Dans l’interview qui suit, il commente l’introduction du salaire minimum et est très critique à l’égard de certains organismes, employeurs et anciens ministres du Travail, des Relations industrielles et de l’Emploi, qui selon lui n’ont pas vraiment œuvré en faveur des travailleurs.

Sanjay Bijloll

Q : Que pensez-vous de l’introduction du Workers Right Bill et des amendements à la Employment Relations Act ?

R : Selon moi, l’introduction du Workers Right Bill et les amendements apportés à l’Employment Relations Act sont en faveur des employés, qui travaillent dans plusieurs secteurs économiques du pays.

Ceux qui travaillent sur une base contractuelle, n’auront rien à craindre car ces nouvelles lois comprennent plusieurs mesures positives. Les employés bénéficieront pleinement des avantages et obtiendront des ‘overtime’ après avoir travaillé pendant 45 heures dans une semaine au lieu de 90 heures pendant quinze jours.

En introduisant les nouvelles lois, les autorités reconnaissent la contribution des travailleurs pour le pays.

Q : Peut-on parler de recul ou d’avancée historique ?

R : Ce n’est nullement un recul. Au contraire, l’introduction du Workers Right Bill et les amendements qui seront apportés à l’Employment Relations Act sont une avancée historique pour le bien-être des travailleurs des secteurs public et privé.

Ces nouvelles lois vont complètement changer le monde du travail à Maurice dans l’intérêt des employeurs et employés.

Q : Quelles sont les garanties pour les travailleurs avec les Portable Retirement Gratuity Fund et Wages Guarantee Fund ?

R : Depuis de nombreuses années, nous avons attendu ces mesures. Selon moi, le Portable Retirement Gratuity Fund est une mesure révolutionnaire pour le bien-être des employés du secteur privé. Les travailleurs ne perdront pas leur temps de service quand ils prendront leur retraite, même s’ils ont changé d’emplois pendant leur carrière.

En ce qui concerne le Wages Guarantee Fund, un travailleur licencié pourra bénéficier d’une compensation allant jusqu’à Rs 50 000 en cas d’insolvabilité.

Ainsi, les travailleurs n’auront pas à craindre les comités disciplinaires ou qu’ils  perdent leur emploi. Le gouvernement a introduit les nouvelles lois pour protéger les droits des travailleurs dans le pays.

Q : En 2013, l’ancien régime avait offert un cadeau de Rs 500 millions aux patrons. Qu’est-ce qui va changer dans la conjoncture actuelle ?

R : Depuis juin 2013, la contribution des employeurs pour le ‘Workfare Program’ a été réduit de 1,0% à 0,5%. Cela représentait une somme de Rs 500 millions par an.

Or, avec l’introduction du ‘ Workers Rights Bill’, les employeurs devront impérativement contribuer une nouvelle fois 1,0% au  ‘Workfare Program’ afin de pouvoir soutenir le ‘Wages Guarantee Fund et de rembourser tous les ‘injured workers the outstanding amount between the NPF payment for injury leave and the differential to match the amount of their wage”, comme le prévoient les nouvelles lois.

 Q : Un de vos confrères syndicalistes soutient que les nouvelles législations sont en faveur du secteur privé et aux capitalistes. Qu’avez-vous à dire ?

R : C’est de la pure démagogie et il veut me discréditer. Les politiciens, syndicalistes et autres travailleurs, doivent savoir que les nouvelles mesures  ajusteront une nouvelle loi à celle qui existe déjà.

Cependant, je dirais que je ne suis d’accord avec une seule mesure contenue dans les nouvelles lois. Cela concerne l’employé qui doit travailler cinq nuits d’affilée.

Toutefois, je condamne ceux qui rejettent la loi totalement. Il faut reconnaître l’effort du ministre du Travail, des Relations industrielles et de l’Emploi, Soodesh Callichurn, et de son assistant, le  Directror of Labour, Herbert Jouan, qui ont su encourager le Premier ministre, Pravind Jugnauth, à introduire le Workers Right Bill et apporter des amendements à la Employment Relations Act au Parlement.

