Amnésie sélective de l’ancien Attorney General dans l’Express…



Où était Yatin Varma lorsque plusieurs journalistes étaient arrêtés par la police sous le régime Ramgoolam ?

« Convoquer des journalistes comme ils l’ont fait peut-être interpréter comme un acte d’intimidation. Et quand les journalistes sont intimidés, la liberté de la presse est compromise. » Ces déclarations de l’ancien Attorney General, Yatin Varma, parues dans l’Express, il y a quelques semaines, suscitent beaucoup d’interrogations de la part de plusieurs personnes, bon nombre de journalistes et observateurs politiques du pays. Les points de vue de l’ex-AG, rapportés par Nafisah Peebaye et Yasin Denmamode, démontrent que ce béni-oui-oui du PTr de Navin Ramgoolam frise la ridicule lorsqu’on se rappelle les mauvais traitements qu’avaient subis certains journalistes avant 2014, sous le régime « rouge ».

Sous le règne de l’empereur Navin Ramgoolam 

Pour rafraichir la mémoire de Yatin Varma, Le Xournal rappelle que sous l’ancien régime bon nombre de journalistes, faisant partie des quotidiens, hebdomadaires et radios privées, dont Dharmanand Dhooharika, Imran Hosany, Anabelle Volbert, Josian Valère, Karishma Beeharry, Humaira Ali ainsi que Jimmy Jean Louis et Bam Fareedun (lorsque ces deux derniers travaillaient pour Top FM) et Nadarajen Pillay ont été arrêtés par la police et sans aucune justification valable.

On se rappelle bien qu’avant le changement du régime, certains journalistes ayant une grande expérience dans leur domaine, ont même été harcelés et incarcérés lorsque l’ex-Premier ministre dirigeait le pays. C’était son seul bilan et ce dernier se cachait derrière le paravent de la démocratie pour semer un climat de frayeur à l’égard des journalistes afin de pouvoir faire sa sale besogne.

Les arrestations des journalistes ont été mal vues par l’ensemble de la population et la presse locale et internationale. A tel point que plusieurs membres de la société civile et autres avaient non seulement décidé de se regrouper pour dénoncer les arrestations arbitraires par le clan de l’empereur Navin Ramgoolam mais aussi d’alerter l’opinion internationale.

Jimmy Jean Louis et Bam Fareedun au CCID le 24 décembre 2012

L’ancien animateur vedette de l’émission Lévé Maurice, Jimmy Jean Louis et Bam Fareedun, ancien journaliste de Top FM ont été amenés aux Casernes Centrales le 24 décembre 2012. Ils avaient été convoqués par le Central Criminal Investigating Department (CCID) à 8h30 le lundi 24 décembre 2012 et après une plainte déposée par l’Attorney General d’alors, Yatin Varma, et la ministre de l’Egalité des genres d’alors, Sheila Bappoo après une conférence de presse de Pravind Jugnauth. Le leader du MSM avait dénoncé les agissements de la sirène et avait accusé le gouvernement d’alors de soutirer un pédophile au MITD.

Jimmy Jean-Louis avait retenu les services de Me Maneesh Gobin. Ils ont été autorisés à rentrer après plusieurs heures d’interrogatoire dans les locaux du CCID, aux Casernes centrales. La ministre Bappoo avait porté plainte contre la station pour avoir relayé les propos « gouvernement pédophile » de Pravind Jugnauth.

Lors de l’interrogatoire, les enquêteurs ont voulu connaître les motifs de Top FM derrière la diffusion de la bande sonore dans laquelle Pravind Jugnauth, leader du Mouvement Socialiste Mauricien (MSM), a qualifié le gouvernement de «pédophile ». Les journalistes de la radio privée ont répondu qu’il n’y avait aucune raison particulière et qu’ils faisaient simplement le point sur la conférence de presse du MSM.

L’affaire avait pris de nouvelles proportions quand la ministre Sheila Bappoo a déposé une plainte contre le leader du MSM au Central CID. Elle avait accusé le parlementaire d’avoir voulu salir l’image de l’alliance au gouvernement lors d’une déclaration dans une conférence de presse, tenue le vendredi 21 décembre 2012. La station avait diffusé cette bande sonore.

« En tant qu’animateur vedette, j’étais constamment harcelé par la police de Navin Ramgoolam. Un jour l’ancien haut fonctionnaire Vijay Ramgolam, l’avait accusé de soutirer la mafia. La police nous avait fait voir de toutes les couleurs. Ils ne sont pas allés de l’avant dans cette affaire car l’opinion publique était contre eux », explique Jimmy Jean-Louis.

Plus tard, Pravind Jugnauth fut conduit manu militari aux Casernes centrales dans cette même affaire un 26 décembre 2012 avant d’y revenir le 3 janvier. Or, le 23 juillet 2014, le Bureau du DPP avait émis un communiqué pour expliquer qu’il n’envisageait aucune poursuite contre Pravind Jugnauth.

