Jacques Chirac, ami de l’ile Maurice, est mort à l’âge de 86 ans
L’ancien président de la République est décédé ce jeudi à l’âge de 86 ans.
Il avait présidé aux destinées de 60 millions de Français de 1995 à 2007. Jacques Chirac est mort. Très affaibli ces dernières années, le cinquième président de la Ve République, est décédé ce jeudi, a annoncé sa famille. «Il s’est éteint au milieu de ses siens. Paisiblement », a déclaré son gendre Frédéric Salat-Baroux. De ses vacances, il affectionnait particulièrement celle qu’il passait à Maurice. Dès le décès annoncé, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence.
Avec la disparition de cette figure populaire et incontournable, c’est une page d’un demi-siècle d’histoire politique française qui se tourne. Une page ouverte en 1965 au conseil municipal de Sainte-Féréole, le berceau familial corrézien, premier mandat d’une irrésistible ascension pour ce fringant énarque. Député, puis président du Conseil général de Corrèze, Chirac gravit rapidement les échelons ministériels avant d’entrer à Matignon en 1974, pour mieux claquer la porte, deux ans plus tard, sur fonds de désaccords avec Valéry Giscard d’Estaing. Il y reviendra en 1986 pour une cohabitation historique avec le président Mitterrand. Entre-temps, Jacques Chirac a fondé et pris la tête du RPR et empoché la mairie de Paris, deux mandats qu’il ne délaissera que pour enfin accéder à l’Elysée, en 1995 après deux échecs, en 1981 et 1988.
Le quinquennat et la fin du service militaire
Ce sera pour deux mandats, un septennat, puis un quinquennat, du nom de l’une des réformes les plus marquantes de sa présidence avec la fin du service militaire et l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Durant douze ans passés à l’Elysée, dont cinq en cohabitation avec les socialistes, Jacques Chirac aura connu sur le plan intérieur des réussites – sur le plan de la sécurité routière, notamment – mais aussi de profondes crises – les grandes grèves de 1997 ou encore les émeutes en banlieue en 2005. Sur le plan extérieur, on retiendra son opposition à la guerre en Irak, qui a largement assis son autorité internationale, mais également le revers du non des Français à la Constitution européenne en 2005.
Ce passionné d’arts primitifs avait largement œuvré à la création du musée des Arts et Civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, inauguré quai Branly, à Paris, en 2006, et rebaptisé à son nom dix ans plus tard. Il présidait la Fondation Chirac depuis 2008.
Jacques Chirac avait épousé en 1956 Bernadette Chodron de Courcel, avec qui il avait eu deux filles et une fille adoptive. Le décès de sa fille aînée Laurence à 58 ans en 2016 avait largement ébranlé le vieil homme, déjà très diminué. Les apparitions publiques de celui qui échappa en 2002 à un assassinat lors du défilé du 14 juillet s’étaient faites extrêmement rares depuis.
Les hommages
· Premier ministre sous Jacques Chirac de 1997 à 2002, Lionel Jospin écrit dans un communiqué qu’il a « eu le privilège de gouverner la France sous sa présidence ». Il reconnaît avoir, « au cours d’une période politiquement complexe dite de cohabitation », conduit « une politique intérieure différente de celle » qu’aurait choisie Jacques Chirac. Mais, ajoute-t-il, « en politique étrangère, nous avons veillé tous deux à ce que notre pays parle d’une seule voix et soit respecté sur la scène internationale ».
· Alain Juppé, lui aussi ancien Premier ministre de Jacques Chirac, a fait part de « l’immense tristesse qui [l]’étreint ». « Pendant plus de 40 ans, j’ai vécu avec Jacques Chirac une relation exceptionnelle de fidélité, de confiance, d’amitié réciproques qui n’était pas seulement politique mais d’abord personnelle », écrit l’ancien maire de Bordeaux.
· L’ancien Premier ministre Edouard Balladur, rival malheureux de Jacques Chirac en 1995, a appris « avec émotion » son décès « après tant d’années de souffrance ».
· « J’ai appris avec beaucoup d’émotion la nouvelle de la disparition de l’ancien président de la République Jacques Chirac », a déclaré dans un communiqué l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing,dont Jacques Chirac avait été le Premier ministre de 1974 à 1976 avant de s’affirmer comme son grand rival à droite. « J’adresse à son épouse et à ses proches un message de profondes condoléances », a-t-il ajouté.
· Le fondateur du Front national Jean-Marie Le Pen, rival politique et ancien adversaire de Jacques Chirac au second tour de la présidentielle de 2002, a déclaré, « mort, même l’ennemi a droit au respect » dans une déclaration transmise à « l’Obs ».
· Successeur de Jacques Chirac à l’Elysée de 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy écrit : « C’est une part de ma vie qui disparaît aujourd’hui. » Selon l’ex-président de la République, Jacques Chirac « a incarné une France fidèle à ses valeurs universelles et à son rôle historique et il n’a jamais rien cédé sur notre indépendance, en même temps que sur son profond engagement européen. »
- L’ex-président de la République François Hollande a écrit un texte dans lequel il vante « l’immense érudition et l’insatiable curiosité » d’un « combattant » : « Il avait pu être dur, féroce même avec ses adversaires. Il était parti à l’abordage tant de fois, dans des campagnes jamais faciles. Et pas toujours victorieuses. Mais il avait tenu. Il avait voulu aller jusqu’au bout d’un destin qu’il n’avait pas forcément conçu avant que la politique ne s’emparât de lui. »
- Le président du Sénat Gérard Larcher estime que Jacques Chirac « a incarné la France à travers ses territoires qu’il a sans cesse arpentés à commencer par cette terre de Corrèze dont il a été député ». Celui qui fut son ministre du Travail ajoute que Jacques Chirac a en outre « toujours refusé toute compromission avec les extrêmes ».