Les anciens ministres du travail n’ont pu faire ce que Soodesh Callichurn a fait.  D’autre part, les gens doivent savoir que la CTSP a aussi défendu les droits des éboueurs, ‘cleaners’ et agents de sécurité et pris part aux manifestations. La CTSP a toujours défendu les droits des opprimés dans le pays. Comment peut-on me critiquer à tort et à travers ?

Q : Il y a eu l’introduction du salaire minimum et de la Negative Income Tax. Comment  les travailleurs ont-ils accueilli ces mesures ?

 R : Je dois vous rappeler que nous avons participé aux mouvements de grève des ‘cleaners’ qui touchaient un salaire dérisoire de Rs 1500 par mois. C’est notre combat qui a encouragé le gouvernement et le Premier ministre, Pravind Jugnauth à introduire le salaire minimum.

De plus nous avions proposé un ‘direct income support scheme’ pour les entreprises qui font face à des difficultés pour payer leurs employés. Et par la suite, le gouvernement a introduit la Negative Income Tax pour ceux qui touchent moins.

Ces deux nouvelles mesures sont à l’avantage des Mauriciens.

Q : La CTSP compte entrer dans l’arène politique. Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ? Y pensez-vous sérieusement ?

R : Non, la CTSP, qui a été fondée en 2003 avec le soutien de la Federation of Progressive Union (FTU) et Jack Bizlall, ne se jettera pas dans l’arène politique comme l’ont fait croire certains.

La CTSP a toujours mené une lutte syndicale qui est aussi une lutte politique. On ne peut dissocier les deux.

D’ailleurs, depuis 2016, la CTSP mène une campagne pour l’introduction d’une loi pour le financement politique. Dans cette optique, nous avons mené une campagne avec Transparency Mauritius.

Nous avons également œuvré à la création d’une Land Court, et participé aux grèves, intervenu en faveur des employés à plusieurs reprises et dénoncé avec force l’attitude de plusieurs syndicats ou personnes qui n’œuvrent pas dans l’intérêt des travailleurs.

Q : Est-ce que des dirigeants des partis politiques vous ont contacté pour vous offrir un ticket ?

R : Ecoutez. Depuis 2 000, tous les partis traditionnels nous (Jane Ragoo et moi) ont contacté pour nous offrir un ticket. Ils nous ont même demandé de choisir notre circonscription et ont dit que nous sommes ministrables.

Mais, je ne suis nullement intéressé à devenir politicien. J’aime ma liberté d’expression. Je n’ai aucune intention à devenir un ‘pion’ à l’instar de certains. Depuis 34 ans, de 1985 à ce jour, je ne cesse de défendre les intérêts des travailleurs.

Quant à Jane Ragoo, elle est  Bahaï et de ce fait, n’aime pas faire de la politique ou être candidate.

Nous restons en dehors du parlement, mais nous avons influencé les décisions politiques à plusieurs reprises à travers des actions syndicales en faveur de l’épanouissement des travailleurs.

Nous respectons les opinions des différents partis politiques. Même si les autres nous critiquent, nous respectons leurs opinions car nous vivons dans une démocratie et ne tombons pas dans la bassesse.

Q : Le mot de la fin …

R : Je demande aux travailleurs de juger et réfléchir sur la protection fondamentale d’une loi, de ne pas tirer de conclusion hâtive, de ne pas se laisser influencer par qui que ce soit et de ne pas écouter les palabres.

D’ailleurs, c’est une coïncidence que Business Mauritius ainsi que la General Workers Federation (GWF) d’Ashok Subron ne sont pas d’accord avec les deux nouvelles lois.   

Jane Ragoo et moi ne voulons pas obtenir de gain politique. Par ailleurs, je lance un appel aux travailleurs de reconnaître et de rappeler les déclarations (discours du trône) de sir Anerood Jugnauth qui avait fait état d’une nouvelle loi. La décision du Premier ministre, Pravind Jugnauth et de son gouvernement d’introduire les deux nouvelles lois en faveur des travailleurs corrigeront non seulement les injustices mais encourageront aussi les locaux et étrangers à investir dans le pays.

On ne peut effacer l’histoire du pays. C’est vraiment dommage qu’on me taxe d’agent du MSM quand j’exprime mes opinions et que je dis la vérité.   

Posted by on Jul 20 2019. Filed under Actualités, En Direct, Featured, Opinion. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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