Ce dernier a ensuite, par l’entremise de son avouée, Saya Ammanah Ragavoodoo, réclamé Rs 100 millions à l’Etat comme dommages. Après un accord en Cour, l’Etat présenta ses excuses à Pravind Jugnauth. Et ne paiera rien au Premier ministre.

Imran Hosany et le Sunday Times

Il ne faut pas aussi oublier que sous l’ancien régime, l’ancien directeur du Sunday Times, Imran Hosany, avait, le 15 juillet 2012, publié des photos de la dépouille de Michaela Harte. Pour cela, son directeur, Imran Hosany avait été arrêté avant la liberté conditionnelle le vendredi 22 juillet. Il a été présenté devant le tribunal pour agression. Il a dû fournir une caution de Rs 25 000 et signer une reconnaissance de dettes de Rs 125 000.

L’ex-directeur du Sunday Times avait même été détenu à Alcatraz. La police a aussi perquisitionné les locaux de cet hebdomadaire et saisi les ordinateurs de la rédaction, à Plaine Verte. Certains observateurs politiques ont même estimé que cette intrusion policière dans la rédaction du Sunday Times est une violation inacceptable de la liberté de la presse. « Saisir l’ordinateur d’un journaliste est inacceptable dans une démocratie », disaient-ils.

Pris d’un malaise alors qu’il attendait sa comparution devant le tribunal, Imran Hosany, qui a avait retenu les services de Me Akil Bissessur, pour assurer sa défense, a été admis dans un hôpital public, alors qu’il restait en détention policière prolongée. Imran Hosany était même enchaîné sur le lit d’hôpital et souffrait des maux de la tête. Il y avait passé deux nuits en détention policière.

Il faut aussi souligner que lors de l’arrestation de l’ex-directeur du Sunday Times, l’un des représentants de la Jummah Mosquée, à savoir, Nasser Ramtoolah, le leader du Front Solidarité Mauricien ( FSM), Cehl Meeah, l’actuel CEO du Le Xournal, Jimmy-Jean Louis, qui à cette époque travaillait à TOP FM, ainsi que plusieurs journalistes et travailleurs sociaux, dont Salim Muthy, Eddy Sadien,  proches et amis entre autres, avaient démontré leur solidarité envers Imran Hosany, qui avait retenu les service de Me Akil Bissessur pour assurer sa défense.

Dharmanand Dhooharika

Il a constamment été harcelé par la police de Navin Ramgoolam. Dharmanand Dhooharika a fait face à plusieurs procès et arrestations. En octobre 2011, l’ancien rédacteur en chef de Samedi Plus, Dharmanand Dhooharika a été condamné à une peine de trois mois de prison. Il était accusé d’avoir commis un outrage à la Cour. Le Directeur des Poursuites Publiques lui reprochait d’avoir « publicly scandalised the Supreme Court and brought the administration of justice into disrepute » par la note éditoriale, les articles et l’interview publiés dans son édition du 14 août 2010. En appel, Dharmanand Dhooharika avait contesté.

A l’époque Paul Bérenger avait déclaré qu’il était “bouleversé” de l’état dans lequel Dharmanand Dhooharika sortirait de ce qu’il qualifiait “d’enfer” que constitue la prison de Beau-Bassin. Il avait aussi noté que dans cette affaire de Justice impliquant un journaliste, “l’image de Maurice a pris un coup”. Tandis que la presse internationale et le Committee to Protect Journalist avaient fustigé le pays.

Il faut dire que le 16 avril 2014, le Judicial Committee du Privy Council avait renversé la décision de la Cour Suprême dans une gifle magistrale en droit administré à la justice mauricienne. Les Law Lords avaient tranché en sa faveur concluant qu’il n’avait pas bénéficié d’un Fair Trial. La sentence de trois mois de prison a ainsi été annulée. « Mr Dhooharika was not properly convicted of the offence. The Board does not agree that he was acting in bad faith », a souligné le Privy Council dans le jugement.


Dans leurs observations, les Law Lords ont fait ressortir que bien que le délit de « Scandalising the court » existe en Common Law depuis plusieurs années, il a toutefois été critiqué et aboli au Royaume-Uni.  Par ailleurs, le Judicial Committee du Privy Council est d’avis que l’ancien rédacteur en chef de Samedi Plus n’avait pas bénéficié d’un procès équitable car il n’avait pas eu l’occasion de témoigner en cour, un droit qu’il avait.

Les Law Lords ont également trouvé qu’il n’avait pas agi de mauvaise foi. « Mr Dhooharika did not receive a fair trial. The alleged contemnor is always entitled to a fair trial and, depending upon the circumstances, he will almost certainly be entitled to call oral evidence on his behalf, including his own evidence. In the instant case, Mr Dhooharika was, as a matter of practical fact, deprived of his right to give evidence on his own behalf. He should have been permitted to give evidence. Mr Dhooharika was not properly convicted of the offence. The Board does not agree that he was acting in bad faith. The various articles and their presentation, taken as a whole, were not intended to convey the message that the allegations of Mr Hurnam were justified and that the Chief Justice should resign and appear before a tribunal », dit le jugement.