- Le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand déclare dans un communiqué que « Jacques Chirac fait désormais partie de l’histoire de France. Une France à son image : fougueuse, complexe, parfois traversée de contradictions, toujours animée d’une inlassable passion républicaine. »
- Le ministre de la Culture Franck Riester salue, lui, un « grand serviteur » de la culture, sur Twitter, postant une photo de l’ancien président au musée du Quai Branly.
- La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen salue le président « capable de s’opposer à la folie de la guerre en Irak » : « Bien qu’ayant été un adversaire politique du Front national pendant des décennies, nous nous souviendrons de son refus de participer à la seconde guerre d’Irak en 2003, qui fut l’un des derniers actes de souveraineté d’un chef d’Etat français. »
- Le président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius, qui fut l’adversaire politique de Jacques Chirac dans les années 1980, salue la mémoire de l’ancien président, qui n’a « cessé d’être épris de la République et de la servir ».
- « Mon premier engagement était contre les lois Devaquet et Pasqua quand Jacques Chirac était Premier ministre, a commenté sur Twitter l’ancien ministre et fondateur du mouvement Génération. s Benoît Hamon. Mais je n’oublie pas le discours du Vel d’Hiv en 1995, le Non à la guerre en Irak en 2003 et son rejet viscéral de l’extrême droite. »
- L’ancien Premier ministre et candidat à l’élection présidentielle François Fillona salué sur Twitter « un lion de la politique française ». « Il aimait charnellement la France et les Français mais se sentait aussi voyageur du monde, de l’Afrique à l’Asie », a-t-il ajouté, estimant que « son opposition farouche et visionnaire à l’intervention américaine en Irak restera le geste décisif de sa présidence ».
- Jean-Pierre Raffarin, qui occupa Matignon de 2002 à 2005 au début du deuxième mandat de Jacques Chirac, se félicite sur RTL d’avoir « construit avec lui trois ans durant une relation de confiance » : « Il avait vraiment des caractéristiques humaines assez exceptionnelles. Il était respecté dans le monde entier ».
- Dernier des Premiers ministres de Jacques Chirac (2005-2007), Dominique de Villepin estime qu’avec Jacques Chirac, « c’est une part de la France qui s’en va ».
- Le président du MoDem et ancien ministre de la Justice François Bayrou salue « l’attachement » de Jacques Chirac à « l’unité des Français et aux valeurs républicaines ». « Il a été pour la société française, comme président de la République, un repère. Au fond, il a toujours refusé les affrontements trop violents. Il attachait une grande importance à ne rien faire d’irréversible entre les Français. »
- Pour le cofondateur de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, sur Twitter, « l’histoire de France tourne une page ». « Recevons la tristesse car elle a ses raisons. Il aimait la France mieux que d’autres depuis. Et pour cette part-là, nous lui sommes reconnaissants. »
- La maire de Paris Anne Hidalgo a salué un « homme d’Etat hors norme » : « Pour nous les Parisiennes et les Parisiens, il sera à jamais notre maire, aimant passionnément sa ville et ses habitants », a ajouté l’édile socialiste qui lui a succédé près de vingt ans plus tard au fauteuil de maire de Paris. « Les drapeaux de tous les équipements municipaux seront mis en berne ».
- Le chef de file des députés Les Républicains Christian Jacob estime auprès de l’AFP que « la famille gaulliste perd un de ses inspirateurs ». « Ma peine immense est à la hauteur du respect, de l’admiration et de l’affection que je lui portais depuis toujours », ajoute le candidat à la présidence de LR.
- L’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve rend « hommage à Jacques Chirac qui fut notre président, que les Français aimaient et qui va nous manquer », et adresse ses pensées aux « siens, pour madame Chirac, pour Claude, Frédéric et Martin ».
- Le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, David Cormand, retient sur Twitter que Jacques Chirac « est celui qui aura toujours refusé que la droite consente des arrangements avec l’extrême droite. Dernier gaulliste, il savait qu’on ne transige pas avec la bête immonde. »
A l’étranger
- La porte-parole de la Commission européenne indique que son président, Jean-Claude Juncker, est « anéanti » par l’annonce du décès de Jacques Chirac, « ami personnel et grand Européen ».
- Le président russe Vladimir Poutine a salué un « dirigeant sage et visionnaire » : « Jacques Chirac a acquis le respect mérité de ses compatriotes et une haute autorité internationale en tant que dirigeant sage et visionnaire ayant toujours défendu les intérêts de son pays ». Vladimir Poutine avait récemment désigné Jacques Chirac comme le dirigeant étranger l’ayant le plus impressionné de sa carrière.
- La chancelière allemande Angela Merkel a quant à elle salué un « formidable partenaire et ami », selon un tweet du porte-parole du gouvernement. « Je suis très attristée par l’annonce de la mort de Jacques Chirac », a-t-elle indiqué dans ce tweet. « Il était pour nous, Allemands, et pour moi personnellement un partenaire formidable et un ami », ajoute la chancelière.
- Le Premier ministre britannique Boris Johnson salue un « formidable dirigeant qui a façonné le destin » de la France.
- Le Premier ministre libanais Saad Hariri qualifie Jacques Chirac d’un des « plus grands hommes » que la France ait connus : « Les Libanais et les Arabes ressentent de la douleur après la perte d’un homme qui a profondément marqué leur conscience pendant de nombreuses années. »