Rappelons que la Commonwealth Lawyers Association a obtenu la permission pour intervenir dans l’appel interjeté par Dharmanand Dhooharika. Il était défendu magistralement par Me Geoffrey Robertson QC et Ravi Rutnah entre autres.

Cette affaire a causé beaucoup de préjudices à cet ancien journaliste. Depuis que Dharmanand Dooharika a été arrêté, ce dernier est toujours souffrant. Il est victime d’une attaque cérébrale et éprouve beaucoup de difficultés à marcher et s’exprimer correctement.

Nadarajen Pillay, ancien journaliste de la MBC

Le journaliste de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) Nadarajen Pillay a, le lundi 5 janvier 2009, été interpellé par la police. Il était accusé d’avoir tenu des propos déplacés à l’encontre de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, le soir du 1er janvier 2009. Nadarajen Pillay avait passé la nuit du 6 janvier en prison et avait comparu en cour le 6 janvier. En effet, Nadarajen Pillay, a été convoqué par la police afin de s’expliquer. Le journaliste aurait téléphoné à la résidence de l’ancien Premier ministre, dans la soirée du 1er janvier pour lui exprimer son désaccord sur son discours de fin d’année à la nation mauricienne. Il reprochait au chef du gouvernement de ne pas avoir fait mention des affaires ayant trait au travail social dans son discours du Nouvel An.

C’était le policier affecté à la Clarisse House qui avait répondu à l’appel téléphonique en question. Nadarajen Pillay aurait tenu des propos pas très flatteurs à l’encontre de Navin Ramgoolam. Des propos qui ont été par la suite rapportés à l’ex-Premier ministre. Il avait retenu les services de Me Hawoldar pour faire valoir ses droits.

Josian Valère, Annabelle Volbert et Gérard Cateaux

Le 21 novembre 2007, deux autres journalistes en l’occurrence, Josian Valère et Annabelle Volbert, (lorsque ces derniers travaillaient pour Radio Plus) ont été arrêtés, par le Central Criminal Investigation Department (CCID). Ils étaient provisoirement accusés de diffusion de fausses nouvelles et diffamation criminelle. Ils ont aussi été arrêtés, puis libérés sur parole.  En cour, ils ont dû fournir une caution de Rs 4 000 chacun et signé une reconnaissance de dette de Rs 25 000. Il leur était également interdit de quitter le pays.

Le lendemain, ils avaient comparu devant le tribunal de Port-Louis Une enquête a été initiée au niveau du CCID à la suite de la parution d’un article dans l’édition du dimanche 18 novembre de Week-end et de la diffusion de ladite nouvelle dans le bulletin d’informations de Radio Plus.

Convoqués au quartier-général de la police, aux Casernes centrales, les journalistes ont été longuement interrogés. Les deux employés de Radio Plus auraient déclaré que la nouvelle serait « genuine » et qu’elle avait été vérifiée avant d’être diffusée. Ils auraenit ensuite fait valoir leur droit au silence. Ils ont ensuite été libérés sur parole.

Une charge provisoire de diffusion de fausses nouvelles pesait sur Gérard Cateaux. Josian Valère et Annabelle Volbert faisaient, eux, l’objet d’une charge provisoire de diffusion de fausses nouvelles et de ‘criminal defamation’.

La police reprochait à Gérard Cateaux d’avoir publié un article, sous la rubrique Ça va se savoir dans une édition de dimanche, qui fait état d’une importante somme d’argent qui aurait été découverte dans un casier d’un poste de police des Plaines-Wilhems. Le lendemain matin, Radio Plus a repris l’info en précisant que la somme était de Rs 4,7 millions. Ce que la police avait démenti.

Karishma Beeharry

Le 25 février 2009, la rédactrice en chef, Karishma Beeharee, et l’animateur de Radio-One, Finlay Salesse ont été convoqués dans le cadre de l’enquête initiée suite à la déposition d’Indira Manrakhan pour diffamation criminelle. Comme dans le cas de Rudy Veeramundur et de Rajen Bablee, qui ont été eux entendus pour la même affaire, les deux journalistes de Radio-One ont été interrogés under caution.  

Tout avait commencé avec la publication d’une série d’articles dans les colonnes de l’hebdomadaire Samedi-Plus dénonçant un complot allégué en vue de faire partir Nirvan Veerasamy, l’ex-Chief executive officer, d’Air Mauritius.

En 2 008, deux journalistes de Radio One, Karishma Beeharree et Humaira Ali ont été interpellées après la diffusion d’une nouvelle selon laquelle le Conseil des ministres de vendredi a été annulé, en raison de l’état de santé du Premier ministre d’alors.

Conclusion : Nous trouvons drôle que des journalistes ont laissé les diatribes de Yatin Varma sans trouver le courage de lui rappeler les faits que nous publions plus haut. Il est  dommage qu’une section de la presse et certaines personnes veuillent faire croire que nous vivions dans le meilleur des mondes sous Navin Ramgoolam et sa clique. Loin de là, la liberté d’expression était alors une utopie, Monsieur Yatin Varma.

Posted by on Sep 21 2019. Filed under Actualités, En Direct, Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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